Publié par : gperra | 5 janvier 2011

Shakespeare, rencontre et résurrection. Conférence 31/03/07

Introduction :

Avant de commencer, je voudrais commencer par dire comment le thème de cette conférence est arrivée et dans quelle sorte d’embarras il m’a mis. En effet, lorsqu’est venu le thème de l’année dans la petite lettre que Madame Gombert envoie aux éventuels orateurs, j’ai pu lire quelque chose comme : rencontre et expérience du Christ. Et comme il fallait renvoyer rapidement un titre de conférence, j’ai écrit sans vraiment réfléchir : Shakespeare, rencontre et résurrection. Tout cela parce que j’avais vaguement dans l’idée une pièce de Shakespeare autour de laquelle ces deux termes s’articulaient.

Mais une fois la lettre postée, c’est là que j’ai commencé à réaliser la situation effrayante dans laquelle je venais de me mettre : devoir articuler ensemble les deux concepts peut-être les plus difficiles qui soient au monde, les plus mystérieux. Et qui plus est, deux concepts qui appellent aussitôt, qui charrient avec eux une très haute dimension morale. Non seulement cela devenait périlleux du point de vue intellectuel, mais en plus hautement présomptueux du point de vue personnel, puisque parler de ces choses en public sous-entend nécessairement de se placer dans une certaine conformité personnelle avec le plan moral qu’on évoque. Et là c’est plus le concept de rencontre que de résurrection qui m’a posé problème, parce que je dois avouer que je suis loin d’aimer la rencontre avec mon prochain, d’avoir le contact facile, que je sais que je n’ai pas toujours un sens très profond du respect d’autrui ou en tout cas que j’ai le sentiment qu’il est vraiment à développer. L’autre pour moi, c’est plutôt le truc en face de soi qui nous empêche d’étendre nos jambes dans le rer, la chose qui mange à côté de nous et qui fait qu’il va y en avoir moins pour nous dans le plat à dessert.

C’est donc avec toutes ces réserves que je vais maintenant m’avancer avec vous dans ce terrain de la rencontre et de la résurrection, afin de faire davantage parler Shakespeare que ma propre personne sur ce sujet. Ce n’est pas que je vais citer Shakespeare à chaque phrase : au contraire, vous risquez de ne pas entendre parler de lui avant la toute dernière partie de la conférence. Pourtant, tout ce qui précèdera aura pour fonction de nous aider à pénétrer au cœur de sa pensée et de son art concernant la relation que son théâtre effectue entre rencontre et résurrection.

Doxa de la rencontre et de la résurrection

Commençons par nous demander quels liens il est possible d’établir entre ces deux concepts. À première vue ces deux concepts n’ont pas le même poids, la même densité. La rencontre est un terme familier, technique même dans le cadre professionnel. On fait des rencontres, on se rencontre, il y a des rencontres au sommet, des sites de rencontres, des rencontres agréables, des rencontres sans lendemain, des rencontres du troisième type, etc. Au fond, le mot même de rencontre a pris une certaine connotation superficielle. C’est un terme qui sonne creux, ou qui ne rend plus qu’un son étouffé.

Avec le mot résurrection, c’est presque l’inverse. Il s’agit d’un terme appartenant au registre religieux et qui possède une forte connotation sacrée. La Résurrection des Morts, le jugement dernier, Pâques, etc. Mais si l’on y réfléchit un peu, on s’aperçoit que la plupart du temps cette sacralisation cache un formidable vide, un énorme creux là-aussi. Qu’est-ce que cela veut dire la résurrection au fond ? Et pourquoi donc est-elle si importante ? Qu’est-ce que cela peut bien vouloir nous dire aujourd’hui quand une confession chrétienne ou une autre se met à proclamer au moment de Pâques : Christ est ressuscité ! Christ est ressuscité ! Oui et alors ? Que veut dire ce mot ? Qu’est-ce qu’il signifie pour nous ? Car le terme de résurrection est peut-être un de ceux qui n’est susceptible de pouvoir prendre un sens, un vrai sens, qu’au terme d’un formidable processus de contextualisation. Autant avertir d’ailleurs qu’au fond, ce concept ne commence peut-être, je dis bien ne commence, à prendre sens pour certains qu’après la plongée dans l’ensemble des connaissances que l’anthroposophie met à notre disposition. Ou alors d’une expérience profonde, ce qui est également une contextualisation, c’est-à-dire une mise en rapport. Il y a certains êtres, par exemple certains prêtres, dont on sent que leur vie ou leur ministère tout entier est centré sur cet événement, qu’ils le portent en eux en permanence, ou que leur vie toute entière se dirige vers lui.

Conceptualisation des termes

Essayons de penser et de rendre sensibles ces deux concepts.

Rencontre : Pour bien penser la rencontre, il faut d’abord se rendre compte qu’il s’agit d’un concept spatial et non d’un concept temporel, comme on aurait tendance à le croire. La rencontre, ce n’est pas seulement le moment où deux personnes se font faces. Cela, c’est une représentation temporelle de la rencontre, et c’est une manière de penser qui retire toute signification à ce mot. Si l’on ose dire en effet qu’on a rencontré quelqu’un parce qu’on s’est tenu deux minutes en face de lui et qu’on lui a serré la main, c’est qu’on s’est résigné au fond à peu de choses. Car la rencontre, ce n’est pas une affaire de temps mais une c’est une affaire d’espace, ou plus exactement de mondes. Gilles Deleuze, philosophe français contemporain, affirmait avec une certaine profondeur que chacun d’entre nous possède un monde et que ce qui l’intéressait n’était pas de rencontrer des personnes mais des mondes. Il prétendait même qu’en fait, il n’avait rien à faire des personnes mais que seul l’intéressaient leurs mondes.

Donc la rencontre, c’est le lien, la relation d’homme à homme. Elle se produit au sein d’un espace. La rencontre exige l’espace de la rencontre.

Résurrection : La Résurrection, on peut essayer de lui donner un premier sens en disant qu’elle est un triomphe sur la mort, et plus exactement le retour à la vie d’un défunt. Revenir d’entre les morts. Naître d’entre les morts. Là aussi, précisons bien qu’il s’agit d’un retour à la vie et non d’un retour dans la vie. Jésus est le premier-né d’entre les morts, disent les Actes des Apôtres, c’est-à-dire qu’il y a événement d’une naissance, l’acte de rentrer dans la vie terrestre avec un corps. C’est toute la différence entre un fantôme et le Ressuscité. Dans toutes les cultures, il y a eu des quantités de fantômes, mais il n’y a eu peut-être qu’un seul Ressuscité. Les revenants en effet, les fantômes, se caractérisent par le fait qu’ils pénètrent notre espace sans l’occuper. Le Ressuscité, lui, au contraire boit, mange, touche, c’est-à-dire possède une présence spatiale au sein du même espace que celui des vivants.

La résurrection signifie également, en un sens plus profond, surmonter la mort à tous les niveaux de l’être, de l’Être. Au fond, le concept de résurrection est strictement impensable s’il n’est pas mis en relation avec le concept auquel il s’oppose, celui de mort.

Mort : Là aussi nous devons donc faire un effort de penser afin de saisir le concept de mort. Or la mort n’est précisément pas autre chose elle aussi qu’un concept spatial et non temporel. En effet, si l’on réduit la mort au moment où l’on trépasse, où l’on rend l’âme comme on dit, on ne pourra jamais rien savoir ni comprendre à ce concept.

« La mort joue à cache-cache avec la conscience : où je suis, la mort n’est pas ; et quand la mort est là, c’est moi qui n’y suis plus. » V Jankelevitch, La Mort

La mort joue en effet à cache-cache et l’on peut dire qu’elle est tres bien dissimulée, parfaitement pénarde, planquée derrière le concept de temps. Tant qu’on continuera à la chercher de ce côté-là, aucun risque que personne ne la découvre ! Tranquille la mort ! Mais si par contre l’on commence à mettre son nez du côté de l’espace, la mort a plus de souci à se faire. En effet, la mort n’est pas autre chose qu’un processus de séparation, c’est-à-dire une rupture entre les espaces, ou une déchirure de l’espace.

L’Espace : Nous n’avons donc pas le choix, essayons de conceptualiser le concept d’Espace. Là encore, il s’agit d’un concept que notre pensée actuelle a les pires difficultés à saisir. Kant résume sa pensée sur l’espace en disant qu’il s’agit d’une forme à priori de la sensibilité. Il veut dire par là que pour percevoir quelque chose avec mes sens, je suis bien obligé de le supposer et de le poser dans un espace où mes sens le perçoivent, mais qu’au fond, je n’ai pas la moindre idée de ce que j’entends par là, ni même si cette chose que je présuppose toujours dans l’acte de percevoir et que j’appelle espace a une existence réellement à elle, ou si elle n’appartient qu’à ma subjectivité.

On ne peut commencer à bien penser ce qu’on entend par espace que si on le différencie de ce que j’appellerai le lieu. En effet, le lieu c’est notre représentation tridimensionnelle d’un site. C’est ce que l’on peut mesurer, soumettre aux règles du poids, du nombre et de la mesure, ce que l’on peut traiter comme un objet, ou chose objective, c’est-à-dire hors de soi. Mais pour comprendre ce qu’est l’espace, il faut commencer par entrevoir la corrélation étroite entre espace et intériorité. L’espace, c’est ce qui possède une intériorité et ne se perçoit donc qu’à travers une intériorité. On commence à le comprendre quand on observe comment le langage tisse naturellement des liens entre la spatialité et l’intériorité. En effet, on parle du dedans, de l’intériorité (intérieur), des profondeurs, du subconscient, de l’élévation (spirituelle), de la culture (faire pousser dans la verticale), de la droiture, d’être gauche, d’être tombé bien bas, du prochain (celui qui est proche) etc. La culture, c’est ainsi par exemple le travail de soi sur soi afin de s’élever vers l’Esprit. C’est donc par des concepts spatiaux que l’on désigne les plus profondes réalités de notre être, celles qui caractérisent non seulement nos états d’âmes mais nos rapports à nous-mêmes.

Plus concrètement, on peut aussi le comprendre quand on voit à quel point nos espaces modèlent nos intériorités. Ceux qui ont voyagé en Amérique savent bien que le rapport de l’homme à l’espace y est si différend du rapport de l’européen qu’il s’agit d’un tout autre mode d’être au monde. L’américain n’est pas le même être que l’européen car son vécu de l’espace n’est pas le même. Cela change profondément les comportements, les sentiments et même les idées. L’espace est donc loin de représenter ce milieu neutre et indifférent auquel le cartésianisme nous a habitué. Nous sommes faits de notre rapport à la spacialité qui nous entoure.

Un autre indice qui peut nous permettre de saisir qu’un espace » ne se confond pas avec le lieu, c’est qu’il existe des espaces qui n’ont pas de lieux et des lieux qui ne ressemblent pas à leur espace. Par exemple, le lieu des salles de cours aujourd’hui est la salle avec le tableau noir, c’est-à-dire des élèves en situation d’immobilité face à un support de représentations. C’est un espace-tête par excellence. Même dans les écoles Waldorf on trouve encore ce genre de lieux traditionnels. Mais on peut se demander si lune véritable pédagogie Waldorf pourra longtemps coexister avec ce type de lieu, alors que sa conception fondamentale repose sur la tripartition de l’âme humaine, c’est-à-dire qu’il faudrait aussi un espace cœur (le cercle, le lieu de l’écoute et de la parole partagée) et un espace membres (l’atelier, le lieu du faire). Nous avons donc une pédagogie qui dans son essence réclame un espace triple (de la représentation, du sentiment et du faire) mais dont les locaux se réduisent la plupart du temps à la salle de cours avec le professeur enseignant. Donc un espace qui n’a pas de lieu. De même, on voit comment certains lieux ne ressemblent pas à leur espace : il y a certains lieux situés en altitudes par exemple, où l’on se sent paradoxalement enfoncés sous la terre. Ou certaines vallées où l’on se sent élevés.

En tout état de cause, l’espace est toujours dans un rapport profond avec notre intériorité. C’est d’ailleurs pourquoi on peut agir sur l’espace à partir de notre être. Il y a par exemple des gens qui déchirent l’espace qu’il traverse, parce que leur volonté contient si peu d’attention au monde que leur corps qui marche est comme un couteau. Il y en a d’autres qui sont si lourd intérieurement qu’ils enfoncent l’espace où ils parlent, comme un trou noir qui creuse l’espace-temps dans la théorie de la relativité. Il y a ainsi des hommes trous noirs. D’autres qui chaotisent l’espace, mais aussi d’autres qui y mettent de l’ordre et de l’harmonie. Ou qui l’élève, l’allège. Il en existe même certains qui créent de l’espace autour d’eux : quand ils parlent, c’est comme si quelque chose s’élargissait autour d’eux ou au-dessus d’eux. Il y a ainsi des hommes dont les paroles bâtissent des cathédrales invisibles autour d’eux. Il y a des hommes trous-noirs et des hommes cathédrales.

L’Être : Un dernier effort à fournir est de se rendre compte que l’Espace n’est pas autre chose que l’Être. Ce qui est sensible dans un espace, c’est qu’il repose sur de l’Être. L’Être, c’est cette chose indicible dont on a une intuition intérieure. Il est présent dans chaque espace. L’espace est donc lié à l’Être, il est autre chose que le lieu, c’est-à-dire la matière qui l’emplit.

Dieu : Le nom que l’on donne a la totalité de l’Être est, traditionnellement, Dieu. Mais cela reste un des concepts les plus abstrait qui soit. Dieu devient un concept vivant dès lors que l’on se rend compte qu’il s’agit également d’un concept spatial. Dieu est l’être de l’immensité spatiale au-dessus de nos têtes. Notre Père qui est dans les Cieux. Dès lors que l’on essaie de ressentir l’espace comme un être intérieur à l’aide de sa propre intériorité, Dieu n’est plus une abstraction mais une expérience relativement simple. Là aussi, c’est Descartes qui a provoqué la perte de cette expérience et qui a eu ensuite besoin de chercher des preuves de l’existence de Dieu. Mais Dieu ne saurait se trouver par le biais de l’abstraction logique, il se donne dans un vécu de l’immensité céleste.

La Vie : Le concept d’espace lié à l’Être nous amène ensuite à penser le concept de vie. En effet, la vie est la force qui émane de l’espace en tant qu’être. La vie empli l’espace, comme si elle coulait à travers l’espace en venant de la source de l’Être. La vie, c’est le mouvement qui empli l’espace conformément à cet espace, procédant de cet espace.

Il est tres intéressant de remarquer que l’inventeur de notre conception moderne de l’espace, Descartes, l’inventeur du repère cartésien, ne comprenait plus rien à cela. En effet, son invention a tout simplement consisté à désolidariser radicalement espace et intériorité, puisque l’espace lui même est objectivé, rendu objet, dans le repère cartésien. Ainsi Descartes est le responsable du même coup de la perte effroyable du concept de Vie, ou de vivant. En effet, on sait que Descartes s’est opposé aux Grecs sur la conception du vivant. Les Grecs affirmait que ce qui est doué de vie possède le principe interne de son mouvement. Ainsi l’animal, l’anima, l’âme est ce qui est doué de mouvement, c’est à dire ce qui est mouvant. Arrive alors Descartes qui examine les animaux, ouvre leurs viscères, les compare aux automates et peut affirmer qu’il ne voir aucune différence entre l’un et l’autre. En effet, les animaux contiennent à l’intérieur de leurs corps le principe interne de leurs mouvements, c’est-à-dire un mécanisme, tout comme les automates. On peut donc dire qu’un automate est aussi vivant qu’un animal, et inversement, à savoir que les animaux sont des machines.

« Ils [les automates] ne sont pas différents des êtres vivants puisqu’il se meuvent avec un ressort, c’est-à-dire une cause interne de leur propre mouvement. »

Les passions de l’âme.

Mais c’est négliger complètement le fait que lorsque les Grecs parlaient du « principe interne du mouvement », ils parlaient en fait de la force du désir. C’est-à-dire qu’ils désignaient par là une réalité intérieure, un être intérieur. Ils ne confondaient pas, comme Descartes, intérieur et intériorité. Le principe interne du mouvement d’un être, c’est la force qui traverse son intériorité, pas un mécanisme qu’on trouve en ouvrant la peau !

Donc quand on ne comprend plus rien à ce qu’est l’Espace, il est normal de ne plus savoir ce qu’et la Vie.

Retour sur le concept de Résurrection : la Résurrection peut donc se définir, à travers tous ces concepts et leurs liens entre eux, comme le lien renouvelé d’un être individuel à l’Être, surmontant la mort-séparation divisant les espaces des morts et des vivants. Le Ressuscité est un être individuel, c’est-à-dire un être situé dans les limites d’un corps, ou autrement dit ayant son espace à lui dans le monde, l’espace de son moi, en lien avec l’espace de l’Être. Car renouer le contact avec l’Être, c’est retrouver la Vie, la vie pleine et entière, puisque la vie procède de l’espace qui procède de l’Être.

Mort et société

Nous avons donc penser séparément ces quelques termes : rencontres, résurrection, mort, espace, vie, être, dieu. Essayons maintenant de voir leurs implications plus concrètes.

Si on y réfléchit, on peut sentir que la société actuelle organise l’espace dans une logique de mort, c’est-à-dire qu’elle déchire les espaces et les oppose entre eux. Nous confrontons les mondes, nous les faisons entrer en collision ou nous les isolons. C’est l’expérience moderne de la solitude. De nombreux êtres vivent dans des lieux où ils sont physiquement proches d’autres personnes, voire extrêmement rapprochés si l’on en juge par le prix du mettre carré à paris, lequel n’est qu’un rapport entre le nombre d’hommes désirant habiter un lieu et le lieu en question. Et pourtant, leurs intériorités n’entre pas en contact, les mondes ne se joignent pas. Un des symptômes aujourd’hui est que l’on parle beaucoup des gens mais tres peu aux gens. On adore entretenir les conversations sur quelqu’un, mais on a tres rarement le courage d’aller vers quelqu’un pour lui parler. Si la quantité de parole échangée avec égalait celle échangée sur, notre vie sociale serait certainement tout autre. Lors d’une conversation entre amis il y a quelques temps, une des personnes à table racontait comment elle avait rencontré sa compagne actuelle par internet. Et un autre ami lui a alors dit : mais tu sais, la manière dont on se rencontre a beaucoup d’influence sur la suite de rencontre, ce n’est jamais anodin, c’est toujours déterminant la manière dont on se rencontre. Il ne s’agit pas de juger mais d’essayer comprendre ce que veut dire faire une rencontre dans un espace dit virtuel, c’est-à-dire un espace qui n’en est pas tout à fait un : cela veut dire qu’en tout cas au départ, la rencontre n’en sera pas tout à fait une. Mais il faut bien se rendre compte qu’internet est loin d’avoir le monopole des semi-rencontres. Au fond, nous ne faisons presque plus que ça, partout, rencontrer les autres sans les rencontrer. Il suffit de penser à quel point le milieu du travail est tres souvent un espace de profonde solitude : des gens se côtoient sans toucher l’autre, sans être touché par quoi que ce soit, sans tact. Les mondes ne se découvrent pas les uns les autres. Les suicides dans le milieu professionnel ont souvent un rapport avec ça : on retire les cloisons qui séparent les bureaux, croyant ainsi créer un même espace, mais en même temps on isole vigoureusement les êtres les uns des autres par des modes de travail qui ne permettent plus la vraie rencontre.

La politique elle-même devient un moyen de structurer l’espace afin d’éviter la rencontre, alors que ce devrait être le contraire. Un de ceux qui a tres bien senti ce phénomène est un auteur de pièces de théâtre, Jean Genet, dans un petit essai d’une vingtaine de pages intitulé L’Étrange mot de… urbanisme. Dans cet essai, Genet observe avec une intelligence profonde le phénomène urbanistique qui depuis le Moyen Âge a consisté a évacuer les cimetières, qui autrefois se trouvaient aux centres des villes, vers leurs périphéries. Tandis qu’autrefois le cimetière était le lieu central de vie de la ville, où l’on faisait son marché, où l’on jouait des pièces de théâtre, il a été expulsé vers la périphérie, c’est-à-dire à l’écart de nos consciences modernes. Cela a ainsi relégué les morts aux marges. Et pas seulement les morts, a d’ailleurs remarqué Jean Genet, mais tous les marginaux : les clochards, les prostituées, les prisonniers, les arabes, etc. Mais ce faisant, les hommes ont habité le centre par autre chose : les figures du pouvoir. Ce sont tout les êtres qui passent tellement de temps à travailler leur image pour ressembler à leur image qu’il ne sont plus qu’images eux-mêmes et ont ainsi le pouvoir. Le politicien, le juge, le policier, le maire, etc. Ces êtres, se disait Jean Genet, occupent l’espace social en concentrant tous les regards sur eux et, ce faisant, instaurent des types de société totalitaire ou semi-totalitaire, c’est-à-dire des espaces sans rencontres libres des êtres.

C’est pourquoi Genet proposait de faire « un théâtre pour les morts », pour les marginaux, c’est-à-dire un théâtre qui invite les hommes à se retourner vers leurs marges, vers les bords du cercle, vers les limites de leur espace. Il n’y a de société saine que celle où les hommes font converger leurs regards sur les limites de leur espace, pas sur leur centre (qui ne correspond pas bien sûr au centre ville, vous l’aurez compris). Le théâtre c’est au fond la force qui oriente l’espace vers ses propres marges afin de lui faire pressentir l’autre espace, l’espace de l’autre. Ce faisant, il assainie cet espace, lui redonne vie. En ce sens, on peut pressentir que le théâtre a un rapport avec l’idée de résurrection, avec le processus qui consiste à permettre à ce qui est mort de partager notre espace, de retourner vivant à l’espace des vivants.

Land of the Deads

Un film de science fiction récent racontait l’histoire d’une effrayante épidémie dévastant le monde : les gens qui la contractaient mourraient, puis se réanimaient en devenant des sortes de morts-vivants cannibales, qui infectaient les vivants en les mordant, et ainsi de suite. Le film montre alors l’image saisissante d’un petit groupe de réfugier dans un centre commercial, assaillis pendant des mois par les zombies cannibales. Une image saisissante de comment nous vivons le rapport aux marges de notre espace et aux morts dans notre actuelle société de consommation. Comme une sorte de pression insoutenable des morts voulant pénétrer dans notre espace de vie, de plaisir et de corps, mais sans pouvoir y parvenir.

De ce fait, cette présence des morts dans un espace différent, contigu au nôtre, nous donne l’impression que notre âme est dévorée par quelque chose.

Le culte des Hydrophories à Athènes

Si l’on veut rétablir cette image, il faut nous demander avec sérieux ce que sont les morts pour nous les vivants. On commence à le comprendre quand on réalise qu’une personne décédée est toujours peu ou prou en lien avec le devenir de notre être. Et chaque mort l’est à sa manière.

Essayons de penser cela. Cela les Grecs le savaient parfaitement puisqu’il établissaient un lien étroit entre le retour des morts sur la terre et les forces de la sexualité permettant le renouvellement du monde. Dans son remarquable ouvrage Dionysos et la Déesse Terre, Maria Darraki fait ainsi remarquer que la médiation des vivants vers le royaume souterrain était assurée par l’élément fluide, l’eau, la sève ou le vin :

« L’Athènes de l’eau et du mariage devient perméable par en bas. Et c’est l’« étage de l’eau » qui attaque l’« étage de marbre ». L’image est dans les faits. Le rituel ouvre les voies fluides qui livrent passage aux Infernaux, et il prévoit au même moment la protection des temples : des appels de trompettes invitent les morts à surgir du Marais qui, ce jour-là, se creuse jusqu’au Styx ; la mer dépose sur le rivage Dionysos « messager de l’au-delà » ; c’est alors, « à la pleine lune d’Anthestrion » qu’ont lieu, croyons-nous, les Hydrophories : on verse de l’eau aux morts, abondamment, dans la crevasse du sol proche du Marais, où l’on honore la Terre ; les âmes peuvent en boire, puisqu’on les dit « assoiffées » : elles peuvent aussi « grimper », le long de l’eau qu’on leur jette comme une corde. Toute la fête le montre : c’est aux vivants d’établir la communication entre les deux étages du monde1. »

Le Grec se représentait sous forme d’imagination vivante comment le marais proche d’Athènes se creusait jusqu’aux Enfers et permettait aux vivants de communiquer avec les morts. Ainsi le seuil du monde des morts pouvait être momentanément franchi grâce à l’eau versée en libation.

Passages sur la sexualité :

« Les objets sacrés sont à la fois symboles sexuels et alimentaires. (Les phallus en blé (…) des gateaux en forme de sexe féminin. (…) C’est la communion alimentaire et la communion sexuelle qui réalise conjointement l’union de l’initié à la divinité. (…) Grottes, cavernes, jardins profonds, megara creusés à même le sol ont valeur de « sein de la terre ». En y déposant les objets indicibles, à savoir des symboles sexuels, on réalise une union sexuelle qui féconde la Terre. (…) Ce que nous appelons « la mort » est ici l’étage inférieur du monde, le sein de la Terre. Cette mort-là est féconde. La fête des naissances (Genesia) est aussi la fête des morts (Nekysia). » p. 122

En même temps qu’il s’ouvre vers le divin, le mariage s’ouvre vers la mort. » p. 81

On voit donc comment le Grec établissait un lien fort entre la possibilité du contact entre les morts et vivants et les forces de renouvellement de la société, son avenir aussi avec la possibilité de faire des enfants.

Pour les Grecs, il était donc parfaitement clair que ce serait être complètement aveugle sur la réalité que de croire que notre monde, le monde terrestre, la terre des vivants, les forces psychiques conscientes des vivants, contiennent les moindres propriétés réelles d’avenir. Ils savaient que notre monde n’en possède aucune, strictement aucune. Quand nous sommes vivants et incarnés, il faut être bien au clair avec soi-même afin de ressentir que nous ne faisons que développer des forces qui nous ont été préalablement données. Que nous nous laissons porter par le cours des choses. Tout ce qui crée l’avenir véritable nous vient des morts, de ce travail que les morts peuvent faire à partir de l’Esprit. Ce sont par exemple des choses toutes simples comme des rencontres de couples : pour une rencontre fortuite qui fait que deux êtres pourront aller ensemble de l’avant, il peut y avoir le patient ouvrage d’un mort pendant de nombreux mois (si l’on peut compter leur temps de travail de cette manière, ce qui n’est pas certain). (Le temps de travail des morts n’est pas vraiment mensualisable bien sûr.)

Une dernière remarque : les cérémonies créent une union des espaces :

« La levée des barrières entre les morts et les vivants entraînera celle de toutes les autres barrières qui définissent dans la cité les différents statuts. Et alors tout devient possible. Nous nous étions interrogés sur ce curieux effet libérateur de la mort. On comprend mieux maintenant. Lorsque les Infernaux envahissent la cité et se mêlent aux vivants, tout le monde devient à nouveau enfant de la Terre. » p. 236

Le contact avec autrui

Il n’y a aucun besoin d’une clairvoyance quelconque ou d’une médiumnité confuse pour se rendre compte de ce fait. Nous pouvons faire l’exercice de tourner notre regard intérieur vers notre passé, sans sentimentalisme, et en examinant les diverses scènes ou interviennent des êtres décédés. Alors nous pouvons pressentir que ces personnages disparus constituent notre être. Il suffit tout simplement de savoir plonger avec objectivité dans l’être d’un souvenir lié à un défunt. Si on prolonge ce pressentiment et qu’on lui donne de l’écho en soi, on se rend compte qu’il existe certaines personnes dont le souvenir est entouré d’une sorte de plaisir objectif, sans passion. Sans doute la même sorte de plaisir qu’on manifeste lorsqu’on dit à quelqu’un qu’on aime bien qu’on a « plaisir à le voir ». Que vit-on précisément dans ce plaisir profond de nous souvenir de quelqu’un ? Que ressent-on à ce moment là ? C’est comme si nous nous sentions, nous-mêmes, confortés dans notre propre être. Comme si nous éprouvions de la joie d’être au monde, nous sentant confirmés et justifiés par la présence de son être dans nos souvenirs.

Un film récent, Miss Potter, relatant la biographie de la plus célèbre dessinatrice pour enfants du Royaume Uni, est un des nombreux témoignage de ce genre de faits. On y voit en effet comment le jeune éditeur qui a lancé l’actrice décède quelques semaines après avoir demander celle-ci en mariage. Miss Potter est effondrée, mais on sent que cette mort est ce qui va lui donner les forces d’accomplir sa propre destinée : elle achètera et préservera, avec l’argent de ses livres, les terres et la nature anglaise qui lui ont servi de source d’inspiration

Nous sentons donc que les défunts proches sont une sorte de force qui nous pousse à nous développer, à grandir conformément à notre propre être véritable.

L’ami véritable

Or le même sorte de sentiment existe, quoique étouffé, pour ce qu’on appelle les amis. Il existe une espèce de plaisir à la constatation de l’être de l’autre, quand il est un ami. Un plaisir objectif, étrangement indépendant de nos sentiments d’affection ou de désaffection, sympathie ou antipathies. Un plaisir profond de la manifestation de l’être de la personne, un plaisir que cette personne soit. Dans le plaisir, ou la joie, terme plus adéquat, à voir quelqu’un (au-delà de la formule conventionnelle), il se produit également l’expérience de la force qui nous fait devenir nous-mêmes. C’est pourquoi le contact avec l’autre est une chose d’une telle puissance dans tous les domaines de la vie. Même si nous faisons tout pour ne pas le reconnaître.

Aristote a à ce sujet une merveilleuse définition de l’ami dans son Ethique à Eudème. En effet, après avoir distingué l’ami pour le plaisir, puis l’ami pour l’utile, il en vient à parler d’une troisième forme d’ami, certainement plus rare, qu’il nomme l’ami vue de la vertu :

L’ami est selon Aristote celui avec lequel je sens un accord sur le fait de mettre en activité la meilleure partie de mon âme, c’est-à-dire la force de pensée et d’auto-direction de moi-même2.

L’autre est donc bien celui qui me confirme dans mon devenir. En ce sens, les morts sont nos amis ! Pourquoi donc les considérons nous comme nos ennemis, comme une menace, ainsi que le montre un film comme Land of the Dead ? Parce qu’il est plus fréquent que la distance ou la séparation par la mort, quand elle n’est pas compensée par un lien recréé intérieurement au fond de notre être, soit plutôt une expérience de d’amoindrissement. C’est ce qui arrive lorsque une personne est soustraite à nos regards par son décès, puisque il ne nous est plus possible de nous raccrocher à la possibilité de la voir, laquelle nous procurait une confirmation dérivée de son être. Ainsi quand une personne décède, on a tous pu éprouver ce sentiment d’être soudain moins nous-mêmes, de se vivre comme effacé, estompé sur le support de l’existence, comme de la craie sur laquelle serait passée un premier coup de chiffon. Parce que nous ne savons pas nous ancré dans l’être de nos proches, nous nous sentons donc comme « mangés » par les morts.

En résumé, on peut dire que le contact avec l’être de l’autre, qui s’offre peut-être plus clairement lorsqu’il s’agit de personnes décédées qui nous étaient proches, par ce qu’alors il faut faire l’énorme effort de se tourner intérieurement vers l’être plutôt que de se raccrocher aux apparences, est la force qui permet de devenir soi-même.

Amour du prochain et amour de Dieu : la question du scribe

On peut à présent essayer de se demander conceptuellement pourquoi il est établi un lien entre la question de la Résurrection et celle de l’amour du prochain ? En quoi le lien humain et cet acte du Christ sont-ils liés l’un à l’autre ? Après tout, l’on aurait très bien pu imaginer que l’amour donné par le Christ ait pénétré dans l’humanité par son exemple de vie, son enseignement ou la force qu’il amenait avec lui du monde spirituel. En quoi le passage du Christ par la mort était-il nécessaire pour apprendre l’amour aux hommes ?

On ne peut connecter ces deux choses-là que si on réalise que le vie passée le seuil de la mort est à la fois la vision progressive de la totalité de l’Être en même temps qu’un vaste terrain de (re)découverte de la nature des liens qui nous unissent aux autres. Par exemple, toue la partie que les écrits anthroposophiques décrivent comme étant le Kamaloca, le lieu de purification où l’on vit ce que l’on a fait aux autres de leur point de vue, est une découverte par la capacité d’épouser les perceptions passées des autres que nous sommes aussi les autres. En résumé ce n’est que de l’autre côté, quand nous avons passé le seuil de ce monde, que nous pouvons commencer à comprendre véritablement nos liens aux autres.

On peut le ressentir très fortement avec une expérience comme l’écoute du songe d’Olav Oesterson au moment de Noël : il décrit sous formes d’images cette traversée des zones de l’être où nos liens aux autres, tels qu’ils se sont construits dans les actes de notre vie, s’objectivisent après la mort.

Car nous les percevons alors, les liens humains, comme des données objectives, des choses inscrites dans les êtres. Tandis que dans l’existence, les liens dépendent apparemment dans notre esprit de nos décisions subjectives. Pourtant, il faut aux hommes qui meurent un processus très long après la mort afin de faire une la totalité de cette expérience. Rudolf Steiner décrit ainsi les multiples cercles que l’on accompli pour que viennent enfin la perception de l’Être, au minuit des mondes. Et il ne s’agit alors que d’une vision fugitive, quoique nécessaire pour envisager la construction de notre future vie terrestre. Comme le ralentissement d’une voiture au sommet d’un grand huit avant de redescendre. On ne s’installe pas dans cette perception de l’Être, ou de Dieu. Tout simplement parce qu’il faut l’acquérir, c’est pourquoi elle n’est pas donnée. Donc quand les hommes meurent, ils font tres progressivement l’expérience de leur lien véritable aux autres hommes, dans la mesure où ils se purgent de ce qui obscurcit encore cette vision venant de la vie sur terre et de sa trace profonde dans l’âme, ce qu’on a appelé le « pécher ».

On comprend mieux pourquoi le premier commandement de l’Évangile est double : Aime Dieu de toute tes forces et aimes ton prochain comme toi-même. C’’est parce qu’au fond il s’agit de la même chose. C’et un seul et même commandement qui se déploie de deux manières.

Cette association est d’ailleurs faîtes dans l’Évangile de Marc à un moment précis.

Lecture de Marc 12/28

En quoi le scribe sait-il penser ? À première vue il ne fait que répéter ce qu’il vient d’entendre. Mais si le Christ dit qu’il sait penser, c’est qu’il perçoit comment dans l’intimité de son esprit, le scribe a su relier ces deux réalités conceptuelles. Appelons la totalité de l’Être, ou Dieu, le domaine de réalité où l’objectivité des liens entre tous les hommes se dessine En ce sens, aimer Dieu c’est aussi aimer son prochain. C’est tout simple, c’est logique.

Il existe un tres beau petit texte méditatif de Rudolf Steiner qui exprime avec une touchante simplicité cette immense réalité :

« Le germe de mon vrai moi repose dans le sein de Dieu. Ce germe sain de mon Moi est fort et puissant, il ne connaît pas la crainte, seulement l’amour envers tous les êtres. »

Le sens de la Résurrection du Christ

Pourtant, il restait encore un pas à faire à ce scribe. Le Christ dit en effet de lui qu’il n’est « pas loin du Royaume de Dieu ». Je crois qu’il veut dire par là qu’il restait à ce scribe une contradiction à résoudre, un dernier pas à faire dans la pensée.

En effet, on sent bien que ces deux déclinaisons du plus grand commandement vont dans deux directions différentes. L’amour de Dieu est un acte d’extase, d’arrachement à la vie par la prière. L’amour du prochain est une affaire de comportement, c’est-à-dire d’ancrage dans la vie, notamment sociale. L’un nous excarne, l’autre nous incarne. D’un côté cela peut même devenir du mysticisme associalisant, de l’autre un fatras de règles de vie comportementales sans âme.

Comment résoudre cette division interne d’un commandement unique qui se met en contradiction lui-même dès lors qu’il veut être appliqué par l’homme en tant qu’être incarné ? Un unique commandement déchiré entre deux espaces, entre deux mondes. Autrement dit, comment peut-on espérer vivre cette expérience du lien véritable aux autres hommes dans la vie terrestre où l’expérience de la totalité de l’Être nous est radicalement voilée ?

Cela ne pouvait être possible que par le fait qu’il existe un homme faisant l’expérience intégrale de l’Être, donc mourrant, s’arrachant totalement à la vie, pour porter ainsi en lui la réalité des liens de tous les êtres humains. Mais en même temps, cet être devait rester dans la sphère terrestre, ne pas la quitter, y rester lié, afin d’apporter cette expérience de l’Être dans notre espace. Le mettre à disposition dans notre monde. Il devait donc mourir mais aussi y resté lié à notre espace, donc posséder un corps dans l’espace de la Terre, qui est l’espace de la possibilité de l’apparition et du devenir des « moi » humains. Ce qu’on appelle le corps glorieux, c’est tout simplement l’espace du moi du Christ, en lien avec l’Être, dans l’espace terrestre. Il existerait donc depuis la résurrection du Christ un être individuel, vivant dans un espace à lui au sein même de notre espace terrestre, tout en portant en lui la voix de la totalité de l’Être, c’est-à-dire de l’ensemble des relations réelles entre les êtres des hommes.

Ce qui supposait donc qu’un être humain fasse un jour, presque instantanément après sa mort, l’expérience totale de l’Être. Qu’il se refonde en l’Être juste après son passage du seuil, alors que les hommes ne peuvent qu’effleurer l’Être après des siècles de vie post-mortem. Ce qui donne une idée de la nature de la force intérieure qui pouvait habiter un tel homme : allant bien au-delà de nos capacités humaines.

Les petites morts

Demandons nous maintenant quelle importance ce fait, la Résurrection, a pour nous du point de vu du sujet qui nous intéresse, c’est-à-dire les rencontres, le lien humain. Je veux dire quelle est son importance concrète ?

Nous avons défini la mort comme une séparation spatiale, c’est-à-dire une scission de l’Être. À ce tire, nous pouvons dire que, non seulement il existe la mort qui nous sépare des défunts, ou qui sépare les défunts de nous, mais il y a aussi une infinité de petites morts qui s’enquissent dans nos êtres. Nous sommes continuellement emplis de petites morts que nous gérons plus ou moins bien. Elles peuvent se situer à tous les niveaux de notre être. Le mensonge est ainsi une sorte de petite mort, les mauvaises habitudes, les faiblesses, mais tout simplement les représentations, qui sont par essence des choses séparées de l’Être. Notre vie est un champ de lutte constant contre les forces qui oeuvrent au voilement de notre perception de l’Être, à l’obscurcissememt de notre rapport à notre propre être. Cela vient tout simplement du fait que nous soyons empli de matière, pénétrés de matérialité jusque dans nos êtres. Car la matière est l’outil du voilement de l’Être par lui-même. Quelque chose en nous se pétrifie et pèse progressivement. Shakespeare avait bien senti cette réalité :

« Comme le clair de lune dort doucement sur ce banc ! Venons nous y asseoir, et que les sons de la musique glissent jusqu’à nos oreilles ! Le calme, le silence et la nuit conviennent aux accents de la suave harmonie. Assieds-toi Jessica. Vois comme le parquet du ciel est partout incrusté de disques d’or lumineux. De tous ces globules que tu contemples, il n’est pas jusqu’au plus petit, qui, dans son mouvement, ne chante comme un ange, en perpétuel accord avec les chérubins aux jeunes yeux ! Une harmonie pareille existe dans les âmes immortelles3 .  tant que cette argile périssable la couvre de son vêtement grossier, nous ne pouvons l’entendre4.” »

Le christianisme nomme Adam, le glèbeux, le boueux, cette tendance de notre être à s’imprégner trop lourdement de la matière et à nous séparer de l’Être.

Shakespeare, annonciateur des faits psychologiques chrétiens

Si l’on sent la chose avec assez de précision, on s’aperçoit que cette tendance adamique en nous a ce qu’on peut appeler une colossale force d’inertie. Les choses s’empilent, la matière se coagule, la boue sèche et deviens de la pierre ou de la crasse. Absolument rien ne peut a priori venir contrecarrer une telle puissance. Autrement dit, on ne peut pas rester pur. Ni à l’échelle d’une vie ni à l’échelle d’une civilisation, ou même des civilisations.

Ainsi dans l’antiquité, on ressentait que l’on pouvait certes se purger de temps en temps, repartir sur de nouvelles bases comme on dit, mais qu’il existait un profond et puissant mouvement de fond commencé depuis des millénaires, ou même plus, par lequel l’être de l’homme se trouvait entraîné dans un processus de voilement de l’Être. Un phénomène contre lequel on essayait de résister mais contre l’avancée duquel on ne pouvait rien.

C’est alors qu’intervient ce principe nouveau qu’on appel la Résurrection, c’est-à-dire la possibilité de faire appel à une force qui permet le retour à l’Être sans effacement du processus d’individualisation lié au corps.

Nous en arrivons à présent à Shakespeare. Son époque, le XVIème XVIIème siècle, marque un changement radical des mentalités. On sort définitivement du Moyen-Âge en se sens que l’individu va se poser à partir de lui-même et non plus reposer son être sur la structure hiérarchique et sociale du monde. Il suffit de voir un tableau de Cimmabué pour le comprendre : par exemple la vierge exposée au Louvre (1250). Ce tableau est l’expression de l’agencement de la structure sociale sur la structure spirituelle hiérarchique du monde. Mais avec l’époque de Shakespeare vient le temps de l’affirmation sur lui-même de l’individu, avec son corollaire : un voilement encore plus grand par rapport à l’Être.

On en vient donc maintenant au cœur de notre propos de ce soir. Shakespeare est un auteur dramatique qui cherche à montrer comment la force de résurrection peut intervenir jusqu’au niveau des vies individuelles. Ce qui revient à dire que la force de la résurrection va intervenir de multiples manières, puisqu’il y a de multiples façons de se perdre soi-même.

Si l’on pense par exemple au Roi Lear, à Périclès, au Roi Jean, on voit bien qu’il se produit une sorte de processus profond par lequel l’être individuel revient à lui-même et à l’Être après des détours. Parfois ce processus ne peut intervenir de l’intérieur, alors il intervient de l’extérieur, comme pour Macbeth, Richard III, etc. Mais à chaque fois, il s’agira de purifier ce qui s’est produit d’adamique en l’être de l’homme. Et Shakespeare montre qu’avec l’intervention du Christ, il n’y a plus besoin de mourir complètement pour cela. Il peut se produire des sortes de morts de notre vivant et de retour à la vie de notre vivant. Et chaque fois, cette intervention de la force de résurrection à l’intérieur de l’homme — le Moyen-Âge donnait à ce processus le nom de Rédemption des pêchers — Shakespeare montre qu’il se produit par le contact avec l’autre.

Henry V, purification du vieil adam :

C’est par exemple ce qu’il décrit pour le roi Henry V :

« Le train de sa jeunesse ne le présageait pas… A peine le souffle avait-il quitté le corps de son père que déjà sa folie, gangrenée au dedans, parut mourir, elle aussi ; oui, à cet instant même, la réflexion survint telle qu’un ange et chassa de lui à coups de fouet le vieil Adam pécheur, laissant son corps pareil à un paradis, pour envelopper et contenir des esprits célestes… »56

Que de finesse et de délicatesse dans ces quelques mots pour décrire en images un processus intérieur d’une telle beauté et d’une telle dimension. Imaginons un être à la vie dissolue, superficielle, qui soudainement ressent un tel choc par le fait de la mort de son père que quelque chose meurt en lui, précisément le processus de mort lui-même qui le faisait avoir un tel comportement. Sa folie meurt, gangrenée au dedans. Et la force de la maîtrise de soi qui vient avec la réflexion produit une sorte de purification de la sphère des désirs : le vieil Adam pécheur, le boueux, est expulsé. Le corps d’Henri est alors comme un réceptacle de la lumière de l’ange qui flux maintenant à travers la réflexion, c’est-à-dire que la force de la résurrection lui permet de retrouver la maîtrise de lui-même. Il y a quelque chose de surnaturel à cela, car on sait bien que ce qui s’est profondément fossilisé dans la sphère des désirs est, normalement, impossible à purger à partir de nos seules forces.

Il est extrêmement intéressant de remarquer que c’est le contact avec la mort d’un proche qui produit cette métamorphose intérieure de Henry V. La disparition de l’être proche, de son père, lui a fait sans doute sentir que la nature véritable du lien qui l’unit aux autres n’est pas portée par la dimension du désir, mais par celle de l’Être.

Le Roi Jean, le feu de la vérité :

Une autre pièce va décliner cette thématique à travers d’autres personnages. Elle est extrêmement intéressante, car elle montre la différence entre la rencontre basé sur le principe du désir et celle basée sur le principe de vérité.

La rencontre basée sur le principe de désir n’est pas autre chose qu’une projection de soi sur l’être de l’autre. Quand le désir seul guide et adombre la rencontre, c’est que l’on se cherche soi-même, que l’on veut se grandir ou s’affirmer soi-même. C’est d’ailleurs pourquoi le désir n’est pas forcément une mauvaise chose, tout dépend des limites qu’on lui fixe. Nous l’observons de manière nette à la scène 1 de l’acte II, lorsque le jeune Dauphin est invité à regarder sa promise dans les yeux afin de voir si celle-ci lui conviendrait pour épouse :

« Le roi Philippe

Que dis-tu, mon garçon ? Regarde bien le visage de la demoiselle.

Louis

C’est ce que je fais, monseigneur, et dans ses yeux je vois une merveille, un merveilleux miracle : le reflet de moi-même formé dans sa prunelle, lequel, pour n’être que le reflet de votre fils, devient soleil et fait un reflet de votre fils. Je vous jure, père, que je ne me suis jamais aimé moi-même, avant de voir ici mes traits imprimés et tirés sur la table flatteuse de son regard. »7

Louis contemple les yeux de sa promise et y découvre son propre reflet dans lequel il se perds. Or l’épisode de la mythologie grecque où Dionysos est trompé par la ruse des Titans lui offrant un miroir se construit autour d’images et de thématiques presque identiques à celles évoquées dans cette tirade de Louis. Comme le montre Jean-Pierre Vernant, le grand spécialiste de la mythologie grecque et celui qui en a peut-être le mieux découvert une partie de son sens caché :

« Le petit Dionysos est (…), dans le miroir où il se dédouble, séduit par son image, diverti. Il projette son reflet ailleurs qu’en lui-même, se divise en deux, se contemple non là où il est et d’où il regarde, mais dans une fausse apparence de lui-même localisée là où il n’est pas en réalité, et qui lui renvoie son regard. Cette duplication qui le détourne de lui-même est aussi l’occasion pour les Titans de le découper en morceaux, de le hacher menu, faisant avec de l’un du multiple, du dispersé. »8.

Nous voyons donc que la rencontre basée sur le principe du désir n’est pas autre chose qu’une dispersion narcissique de l’être dans la matière, à l’image de ce petit Dionysos captivé par sa propre image et démembré par les Titans, les puissances de la Terre.

En revanche, il existe une autre forme de rencontre qui est fondée sur le principe de vérité. On voit ainsi dans cette pièce un étrange personnage, le Roi Jean, qui porte dans son regard le pouvoir de la mort :

« (…) Jean le guerrier approche. Et sur son front siège une Mort décharnée, »9

Avoir sur son front le signe de la Mort n’est pas une malédiction, mais la marque de ceux qui veulent acquérir le courage de traverser la mort pour accéder à une véritable identité. La connaissance de soi véritable est pour Shakespeare une traversée du royaume de la mort. À la scène 1 de l’acte I, le Bâtard doit répondre à une question dont la réponse implique un choix crucial, un façon radicale d’être soi-même :

« Qu’aimes-tu mieux : être un Faulconbridge comme ton frère et jouir de ton héritage, ou le fils putatif de Coeur-de-Lion, seigneur de ta personne, sans terre allant avec ? »10

Le Bâtard choisi de devenir « seigneur de sa personne » et renonce à son héritage. Être seigneur de sa personne signifie devenir maître de soi-même, entrer en pleine possession de son identité. Mais d’emblée, ce choix s’inscrit dans un certain rapport à la mort. En effet, aussitôt qu’il a fait ce choix, la Reine lui propose de le suivre pour la France et d’y faire la guerre, à quoi le Bâtard réponds :

« Madame, je vous suivrai jusqu’à la mort.11

Comme si le choix de devenir « seigneur de sa personne » impliquait une confrontation, une rencontre avec la mort. Etre maître de soi-même semble signifier être prêt à mourir. Là non plus, il ne s’agit pas forcément de mourir pour de bon, mais de porter en soi une puissance de mort, de « consumation », de feu. Il s’agit tout simplement de la vérité.

« N’ai-je pas la mort hideuse devant les yeux, moi dont le reste de vie s’écoule avec mon sang, comme une figure de cire perd sa forme devant le feu ? (…) Pourquoi donc serais-je fourbe, puisqu’il est vrai que je dois mourir ici et vivre ailleurs par la seule Vérité ? »12

Ainsi, au moment de mourir, Melun affirme que, face à la mort, tout mensonge lui est désormais interdit car la mort est comme une flamme et son sang comme une cire qui s’écoule de ses blessures. Or cette puissance de vérité qui vient cuire le sang, qui vient faire fondre comme de la cire le mensonge qui s’était durcit en nous, justement comme de la cire séchée, n’est pas autre chose que la force de résurrection dans l’être individuel. Comme le dit à ce propos Rudolf Steiner :

« Par l’impulsion spirituelle du Christ, il se déverse dans le corps quelque chose qui ne peut être provoqué d’ordinaire que par les actions physiques ou physiologiques, – le feu intérieur qui s’exprime dans la circulation du sang. »13

Essayons de bien sentir ce qui est décrit ici. Plusieurs êtres font le choix suivant : devenir seigneur de leur personne et porter en eux une puissance de mort qui n’est autre que celle de la vérité. Là encore, ce qu’il est merveilleux de constater, c’est que cette puissance de résurrection, ce feu de vérité, se communique par le regard de l’autre.

On connaît tous ces moments où le regard de vérité de l’autre peut nous permettre de redevenir seigneur de nous-mêmes parce que quelque chose vient cuire le sang où siège la force du mensonge et du désir qui nous enfermait en nous-mêmes.

Henry VI, le pouvoir de la parole :

Un dernier exemple avec la pièce Henry VI. Dans cette pièce, il est tout d’abord exprimé avec une espèce de lucidité simple et surprenante que lorsque deux personnes se font face sur Terre, elles ne perçoivent qu’une toute petite partie de leurs êtres respectifs :

Talbot

Non pas, car je ne suis que l’ombre de moi-même.

Vous vous leurrez. Ma substance n’est pas ici.

Car ce que vous voyez n’est que l’infime part,

La plus petite fraction de ma nature humaine.

Si mon corps tout entier était ici, Madame,

Je vous le dis, il est d’une telle stature

Qu’il n’aurait pas assez de votre toit pour y tenir. »14

On sait bien que nous ne percevons que tres peu de choses de celui qui se tient en face de nous. Tres peu de notre véritable moi passe dans notre apparence ou dans nos mots. Si nous percevions la totalité de l’être de l’autre, il serait probablement aussi vaste qu’une maison. Or Shakespeare va montrer que c’est justement à travers les mots que la force de résurrection va pouvoir se déployer et ainsi permettre cette intuition de l’être véritable du prochain.

Observons ainsi comment, sur le champs de bataille où s’affrontent les armées française et anglaise, on voit Talbot, blessé à mort, tenant dans ses bras son fils mort, et le suppliant de lui parler :

« Parle à ton père avant que tu n’expires.

Brave, en parlant, la mort, qu’elle le veuille ou non15. »

Parler, comme le dit clairement Talbot, c’est braver la mort. Il faut savoir que la mort dans la conscience grecque était précisément le domaine ou disparaissait la parole,. C’était le domaine du vacarlme et du soilence, d’où le clair langage articulé était radicalement banni. Mais cette scène montre ensuite l’image d’un mort qui parle ou semble parler :

« Pauvre enfant ! Il sourit, me semble-t-il, comme pour dire :

Si la mort eût été française, elle serait aujourd’hui morte16. »

Malgré la mort, il semble à Talbot que son fils lui parle. Un jeune homme mort parle à son père vivant. Il outrepasse ainsi la première des lois de l’Hadès, la négation de toute parole. Autrement dit, sa parole a vaincu la mort de l’intérieur ! De plus, le fils adresse à la mort, dans son propre royaume, un défi : son sourire ! Et ce sourire fait mourir la mort elle-même. Pour comprendre toute la portée de cette scène, il faut s’imaginer ce qu’elle aurait eu d’inconcevable pour les Grecs. En effet, dans la Grèce antique, il n’y avait peut-être pas d’opposition plus radicale, plus absolue, qu’entre la parole et la mort. Aucune parole ne pouvait pénétrer l’Hadès, sauf intrusion momentanée, sauf-conduit temporaire provoqué par un rituel illicite, comme Ulysse offrant du sang aux morts pour qu’ils lui parlent, mais se voyant bientôt submergé par la foule des ombres assoiffées. Dans la nuit des morts, nulle parole ne pouvait se maintenir. Pour les vivants possesseurs du clair langage articulé, l’approche de ces ténèbres était quelque chose d’insupportable : l’inaudible vacarme faisant fuir Ulysse pris de terreur… C’est pourquoi, lorsque Shakespeare évoque l’image d’un fils qui semble parler à son père en défiant la mort d’un sourire, il décrit quelque chose que les Grecs auraient ressenti symboliquement comme l’inconcevable irruption de la lumière du jour au sein même de la nuit des morts.

Une image symbolique des Évangiles apocryphes

Dans cette petite scène d’Henry VI, il semble que ce à quoi pensait notre auteur lorsqu’il mettait en place ces images n’était autre que la force qui, depuis la Résurrection du Christ, a pénétré le monde. En effet, le Christ est une puissance de lumière qui est allé luire pour les morts. Les évangiles apocryphes racontent comment les morts ont ressenti l’éclat qui a irradié les enfers lorsque le Christ y pénétra :

« Nous y étions [en enfer] avec tous ceux qui se sont endormis depuis l’origine. À minuit, une lumière aussi vive que le soleil perça les ténèbres. Nous fûmes illuminés, et nous pouvions nous voir les uns les autres17. »

Remarquez la splendeur de cette image des évangiles apocryphes : le Christ est la force de lumière qui permet aux morts de se voir les uns les autres. Si on prend cette image au sérieux et qu’on y voit pas seulement une espèce de show son et lumières cosmique, on peut sentir quelque chose du mystère que Shakespeare a pressenti dans son universalité, mais aussi dans ses manifestations singulières de destinées individuelles.

Plan

  1. Introduction
  2. Doxa de la rencontre et de la résurrection
  3. Conceptualisation des termes : rencontre, résurrection, mort, espace, être, Dieu, vie, résurrection (2)
  4. Mort et société
  5. Land of the Deads
  6. Le culte des Hydrophories à Athènes
  7. Le contact avec autrui
  8. L’ami véritable
  9. Amour du prochain et amour de Dieu : la question du scribe
  10. Le sens de la Résurrection du Christ
  11. Les petites morts
  12. Shakespeare, annonciateur des faits psychologiques chrétiens
  13. Henry V, purification du vieil adam
  14. Le Roi Jean, le feu de la vérité
  15. Henry VI, le pouvoir de la parole
  16. Une image symbolique des Évangiles apocryphes

Mort

Vie

Espace

Rencontre Résurrection

Être

Dieu

1 Maria Daraki, Dionysos et la déesse terre, Champs Flammarion, Manchecourt, 1994, page 82

2 « L’amitié selon la vertu est celle des hommes les meilleurs. Les autres amitiés existent aussi chez les bêtes. (L’amitié première, celle des hommes de bien, est une amitié réciproque, un choix délibéré qu’ils se font les uns des autres.) » C’est ce genre d’amitié qui procure le bonheur, puisque le bonheur chez Aristote n’est pas autre chose que le déploiement de la vertu, c’est-à-dire la mise en activité de la meilleure partie de l’âme qui est étroitement en rapport avec le noyau de notre être.

« l’homme en tant qu’homme doit raisonner, être un principe, agir. » p. 48

Le bonheur est donc l’activité d’une âme bonne, l’activité parfaite d’une vie parfaite selon une vertu parfaite. » p.46

3 William Shakespeare, Le Marchand de Venise, acte V scène 1, traduction de François-Victor Hugo, Éditions GF Flammarion, imprimé à Manchecourt, ISBN : 2-08-070029-4, 1994, page 102.

4 William Shakespeare, Le Marchand de Venise, acte V scène 1, traduction de François-Victor Hugo, Éditions GF Flammarion, imprimé à Manchecourt, ISBN : 2-08-070029-4, 1994, page 102.

5 Shakespeare, Henry V, acte 1 scène I, traduction de Sylvère Monod, Le Club Français du Livre, Paris, 1967, pages 28 et 29

6« (…) je saurai si bien purifier ta mortelle épaisseur qu’on te verra marcher comme un esprit de l’air.»

7 Shakespeare, Le Roi Jean, acte II scène 1,, traduction de Henri Evans, Le Club Français du Livre, Paris, 1967, pages 448 et 449

8 Jean-Pierre Vernant, L’individu, la mort, l’amour, Gallimard, collection Folio Histoire, Saint-Amand (Cher), 1996, page 158

9 Shakespeare, Le Roi Jean, acte V scène 2, traduction de Henri Evans, Le Club Français du Livre, Paris, 1967, pages 538 et 539

10 Shakespeare, Le Roi Jean, acte I scène 1, traduction de Henri Evans, Le Club Français du Livre, Paris, 1967, pages 412 et 413

11 Opus cité, acte I scène 1, pages 412 et 413

12 Opus cité, acte V scène 4, pages 542 et 543

13 Rudolf Steiner, L’Évangile de Saint Jean dans ses rapports avec les trois autres Évangiles, Éditions Triades, Condé-sur-Noireau, octobre 1989, page 113

14 Shakespeare, Henry VI, première partie, acte II scène 3, traduction de Georges Garampon, Le Club Français du Livre, Paris, 1967, pages 102 à 105

15 Shakespeare, Henry VI, première partie, acte IV scène 7, traduction de Georges Garampon, Le Club Français du Livre, Paris, 1967, pages 196 et 197

16 Shakespeare, Henry VI, première partie, acte IV scène 7, traduction de Georges Garampon, Le Club Français du Livre, Paris, 1967, pages 196 et 197

17Actes de Pilate, Évangiles apocryphes, textes réunis et présentés par Quéré, CollectionPoints Sagesses, numéro 34, Éditions du Seuil, imprimé en France, ISBN : 202006622X, 1983, page 153.

Contrat Creative Commons
Shakespeare, rencontre et résurrection. Conférence 31/03/07 by Grégoire Perra est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France.


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