Publié par : gperra | 30 décembre 2010

E.T., un Christ lunaire

À l’occasion de la réédition, vingt années plus tard, sur nos écrans du célèbre « E.T. » de Steven Spielberg, il peut être intéressant d’examiner avec plus de recul le contenu de cette œuvre cinématographique qui a su marquer durablement l’univers affectif et imaginatif de ceux qui étaient alors encore des enfants. En effet, ce film, loin de se réduire à un simple conte de fée moderne avec un gentil extraterrestre pourchassé par le F.B.I., n’est pas neutre sur le plan symbolique et spirituel. De multiples détails nous indiquent qu’il a voulu présenter, sous des apparences fantastiques, une image du Christ déformée. Observons tout d’abord l’affiche : deux mains s’approchant l’une de l’autre, l’une extraterrestre, l’autre enfantine, leurs index se touchant presque. L’allusion au tableau de Michel-Ange de la chapelle Sixtine où Dieu tend son index vers l’homme pour lui insuffler la vie est presque évidente. Mais le titre même du film sous forme d’initiales, E.T., n’est pas sans nous rappeler d’autres lettres tout aussi célèbres : J-C.

Mais ces indices sont surtout confirmés par le scénario du film lui-même. Nous y voyons en effet un être qui n’est pas de notre monde aspirant à retourner sur le sien, comme le Christ s’en va vers le Père au chapitre quatorze de l’Évangile de Jean ; il s’avère doué de grands pouvoirs de guérison ; dans son caisson de réfrigération, il vit une sorte de mort suivie d’une résurrection, etc. Il a d’autre part la particularité d’entrer en état de sympathie avec le principal personnage du film, le jeune Elliott, qui ressent à distance ce que ressent l’extraterrestre, curieuse illustration de la formule paulinienne « Non pas moi mais Christ en moi ». Enfin, lors de son départ, les dernières paroles de l’extraterrestre « Je serais toujours avec toi », accompagnées d’un déploiement orchestral tonitruant incongru, viennent rappeler de façon presque explicite les paroles du Ressuscité : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. »

Les deux questions qui se posent à présent sont : de quelle sorte de Christ E.T. était-il la figure et pourquoi une telle image a-t-elle été présentée aux âmes des enfants des années 70-80 ? La réponse à la première question se trouve dans l’affiche : la rencontre d’E.T. et de l’enfant se produit sur le fond d’une pleine lune. Or nous savons par les nombreuses recherches de Rudolf Steiner que le Christ n’est pas apparenté à la sphère de la Lune mais à celle du Soleil. E.T. est donc une sorte de Christ de la Lune, c’est-à-dire l’image d’un christianisme réducteur vécu uniquement sous le mode du psychisme inconscient, du sentiment. Tout le film est une illustration de ce qui précède, mais une image le synthétise : il s’agit de ce cœur rouge translucide de l’extraterrestre qui luit dans la nuit. Cette image est, bien entendu, une allusion au culte du sacré-Cœur. Le pôle de conscience qui est inhérent au christianisme véritable est comme volontairement amputé pour laisser toute la place au cœur rougeoyant. La forme même du corps de l’extraterrestre est révélatrice : E.T. est une sorte de tronc d’où sortent quelques appendices atrophiés que sont les bras, les pieds, et surtout une tête qui n’a pas de front, qui n’est qu’un prolongement ombilical où les yeux occupent toute la place.

Il est probable que les enfants qui, en Occident, ont été marqués par ce personnage et son histoire, ont pu l’être parce qu’ils portaient en eux le vague souvenir inconscient d’un christianisme tel qu’il était vécu et pratiqué par la population européenne au Moyen-Âge, c’est-à-dire à l’époque de culture où l’humanité développait ce que Rudolf Steiner appelle l’âme de cœur et de raison. On peut dire de ce film de Steven Spielberg qu’il a comme voulu réactiver un tel souvenir et le transposer dans la réalité d’une époque où il n’est plus à sa place sous cette forme ancienne. E.T. est un reflet lunaire déformé et déguisé de la figure solaire du Christ telle qu’en faisait l’expérience l’âme de cœur et de raison des temps anciens.

Normalement, les souvenirs qui vivent dans les couches inconscientes de l’homme peuvent être considérés comme un terreau qui permettra de donner ultérieurement naissance à quelque chose de supérieur qui s’en nourrira secrètement. Mais leur mise en lumière sous une forme déguisée est un acte particulièrement pernicieux : de fait, le souvenir prénatal est arraché à la sphère inconsciente où il pourrait jouer son rôle fertilisateur, mais, sous une cette forme pratiquement irreconnaissable, il n’est pas non plus un aliment pour la conscience. Ainsi, par un tel film, le souvenir d’un des plus grands héritages de notre culture était en quelque sorte rendu inutilisable, perdu pour l’humanité occidentale contemporaine.

Contrat Creative Commons
E.T., un Christ lunaire by Grégoire Perra est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France.

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