Publié par : gperra | 4 janvier 2011

La Saga Rosenmark, première aventure familliale-dynastique anti-anthroposophique par sms

Avertissement : cette petite histoire sans prétention envoyée par sms à mes amis proches au fil de l’inspiration est une oeuvre de pure fantaisie. Les personnages sont purement fictifs et ne s’inspirent que de façon lointaine des personnes  réelles rencontrées au cours de mon parcours dans le milieu anthroposophique. Toute ressemblance avec des personnes existentes ou ayant existé serait donc à mettre sur le compte du travail de l’imagination et de la coïncidence fortuite. Même dans les circonstances les plus sombres, il reste l’humour !


Le premier texto.

Aglaée-Gwendoline Rosenmark, la nouvelle compagne de Paolo, me prie de vous demander de lui communiquer les sujets de conversations que chacun d’entre vous compte aborder samedi soir à laquelle vous êtes invités à Gentilly, afin de pouvoir s’y préparer dès demain matin. Pourriez vous me faire part des sujets que vous pensez devoir évoquer à cette occasion, tout en m’indiquant les références précises dans la presse ou sur internet? Je me chargerai de transmettre . Merci. Grégoire.

Le deuxième texto.

Des rumeurs déplaisantes s’étant mises à circuler sur la propriété des parents d’Aglaée-Gwendoline, la nouvelle compagne de Paolo, celle-ci me pris de vous informer que la plantation des ses parents en Afrique du sud ne saurait être assimilée à une entreprise esclavagiste, la famille Rosenmark ayant toujours traité son personnel de couleur avec bonté, leur offrant même la gratuité de certains soins dentaires et faisant venir un prêtre une fois par mois. Cette précision apportée, elle se réjouit de faire votre connaissance samedi.

Le troisième texto.

Aglaée -Gwendoline Rosenmark, la nouvelle compagne de Paolo, tient à se réjouir avec ses futurs amis et éventuels camarades d’équitation de ce que le démoniaque mouvement de grève commandité par Moscou et qui ne faisait rien qu’à nous embêter arrive à son terme.

La colère du beau-frère.

Suite à notre soirée, je dois malheureusement vous informer de la colère d’André-Matthieu Rosenmark, le frère de la nouvelle compagne de Paolo, lorsqu’il a appris qu’après les présentations officielles et l’annonce de l’heureux événement, certains ont eu la désobligeance de murmurer en ricanant que Paolo ne pouvait avoir décidé de rester avec une telle cruche que parce qu’il devait assumer de l’avoir mise en cloque après l’avoir saoulée à sa dernière soirée, après que les parents d’Aglaée-Gwendoline aient menacé de la faire assassiner par des tchétchènes s’il se défilait. Paolo a pourtant lui-même précisé que si cet événement inattendu devait certes au hasard, il n’en était pas moins désiré rétrospectivement et qu’il se réjouissait de partager désormais sa vie avec elle et bientôt le petit Gaspard-René, ainsi que de la confiance dont l’honorait la famille Rosenmark en lui offrant ce poste prestigieux de banquier en chef au sein de leur entreprise familiale!

Désolé c’est sans lendemain !

Aurore-Eglantine, la soeur de la nouvelle compagne de Paolo, souhaite exprimer sa sympathie à chacun des participants de la soirée avec lesquels elle a pu faire connaissance samedi dernier et qui l’ont gentiment initiée à leurs formes populaires de divertissement. Elle tient également à exprimer publiquement sa sympathie et ses tendres sentiments à l’égard de Julien, vis-à-vis duquel un contact plus étroit a eu l’occasion de se former. Bien qu’elle n’accorde aucun crédit à ces rumeurs disant que ce dernier ne serait pas rentré chez lui depuis plusieurs jours, errant dans les rue mal famées de la capitale avec un air hagard et terrifié ne cessant de répéter « désolé c’est sans lendemain! », elle apprécierait néanmoins que ceux qui le croiseraient aient la gentillesse de prendre contact avec elle pour lui donner de ses nouvelles, car elle s’inquiète de son silence prolongé depuis la soirée et de la résiliation soudaine de son abonnement téléphonique. Un numéro vert a d’ailleurs été mis en place par la famille Rosenmark où tout renseignement utile sur Julien pourra être communiqué 24h sur 24. En vous remerciant chaleureusement de votre collaboration.

Quand l’amour ouvre les portes d’une vie nouvelle.

C’est avec des accents de profonde sincérité qu’aujourd’hui même, Julien a exprimé son indicible bonheur de partir faire sa vie en Australie avec sa nouvelle compagne de toujours, la ravissante Aurore-Eglantine Rosenmark, la soeur de l’épouse de Paolo. Avant de s’envoler vers leur gigantesque élevage de lapins angoras où Julien pourra développer ses talents et sa vocation soudaine de perruquier, les deux amoureux ont pu évoquer avec émotion leurs heureuses retrouvailles après qu’ils se soient perdus de vue suite à leur première rencontre, où pourtant l’amour avait violemment cogné à la porte de leurs coeurs. A ce sujet, julien a tenu à préciser que sa longue errance depuis lors dans les rues de la capitale n’avait rien à voir avec quelque hésitation sentimentale que ce soit, ni la moindre peur d’engrossement de qui que ce soit, mais que tout simplement la nécessité intérieure de mieux connaître l’univers des rats musqués l’avait saisi et qu’il avait pu répondre à cet appel, pressentant sans doute sourdement que la fréquentation de ces proches parents des lapins lui apporteraient l’expérience nécessaire au démarrage de sa nouvelle existence. Aurore-Eglantine n’a pas manqué de souligner à quel point cette séparation inattendue et les frais de détectives engagés les avaient finalement rapproché et avaient même consolider leur amour.

Expériences anthroposophiques sur lapins angoras.

Les récentes retrouvailles sur le sol australien entre Paolo-Paolo Rosenmark (-Gérard) et Julien-Julien, l’époux d’Aurore-Eglantine, ont été riches en émotion. Profitant de la proximité géographique et de la nécessité d’aller récupérer son rhinocéros de retour sur terre après une collision avec la navette américaine, Paolo-Paolo est venu rendre visite à son vieil ami à l’occasion de l’inauguration du nouvel laboratoire pour lapins angoras malicieusement baptisé « Désolé C’est Sans Lendemain! » (DCSL). Julien-Julien s’est félicité du fonctionnement de ce nouveau centre conçu selon ses plans et a vanté avec enthousiasme les mérites de ses petites innovations technologiques, comme le diffuseur automatique des Paroles (« Je me tourne vers le monde… ») juste avant l’envoi des décharges électriques de 10000 volts mettant fin à l’existence des rongeurs. Julien-Julien espère ainsi que son entreprise recevra prochainement le label très convoité de « Firme Anthroposophique » d’ailleurs récemment décerné à son ancienne école pour une invention similaire à caractère disciplinaire.

La clause nuptiale Rosenmark.

Pour répondre aux nombreuses interrogations soulevées par le changement de patronyme de Julien et Paolo dans le précédent épisode narrant les péripéties de la famille Rosenmark, sans doute est-il utile de préciser l’existence d’une règle de droit internationale concernant les patronymes matrimoniaux de nos jeunes amis : la fameuse « Clause Nuptiale Rosenmark » stipule en effet que tout nouvel entrant dans la célèbre institution familiale doit divorcer d’avec lui-même.

Licenciement anthroposophique à l’amiable.

On enregistre les premiers succès de commercialisation pour l’invention de Julien-Julien Rosenmark (ex De Saint Phalles). En effet, une institution scolaire Waldorf située dans les Yvelines s’est portée acquéreur du procédé d’abattage de lapins angoras récemment mis au point par le jeune époux d’Aurore-Eglantine. Certaines adaptations ont cependant été nécessaires, l’école en question ayant émis le souhait de pouvoir monter jusqu’à 350000 volts (au lieu de 10000) en cas d’entretien de licenciement nécessitant l’accord et le consentement enthousiaste obligatoire du « bénéficiaire ». Toutefois les Paroles restent les mêmes. Julien-Julien se dit confiant dans les capacités d’adaptation de son prototype et a exprimé sa certitude que son invention ne pourra qu’être bénéfique à une saine gestion des ressources humaines dans un cadre authentiquement anthroposophique.

Promotion printanière.

Ce joli mois de mars, les premiers bourgeons perçaient, les rossignols passaient d’une branche à l’autre entre deux averses, les arcs-en-ciel traversaient le ciel, Joris était amoureux et introuvable, le soleil éveillait la nature chantante et la firme Rosenmark enregistrait ses premiers succès d’exportation massive dans le domaine éditorial avec le dernier livre de Grégoire Perra (et d’un obscure collaborateur, probablement mort) : Du spirituel au Cinéma, les arrières plans occultes du cinéma d’action américain, éditions Pic de la Mirandole, 19 euros seulement.

Sortir du Nucléaire c’est rentrer dans l’Amour !

C’est une véritable révolution dans le domaine de la production d’énergie et un coup de pouce formidable au développement des énergies renouvelables ! L’entreprise Rosenmark Energy vient en effet de mettre au point un procédé de captation des forces électromagnétiques fusionnelles qui se dégagent de la rencontre d’un Joris et d’une Mérième ! Selon les premières mesures expérimentales, celles-ci équivaudraient, pour une simple rencontre d’une heure, à l’énergie produite en un mois par 5,3 centrales nucléaires classique. 9,7 en cas de dîner au restaurant! Si les problèmes de stockage pouvaient être résolus, nul doute que l’occident verrait enfin s’éloigner le spectre de l’épuisement des ressources pétrolières.

Un réconfort inattendu.

Le feu crépitait déjà dans l’âtre lorsque Robert-Aurélien Rosenmark s’affala dans son canapé Louis XXII, harassé par la dure journée passé à licencier des continents d’ouvriers, à volatiliser les actions Off Shore, à négocier le durée des guerres et à faire des recommandations concernant la cuisson du homard au serveur de son restaurant habituel.

-« Quelle vie épuisante! » s’écria-t-il en s’offrant un cigare.

Comme d’habitude, il allait se demander si elle valait vraiment la peine d’être vécue lorsque soudain son regard s’immobilisa sur la splendide couverture d’un livre neuf déposé sur son bureau en ébène. « Du Spirituel au Cinéma. Les arrières plan occultes du cinéma d’action américain. » Par Grégoire Perra et Christophe Dekindt, Editions Pic de le Mirandole, se dit-il comme à lui même tandis qu’un souffle de bonheur et de jeunesse lui traversait inexplicablement l’âme et le corps. Il prit le livre te commença à le lire: contre toute attente la soirée s’annonçait merveilleuse.

Indiana Charles et le Goetheanum maudit.

Parmi les otages libérés dernièrement, les télévisions du monde entier ont fait peu de cas d’un personnage discret, toujours à l’arrière-plan, mais dont la silhouette effilée et le regard sombre perçant dissimulé sous un large sombrero avait de quoi intriguer le journaliste attentif. Charles-Charles Rosenmark-Perrard, arrière-arrière petit fils par alliance du célèbre explorateur Irenée Rosenmark Junior, venait en effet de passer plus de quatre ans en captivité volontaire chez les Farcs, dans le seul but de pouvoir étudier une race particulière de champignon qui a la propriété de pousser dans les prisons situées dans les jungles révolutionnaires d’obédience marxiste. Quelques jours seulement avant leur libération par l’armée régulière colombienne, il s’apprêtait d’ailleurs à ramener triomphalement l’unique exemplaire qu’il avait eu l’occasion de découvrir après d’inlassables recherches, précieusement conservé camouflé dans un repli de sa tache de vin, lorsqu’il s’était aperçu qu’Ingrid Bettancourt le lui avait subtilisé pour agrémenter son omelette à base d’oeufs de perroquets, conséquence de la silhouette grassouillette de la célèbre prisonnière et non d’une quelconque administration de corticoïdes comme l’ont prétendu certains médias. Dépité mais nullement découragé, Charles-Charles compte bien repartir sur le champs en mission pour le British Museum afin de découvrir sur un tépui austral un spécimen d’authentique anthroposophe anachorète ayant survécu dans ces conditions d’isolement extrême à l’abêtissement et la sectarisation du milieu.

Charles-Charles l’intrépide !

La machette de sa main gauche faisant des moulinés tout en tranchant les tètes des cobras qui se jetaient vers son visage, la carabine dans sa main droite tirant sans discontinuer entre les yeux des alligators qui cherchaient à lui arracher les jambes, piétinant à chaque enjambée les essaims de migales qui grouillaient sur son petit chemin de terre battue entre les baobabs, Charles-Charles Rosenmark, arrière petit fils par alliance du célèbre explorateur, n’écoutait plus que son désir de parvenir à un but qu’il savait maintenant tout proche. Quand soudain, au détour d’un bosquet d’anacondas, ce fut l’illumination ! A cet instant, sa joie fut telle qu’il aurait compter pour rien la multitude de ses conquêtes féminines ou les innombrables excuses probantes de sa scolarité pour ne pas rendre ses dissertations. Enfin il la voyait de ses yeux, cette étrange clairière perdue dans cette forêt d’une autre ère où vivait la mystérieuse tribu des Ciii-Moonn, cette peuplade dont chacun des membres, dès le plus jeune âge, apprend à vivre en fusionnant coups et âme avec un arbre qui deviendra une parti de sa propre chair, au fur et à mesure d’une accolade prolongée où les nervures se mêleront aux veines et le sang à la sève. Ils étaient là, le regard merveilleusement hagard, en communion totale avec l’écorce, leurs longs cheveux et leurs rubans multicolores se mêlant aux branches et aux feuilles. Charles-Charles dégluti, rassembla son courage et s’avança vers le personnage verdâtre qui lui semblait être le chef.

Découverte d’une étrange tribu d’anthroposophes.

« Nous ne quittons presque jamais notre arbre, car celui-ci est l’esprit de notre âme et nous fournit les poivrons qui constituent l’essentiel de notre alimentation ! » expliquait le chef des Ciii-Mooon, tandis que Charles-Charles Rosenmark examinait les traits de son visage à la lueur du feu de camp. Il avait remarqué que parfois, une sorte de lueur farouche et agressive animait de façon inattendu sa face ronde et désespérément pacifique; « Nous seuls sommes d’authentiques anthroposophes, s’exclamait régulièrement le chef tout en mâchonnant quelques carottes crues, car nous avons gardé l’antique usage des pères de nos pères et assaisonnons toujours de go-masio chacun de nos plats ! » Cependant, Charles-Charles n’écoutait plus que d’une oreille distraite la traduction parfois laborieuse que sa tache de vin apprivoisée lui livrait des propos de son interlocuteur : il songeait plutôt au formidable trésor de guerre de la tribu, probablement rassemblé quelque part à proximité sous forme de crayons de cire. Il savait pourtant qu’il ne devait pas s’attarder plus longtemps : déjà quelques autochtones s’évertuaient à planter un jeune arbuste juste à côté de lui et tentaient de lui faire signer un engagement de cotisation de quelques milliers d’euros par an. Pour toute réponse, notre intrépide explorateur se contenta de ramasser son sombrero et sa carabine, puis pris congé en demandant poliment au chef où il pourrait trouver le chaman le plus proche, arguant du prétexte qu’il avait encore de nombreuses figures de rhétorique à apprendre par coeur et un long chemin à parcourir avant l’aube.

Un sauvetage périlleux !

William-William Rosenmark hurlait de douleur ! La flèche empoisonnée qui avait transpercé ses intestins et était ressortie par son pied droit avait failli trancher le nerf optique de son oeil gauche. Pour le moment, il s’efforçait de rester conscient sans pour autant se laisser impressionner par les multiples explosions des bombes au napalm tout autour de lui. Il n’avait pas encore pu observer attentivement les traits de visage de son sauveur, cet étrange inconnu coiffé d’un large sombrero et armé d’une redoutable carabine avec laquelle il avait fait brutalement irruption dans ce camp d’entraînement anthroposophique perdu au milieu de la jungle dans lequel il croupissait malgré lui depuis tant d’années. Il aurait aimé le remercier, lui témoigner sa gratitude de l’avoir ainsi délivré de cette longue et dégradante captivité rythmée par les trois méditations quotidiennes de la Pierre de Fondation, mais le flot de sang qui sortait de sa bouche l’en empêchait. Efforts inutiles, car dans le feu de l’action, Charles-Charles n’aurait eu que faire de ce genre de manifestation sentimentale ! Il avait déjà suffisamment de difficultés avec les grenades à impulsions mentales que les guerilleros anthroposophes jetaient sauvagement sur son passage, manquant de le déséquilibrer lorsqu’il sautait par dessus un ravin ou traversait un rapide. Pourtant, il en aurait fallu bien plus pour que Charles-Charles ne lache le précieux fardeau qu’il portait sur son épaule, ce lointain cousin dont il venait d’apprendre l’existence et qu’il avait aussitôt décidé de libérer au péril de sa vie. Poussant un cri de rage, il se rua en terrain découvert tout en pulvérisant à coups de gros plombs les cervelles des anthroposophes qui osaient encore se placer sur son chemin.

Rencontre avec un mage rebelle.

Charles-Charles pénétra dans la petite caverne obscure où glougloutaient les liquides colorés dans d’étranges alambiques au milieu des grimoires et des vieux parchemins. Les signes cabalistiques gravés à même la roche tout autour de lui ne l’impressionnait gère : depuis sa première initiation lors d’une Saint Michel inoubliable, il avait appris à considérer sa propre vie comme un don conditionnel qu’il pourrait être amener à rétrocéder à chaque instant. Au fond de la salle, le personnage maigre aux yeux de prophète qui se voutait derrière sa table d’écriture ancestrale attira son attention. « Que viens tu faire dans la retraite de Vincent-Vincent Filledelabonté Rosenmark? » demanda le vieillard aux cheveux maculés de poussière, de cire et de cornflakes. Charles-Charles pesa un moment l’intonation du magicien, évalua les risques, puis répondit avec fermeté : « les croisades idéalistes, c’est pas mon truc! Mais depuis quelques années, les anthroposophes se sont multipliés et ont tout envahi. Avec leurs cultes obscènes et leur cosmologie ridicule, ils ont tourné la tète de la moitié de la population mondiale. Et l’autre moitié vit dans la peur de les contredire. Peu à peu les musiques enregistrées et le rock ont disparu, remplacé par leurs concerts d’eurythmie avec harpe! Il faut que quelqu’un ose s’opposer à leur toute puissance! Mais ils ont d’étranges pouvoirs, un savoir magique sournois que je dois apprendre à déjouer. » Vincent-Vincent le considéra avec un regard qui semblait le traverser : « Et pour cela tu as besoin que je t’apprenne leur magie je suppose?! » il soupira. «  Mais sais tu bien que nul ne sors indemne d’une initiation anthroposophique !? » ajouta-t-il d’un air menaçant; « Es tu prêt à prendre ce risque? »

Anthroposophical Training.

La torture mentale qu’éprouvait à présent Charles-Charles aurait semblé dérisoire, au regard des supplices physiques endurés par le passé. Et pourtant, le souvenir des millions de piqures de fourmis rouges qu’il avait subi le jour où il avait du aller rechercher nu son sombrero dans une fourmilière géante, pour le reprendre à une reine trop coquette, n’était rien en comparaison de l’endurance qu’il devait maintenant déployer pour supporter le torrent d’inepties que son mentor lui déversait dans les oreilles par l’intermédiaire de casques amplificateurs : « LES ATLANTES N’AVAIENT PAS DE CORPS ET ONT INVENTE LES PREMIERS BUS VOLANTS POUR SE DEPLACER ENTRE LES MONTAGNES POUR ALLER FAIRE LEURS COURSES! » hurlait ainsi la VOIX, mettant à rude épreuve son sens le plus élémentaire de la logique. Sentant que malgré son visage impassible marqué par de nombreuses balafres, la souffrance dépassait de trop loin ce qu’un être humain était capable d’endurer, le mage Vincent-Vincent Rosenmark se permettait parfois de couper l’enregistrement de la conférence du club gériatrique de la Grande Tanière, pour lui glisser quelques mots de réconfort et d’explication : « si tu veux acquérir la magie des anthroposophes, tu dois apprendre à abandonner toute cohérence dans tes raisonnements ! Ne cherche plus qu’à réaliser la synthèse de ce que tu entends en allant d’une conférence à l’autre. » Charles-Charles comprimait maintenant à grand peine l’irrépressible indignation qui remontait de ses tripes ! Oui, il leur aurait bien fait bouffer morceaux par morceaux leurs vitraux mauves ! Et avec quelle joie sauvage il les aurait étouffé avec leurs propres chaussettes violettes dégoulinantes de produits Weleda ! Mais il commanda à son organisme de reprendre un rythme cardiaque normal : « on continue! » lanca-t-il entre ses dents serrées.

Seul au monde mais avec un bon bouquin.

Hugo-Hugo Rosenmark-Etienne, lointain cousin par alliance de la grande famille Rosenmark, était entre la vie et la mort sur son radeau de fortune lorsqu’il fut repêché au large de la Bolivie. L’équipe des sauveteurs n’en croyait pas ses yeux: La chevelure du naufragé avait tant poussé qu’elle faisait à présent 18m de long (ce qu’en d’autres circonstances on aurait pu attribuer à une relation amoureuse fusionnelle prolongée), tandis qu’avec les poils de sa barbe il avait pu se tresser une ample tunique ourlée d’un gilet incrusté de coquillages marins qui couvrait tout son corps. Quand il revint à lui et fut en mesure de faire le récit de ses huit années d’errance depuis le naufrage de son jet sur une ile américaine classée zone interdite, il fit l’émerveillement de tous ses exploits pour survivre dans ce lieu hostile grouillant de dinosaures voraces, d’extraterrestres insensibles et de concierges hargneuses. Mais Hugo-Hugo du bien vite reconnaître qu’il ne devait sa survie qu’aux formidables propriétés de son livre qui avait survécu avec lui au crash, Du Spirituel au Cinéma, Editions Pic de la Mirandole, dont il avait progressivement découvert qu’en plus de posséder un contenu passionnant qui lui avait permis de garder le moral, ce livre faisait aussi opinel, ouvre-boite, lance-roquette et détecteur de métaux, sans parler d’autres propriétés plus mystérieuses encore. C’est pourquoi le digne rejeton de cette illustre lignée tint à porter un vibrant hommage aux auteurs (Grégoire Perra et Christophe Dekindt) une fois arrivé sur terre et à bénir l’intuition salvatrice qui l’avait conduit, huit ans plus tôt, dans cette petite librairie du 4 rue de la grande Chaumière, près du métro Vavin, où il avait pu se procurer l’ouvrage avant son départ.

Combat de catch spirituel.

Lorsqu’il sauta d’un bond sur le ring, le jeune conférencier arborait un short mauve orné de l’hemniscates en or qui mettaient aventageusement en valeur cette partie de son anatomie aux yeux de toutes les demoiselles assoiffées de connaissances spirituelles qui étaient venues frémissantes assister au combat ! Tel un lionceau affamé descendant des steppes de l’Oural pour déchiqueter sa proie, Hugo-Hugo fit son entrée dans la salle aménagée du Club Gériatrique de la Grande Tanière avec la ferme intention de pulvériser dans les cordes tous les challengeurs de l’Anthroposophie qui hier encore répondaient avec un ton méprisant aux journalistes les interrogeants sur la menace conceptuelle que pouvait représenter ce nouveau venu dont on connaissait à peine le nom dans les cercles de la Science Spirituelle et qui n’avait même pas fait l’intégralité de sa scolarité dans la prestigieuse école waldorf des bords de Seine récemment rebaptisée Lycée Frank le Grand. Mais lorsque les premières sommités eurent les unes après les autres perdu sur le tapis l’intégralité de leurs dentitions détériorées par des années de brossage aux produits Weleda, et que même l’athlétique Ray Burnilobus, pourtant expert en contournement d’obstacles, d’adversaires et de responsabilités morales s’y fut brisé ses proéminentes mâchoires, il fallu bien que le Comité Directeur prît conscience du danger. C’est alors qu’il envoya l’effroyable et répugnant Clonnicus, sorte de monstrueuse encyclopédie des âneries collectées de toutes les conférences anthroposophiques parisienne sur plus de 40 ans rassemblées dans les plis de ses 3000 kilos de graisse parfumés à l’Iris, mais Hugo-Hugo le fit comme les autres voltiger à 10 mètres au-dessus du sol et atterrir sur les genoux de la brave Goule Dulag, ouvreuse professionnelle de cette salle de combat sous le charme duquel avait succombé tous les estropiés de la pensée qui passaient par là depuis des décennies. L’ultime recours du Comité consista en vain à envoyer cet être abominable nommé Mike Frungicus, constituant une sorte de transition entre les hominidés, les anthroposophes et les invertébrés, mais Hugo-Hugo le saisit par le coup au moment où il rampait vers lui par derrière, l’entortilla plusieurs fois sur lui même et lui plaça un exemplaire de la Science de l’Occulte en travers de sa gueule ouverte afin qu’il ne puisse cracher le flot de souvenirs personnels qui s’apprêtait à lui revenir en mémoire sous la forme de sécrétion salivaire à l’accent anglais. Sa victoire étant alors consommée et éclatante, Hugo-Hugo poussa un cri terrible en s’arrachant les poils du torse qui fit trembler toute l’assistance éberluée !

Amour rongeur.

Et ce qui devait arrivé arriva ! Récemment revenu clandestinement d’Australie en compagnie de Carla, une lapine angora qui était devenue sa confidente et avec laquelle il avait conçu son projet d’évasion, Julien-Julien Rosenmark a présenté la mammifère à Hugo-Hugo, ce nouveau membre de la famille devenu terrasseur d’anthroposophes. Aussitôt, le courant est passé entre l’ex-naufragé et la rongeuse ! Fasciné par les mouvements rythmiques et somme toute musicaux de ses narines qui n’étaient pas sans lui rappeler les petites crispations faciales qui se manifestent parfois chez les militants d’extrême gauche vraiment convaincus par leurs propres discours, Hugo-Hugo est aussi tombé sous le charme de ses yeux en amandes grillées qui semblent regarder loin derrière le grillage de la vie quotidienne; pour la première fois dans la vie du jeune rebelle, une complicité sans mélange à la douceur du fenouil fait irruption !

La poule-lapine.

Extraordinaire rebondissement dans la belle histoire d’amour entre Hugo-Hugo et Carla, la ravissante lapine angora revenue d’Australie avec Julien-Julien Rosenmark ! La lapine était en fait… une poule ! En effet, Carla était une réfugiée des Etats Unis qui avait réussi à s’échapper des prisons de la firme Kentucki Free Chicken, mainte fois dénoncée par Poulailler Sans Frontières pour ses traitements inovipariens infligés à sa volaille. Une fois parvenue en Australie, Carla avait changé d’identité en ayant recours à la chirurgie esthétique pour se dissimuler sous une discrète peau d’angora. C’est donc en tremblant d’émotion que la volatile a révélé à Hugo-Hugo sa véritable nature et son bec dissimulé sous les poils. Très compréhensif, celui-ci a aussitôt déclaré que cela ne changeait strictement rien à la nature de leur relation, qu’il en avait vu d’autres en matière de révélations de caractère dans le contexte de ses relations amoureuses, et qu’il ne croyait pas une seconde à l’injuste réputation de versatilité que l’on fait aux poules.

Eduquer vers la liberté et la salle d’attente du dentiste.

La communauté scientifique européenne s’interroge encore aujourd’hui sur le sens de ce curieux phénomène révélé dernièrement par le retour sur le sol français du jeune héritier de la fortune des Rosenmark, Paolo-Paolo. Revenant de Singapour où celui-ci avait participé à un safari d’éléphants blancs, l’exentrique fortuné a pu constater avec stupeur que des dents à la forme étrange s’étaient mises à pousser en lieu et place de l’emplacement vide de sa machoire causé par une confrontation brutale avec François Bayrou au cours d’un dîner de charité. Après examen, les meilleurs dentistes de la planète ont du se rendre à l’évidence : il s’agissait tout simplement de défenses ! Si les fans du jeune époux d’Aglaé-Gwendoline se désolent des frais de limage quotidien que cette modification physiologique incompréhensible va désormais lui occasionner, les chercheurs anthroposophes se réjouissent au contraire de ce qu’une preuve éclatante des théories de Steiner sur les capacités de revitalisation du corps éthérique par les bienfaits de la pédagogie Waldorf soit ainsi révélé au grand jour par un tel phénomène primordial. A l’annonce de cette nouvelle, Barrak Obama, qui lui aussi a les dents longues, a aussitôt témoigné publiquement de toute sa sympathie pour le petit prodige roux et lui aurait même proposer un poste de délégué aux affaires anthroposophiques dans sa nouvelle administration, section des affaires presque classées.

Paolo-Paolo versus Largo Winch.

C’est vers 4h du matin de la nouvelle année que la police a découvert le corps de Largo Winch, baignant dans son sang, mutilé atrocement selon des formes design à coups de dents qui, selon les premières analyses, sembleraient avoir laissé des traces d’ivoire. Déroutés par ces premiers éléments de l’enquête, les inspecteurs ont néanmoins cru utile d’interroger le jeune Paolo-Paolo Rosenmark, qui d’après certains témoins aurait eu une violente altercation avec le défunt héritier de la Winch-Compagnie, l’ayant traité quelques heures auparavant de « pale imitation de mes couilles! » et de « parvenu incapable de créativité conceptuelle à la solde du capitalisme luxembourgeois! » Le meilleur inspecteur de la police criminelle parisienne pour stars désoeuvrées, le lieutenant-colonel Théo-Théo Rosenmark, connu pour ses méthodes d’investigation hors normes s’appuyant sur des questions métaphysiques confirmées ou infirmées par le Yi king, a décidé de se charger de la suite des opérations. D’après des fuites proches de l’enquête, l’inspecteur Théo-Théo porte ses soupçons sur les milieux séparatistes catoviens dont le but serait d’attirer l’attention des pouvoirs publics français sur leurs revendications visant à créer une république anthroposophique autonome sur les bords de la Seine.

Un nutritionniste pas comme les autres.

Nadège-Nadège Rosenmark rampait en haletant douloureusement le long du couloir qui menait vers la salle de consultation du célèbre nutritionniste Noël Amermant. Elle avait peine à avancer sans perdre ses intestincs qui, par moments, cherchaient à prendre la fuite par les plis de son ventre, visiblement terrorisés à la vue de la plaque en or massif qui énumérait les mérites du célèbre coach conseiller anthroposophe, auteur renommé du best-seller « Se nourrir aujourd’hui quand c’est pas bon ». Mais Nadège-Nadège tenait bon, interdisant à ses organes le recours à un instinct de survie salutaire qui ne parvenait pas à s’autojustifier autrement que par des pets d’horreur. Derrière son bureau en chêne massif qu’il s’était fait sculpter par plusieurs générations d’élèves récalcitrants, le Docteur Amermant, les lèvres pincées, avec ce petit air supérieur qui vous donne l’impression d’être un plat surgelé de basse qualité, scruta son nouveau patient d’un air à la fois absent et passionné. « Docteur, je ne comprends pas ! » s’exclama Nadège-Nadège. « J’ai suivi à la lettre vos instructions. Je mange mes dix-huits kilos de pommes avariées chaque soir, et j’ingurgite mes trois kilos de beurre à la crème fraîche chaque matin, et pourtant je ne maigri pas ! ». Nullement décontenancé par cet affront à son savoir inné et ses compétences reconnues de tous, Noël pris pour lui répondre ce petit air de dédain aristocratique amusé qui faisait fureur dans les soirées mondaines du Touchatout. « Sans doute votre corps astral manque-t-il de nourriture spirituelle assaisonnée avec l’une de mes préparations spéciales à base de cacahuètes », déclara-t-il. « Suivez-moi dans mon laboratoire ! » s’exclama-t-il soudainement en se levant d’un bond, entraînant son patient en le tirant par les bourrelets…

Colonisation anthroposophique intersidérale.

Lorsqu’après dix ans de voyage intersidéral le Spatio-transporteur atterrît sur le sol encore vierge d’Anthroposophia IV, ce fut un grand moment d’émotion sur Terre. On retenait son souffle dans la grande salle de commandement du Goetheanum Center. A première vue, tout fonctionnait comme prévu : les engins automatiques envoyés en reconnaissance avait parfaitement réalisé leur travail, faisant de cette planète déserte un paradis de verdure et d’oxygène susceptible d’accueillir dans les meilleures conditions la mission de colonisation. Dans la petite plaine où les moteurs du vaisseau venaient de s’arrêter, le sol rocheux de couleur pourpre s’étendait à perte de vue, les nuages roses et bleus drapaient le ciel de leurs majestueux éclats, la végétation violette était grasse et luxuriante, les petites rivières indigos serpentaient dans les vasques en forme de huit où elles étaient sensées se régénérer et se purifier sans tuer leurs poissons. L’ordinateur de bord en conclut alors que rien ne s’opposait plus à la sortie d’hibernation de la Mère Reproductrice, cette incroyable innovation génétique du Docteur Amermant, qu’il considérait presque comme sa fille et qu’il avait baptisé Aveuglina. En effet, biologiquement programmée pour pondre des millions de petits foetus d’anthroposophes parfaitement autonomes que le vaisseau colonisateur se chargerait ensuite d’éduquer à l’aide de ses robots-pédagogues, Aveuglina était le chef-d’oeuvre du Docteur Amermant, une étonnante modification de la structure génétique humaine obtenue par un croisement entre ses propres gènes, ceux d’un choux rouge bouilli, d’une marionnette obéissante et d’une lapine de jardin d’enfant. Programmée pour enfanter et transmettre les valeurs anthroposophiques de ses créateurs, Aveuglina allait ainsi permettre de coloniser en une seule ponte la presque totalité de la surface de la nouvelle planète, faisant surgir d’un coup toute une civilisation de paix, de bonheur, d’entente anthroposophique entre prototypes partageant les mêmes valeurs ! Un paradis auquel les Bisounours auraient désormais tout à envier…

A la conquête de l’univers.

Son utérus géant se contractant et se relâchant quelques centaines de fois par minutes en expulsant chaque fois un foetus d’anthroposophe vers une vie toute entière vouée à la colonisation des infidèles et à l’achat de produits Weleda, la Mère reproductrice s’adonnait dans un état de transe proche de l’extase aux pulsions de la programmation génétique qui parcouraient son corps, saisit de cette ivresse qui consiste à se fuir soi-même tout en accomplissant une volonté familiale extérieure à la sienne. Techniquement parlant pourtant, aucun des foetus d’anthroposophe ne naissait viable : privés d’une partie de leur lobe frontal, la colonne vertébrale voûtée de manière à ce que la seule articulation de l’acquiescement béat lors de conférences de plus de 18h soit possible, la texture de la peau partant en lambeau sans adjonction extérieure de produits aux plantes odoriférantes et coûteuses, les petits anthroposophes aux yeux globuleux déjà blasés n’auraient pu survivre plus de quelques minutes hors de la matrice sans l’intervention de perfusion puissantes à base de pommes avariées spécialement conçues par le génie du Docteur Amermant. Mais la Mère Reproductrice ne se souciait guère de la faiblesse constitutive de sa progéniture, tellement fière de contribuer au projet de conquête spirituelle de ce nouveau monde gravitant autour d’un autre système solaire ! Que lui importait les lourdes chaînes qui interdisaient à ses membres de quitter la plateforme d’insémination permanente du vaisseau interplanétaire qui l’avait amené là, ni les greffes d’organes externes génétiquement modifiés qui lui permettait de procréer jour et nuit ! Aveuglina se sentait libre et heureuse, malgré le liquide spermatique labellisé Waldorf qui coulait sans discontinuer entre ses cuisses, propulsé par un piston automatique cybernétiquement programmé. Et quelle joie de voir luire dans les yeux amorphes et sans curiosité de sa monstrueuse progéniture cette vague reconnaissance qu’ils éprouvaient tous pour leur existence déterminée par un but supérieur à eux-mêmes ! Mais déjà elle les voyaient avec tristesse s’éloigner d’elle pour se rassembler sur la vaste plaine à proximité du vaisseau afin de constituer les premiers collèges ou les premières conférences de science de l’esprit qui allaient, elle en était certaine, apporter la Vie et la Lumière à ce nouveau berceau d’une humanité meilleure exilée aux confins de notre galaxie, cette petite planète lointaine tendrement nommée Anthroposophia IV.

Mort du Chat des Rosenmark.

Chronique de l’Empire, année 3743 coefficient espace-temps 72-33 pn : aujourd’hui le capitaine Flam’ a perdu un membre de son équipage au cours d’un combat d’une violence encore inégalée dans les annales de l’Empire Stellaire Rosenmark. Son copilote, le chat Putzi Petioque Rosenmark, lointain descendant du premier chat génétiquement modifié pour aller dans l’espace et suivre les conférences de la rue de la Grande Tanière sans bailler, a été atteint par un laser dont la puissance pouvait désintégrer une galaxie, ce qui l’a déséquilibré et a provoqué sa chute dans un trou noir non répertorié. La communauté galactique toute entière rends hommage à ce fidèle compagnon du héros de l’univers et invite Zoltariens, Humains et Rocktoniens à adopter une attitude féline, sage et hautaine en sa mémoire.

La grande prêtresse

Semblable à une divinité égyptienne, installée dans la Salle de Vénération de son propre mausolée orné des merveilleux tags à la craie retrouvés sur les murs des toilettes de l’appartement berlinois de Rudolf Steiner quelques siècles plus tôt, la grande prêtresse adoptait une pose cérémonielle appropriée en se contorsionnant eurythmiquement. Les quelques milliers de fidèles venus en formation d’adoration pédagogique l’écoutaient ébahis répéter inlassablement le commentaire « C’est très intéressant ! » chaque fois qu’une remarque, une question ou un changement atmosphérique avait lieu dans son champs de vision immédiat. Marie-Couchetoila la Paillarde n’avait pourtant rien à faire de l’admiration béate de ces foules venues en transumance des lointains de toute la planète Anthroposophia IV pour adorer « les Graffitis Sacrés », pas plus que des interrogations de ses disciples, auxquels elles répondaient mécaniquement, quelques soient les questions,  par le fait que le Maître demandait toujours aux élèves de la première école Waldorf si ils aimaient leurs professeurs. Toute son énergie était pour l’heure concentrée sur l’inflation de son propre ego, sorte de petite centrale nucléaire intérieure toujours proche du point de rupture, dont elle parvenait laborieusement à ventiler le déchaînement des énergies cataclysmiques par un ingénieux système de battements de cils, atteignant parfois la vitesse vertigineuse de 48 0916 oscillations par seconde, tout en écartant et refermant alternativement ses coudes à une cadence qui aurait dépité un oiseau-mouche de compétition. C’est qu’il en fallait de l’énergie à la grande-prêtresse pour esquisser un radieux sourire à ces êtres serviles qui n’avaient pour la plupart pas pris la peine de lire sa méritoire thèse universitaire de 214 pages (+16 000 863 illustrations) intitulée « Grabouillis et Gribouillages dans l’oeuvre du Prophète : une approche de  l’histoire de l’art sans réflexion ni concepts », qu’elle avait pourtant pris soin de faire distribuer gratuitement à des millions d’exemplaires dans les paquets de mueslis au concombre des coopératives Démeter fournissant 99,98% de l’alimentation des habitants de la petite colonie galactique.

Pour l’heure, elle se contentait de savourer son triomphe : laborieusement parvenue à force de flatteries et de sourires charmeurs aux plus hauts degrés des cercles du Pouvoir, elle se délectait des festins de matière grise que ses adeptes venaient lui donner librement en offrande sacrificielle. Certes, le neurone a un goût amer et est susceptible de causer de l’embonpoint lorsqu’il est associé à des quantités trop importantes de fromage du Jura, mais il possède surtout la propriété mystérieuse de conserver le corps dans une sorte de jeunesse éternelle momifiée qui pourrait faire succomber n’importe qui, n’eut été l’inconvénient des relents de sépulcre dont il embaume ses consommateurs.

Un voyageur solitaire

Hugo-Hugo Rosenmark avait toujours été un grand guerrier-voyageur. Sa soif inextinguible de nouveaux défis l’avait conduit à devenir, sur Anthroposophia IV, la terreur des colons qui avaient le malheur de s’établir trop loin des « Blockausenaums », les forteresses de béton où se terrait la majeur partie de la population de la planète. Mais cette longue errance lui avait parfois fait oublier son propre anniversaire, pour l’avoir trop souvent fêté seul dans la steppe à la lumière d’un feu de camp lui permettant à peine de cuire quelques maigres côtelettes d’anthroposophes sauvages braconnés lors de ses périples. Aujourd’hui, il avait mis un point d’honneur à célébrer dignement sa nouvelle année, en s’offrant un morceau de choix qu’il avait gardé en réserve : une délicieuse tranche de prêtre de la « Communauté pour un Renouveau de la Nouveauté à l’Ancienne » ! Une fois bien cuite, il s’apprêtait à morde à belles dents dans cette viande gorgée de jus de raisin Déméter. Il se délectait par avance du léger fumet d’encens dont il s’imaginait qu’il devait relever copieusement les saveurs. Quelle ne fut pas sa déception de constater à quel point, dès la première bouchée, elle s’avérait aussi insipide que pauvre en nutriments ! Il avait beau mastiquer consciencieusement cette chair qui s’était dévoué à célébrer « l’Acte de Consécration des Nigauds », il avait l’impression qu’aucune vie personnelle digne de ce nom n’avait jamais animé ces muscles atrophiés ! Aucune sincérité n’était jamais non plus venue se loger dans les protéines qui avait pourtant été parcourues des frémissements de la Foi ! Nul bon cholestérol n’avait imprégné la graisse du pasteur grisonnant lorsqu’il sermonnait son assistance clairsemée et hébétée du huitième âge en l’exhortant à lâcher leurs cannes pour se lancer à perdre haleine sur les sentiers de la Vie ! En vain ce berger des âmes avait-il inlassablement invité ses ouailles fatigués et blasés par l’inlassable répétition des mêmes mantras à s’en aller rencontrer sans prévention aucune les « Autres » (ceux qui n’étaient pas des anthroposophes) et à ouvrir grands leurs coeurs à la majestueuse beauté de la Nature, qui se trouvait quelque part dans le « Monde Extérieur », hors des chemins balisés qui reliaient la Chapelle à leurs chambres de méditations urbaines : sa carcasse sacrée n’en avait pas récolté la moindre vitamine !

Pourtant, Hugo-Hugo avait été presque sûr d’avoir su débusquer le bon gibier lorsqu’il avait fait irruption dans la petite villégiature de la rue Dagnèrre. Les accents mélodramatiques hollywoodiens qu’avait emprunté le prêtre pour le supplier de lui laisser la vie sauve n’avaient pas eu d’effet sur lui : au contraire, ils n’avaient fait que renforcer sa conviction qu’il avait enfin trouvé la perle rare de l’homme d’église au sourire ravageur et au regard malicieux capable de faire tomber en pâmoison les vieilles demoiselles assoiffées de vie intérieure. Hugo-Hugo croyait même avoir enfin déniché le spécimen étonnant d’anthroposophe au coeur bon, capable de compassion à l’égard de la souffrance des faibles, les défendant et les protégeant au péril de sa vie, faisant fi des servitudes de son sacerdoce et des infinies lâchetés du milieu cruel auquel il appartenait : une telle caractéristique aurait du donner à sa texture carnée un goût des plus raffiné. Mais il du se rendre à l’évidence, à présent qu’il pouvait en goûter quelques morceaux : à aucun moment autrui n’avait constitué une catégorie importante de ses circonvolutions cérébrales ! Hugo-Hugo avait pourtant été touché de voir à quel point, en dépit de ses discours quotidiens sur le Sacrifice, le prélat du milieu anthroposophique s’était accroché jusqu’au dernier moment à ses vieilles habitudes, à ses petites manies, à la perspective de sa modeste nécrologie qui paraîtrait immanquablement dans « Les Nouvelles » après l’annonce de son décès. Hugo-Hugo comprenait pourquoi le fait d’avoir fini dépecé et vidé comme un lapin avait profondément chagriné le prêtre au moment de passer le Seuil, lui qui avait rêvé toute sa vie d’une biographie anthroposophique irréprochable, respectant scrupuleusement le rythme des septaines et se conformant exactement à la logique des noeuds lunaires.

« Décidément », il ne faut pas se fier à un anthroposophe, même mort et grillé ! »se dit en lui-même Hugo-Hugo, tout en recrachant la bouchée du serviteur de Dieu dont même les morceaux de gras avaient un goût farineux d’existence passée à côté de toute spontanéité.

Chile, la Alegria ya viene

Suite à son débarquement sur le sol français après un long séjour au pays des gens qui savent dire « No ! », Hugo-Hugo Rosenmark a aussitôt été placé dans une stricte quarantaine. Analyses de sang, de cheveux, de salive, de sperme, d’urine et de matières fécales, ainsi que quelques ponctions lombaires n’ont été que les préliminaires de tests de dépistages plus poussés, en vue de s’assurer que le jeune homme n’aurait pas tenter d’introduire en France une souche hautement contagieuse du virus révolutionnaire qui sévit actuellement en Amérique Latine, et dont l’épidémie a actuellement gagné l’ensemble du Brésil. Derrière ses airs doux et son apparente acceptation de la nourriture française (Hugo-Hugo a commencé par dévorer huit camemberts à peine débarqué de son avion) les scientifiques de l’Institut Pasteur ont décidé de conserver une attitude faite de prudence et de circonspection, refusant de regarder avec lui les vidéos internet du « Joueur du Grenier » et n’esquissant pas le moindre rictus lors de ses blagues potaches au sujet des techniques d’épilation du maillot à base de décoction de choux-rouge des anthroposophes que lui aurait confié l’ex-compagne de Grégoire Perra, Aveuglina Amermant, dans le grand moment de solitude qui a succédé à sa prise de conscience des âneries qu’elle avait pu dire au cours du procès du 5 avril 2013, en tant que témoin de la Fédération des Ecoles Steiner-Waldorf. Malgré leur furieuse envie d’éclater de rire en se roulant par terre tout en se frappant les cuisses, les scientifiques français ont su garder un sang-froid admirable et ne sont pas tombé dans ce qui pourrait ressembler à une manœuvre de diversion permettant à Hugo-Hugo de déjouer la vigilance des services de sécurité, bien que cela nécessite un relais des équipes toutes les cinq minutes ainsi que l’aménagement d’une pièce insonorisée de haute performance où il leur est possible de se lâcher en hurlements et en fous-rires prolongés une fois leur travail effectué. Lorsque l’ensemble des tests auront révélé l’innocuité du jeune voyageur et que le Ministère de la Défense aura donné son accord, nous espérons tous que les autorités compétentes donneront à Hugo-Hugo l’autorisation de récupérer son portable et de joindre ses proches, qui l’attendent avec des victuailles conséquentes destinées à fêter dignement son retour, l’industrie du cinéma ayant elle-même tenue à participer à cet événement en sortant simultanément Star Strek, Man of Steel et World War Z…

A la broche !

Quand Hugo-Hugo revenait de ses périples en terres anthroposophiques, il avait coutume, pendant quelques heures, de ne pas ouvrir la bouche, comme s’il voulait s’interdire de déverser dans le monde des gens sains d’esprits les ombres des réalités démentielles et incohérente que ses yeux lui avaient présentées, mais que sa raison avait encore du mal à admettre. Il s’asseyait sans rien dire, découpait patiemment une longue tranche de viande crue qu’il ingurgitait avec délectation, lassé des graines de céréales bouillis qui avaient constituée sa seule nourriture durant tout son périple. Il posait ses yeux fatigué sur le spectacle de la flamme d’une chandelle vacillante, rassemblant son sens de la logique, le regard pensif, comme s’il cherchait à mettre de l’ordre et du sens dans le monceau d’absurdités anthroposophiques qu’il avait entendu, tandis qu’il palpait sa longue barre noire et drue détrempée par les pluies et le sirop Weleda. Toutefois, une question ne cessait de le tarauder : « Mais pourquoi donc, quand il les faisait cuire à la broche vivants, les anthroposophes se mettaient-ils à le supplier de les aligner dans le sens du point vernal ?  » Comment leur cosmogonie complexe permettait-elle de justifier que la broche, l’anus, une constellation précise et la bouche de l’anthroposophe mourant soient placées dans le même axe ?! se demandait Hugo-Hugo perplexe.

Contrat Creative Commons
La Saga Rosenmark, première aventure familliale-dynastique anti-anthroposophique par sms by Grégoire Perra est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :