Publié par : gperra | 29 décembre 2010

Les cinq exercices de renforcement du corps éthérique/3

Nous pouvons à présent aborder la pratique du troisième exercice, lequel consiste à procéder une fois par jour à une énumération à rebours. Il toutefois est important de ne pas le confondre avec ce qui est en quelque sorte son grand frère spirituel, à savoir la rétrospective de la journée, proposée également par Rudolf Steiner1. En effet, cette dernière est beaucoup plus difficile à réaliser : il s’agit de se faire une représentation de soi-même, puis de considérer la journée écoulée et d’en repasser les différents événements vécus en les revivant à l’envers et en accéléré, un peu comme ces mouvements étranges que nous pouvions voir sur ces anciennes bobines cinématographiques que l’on retournait. Mais pour ce qui est de cet exercice auquel nous voulons rendre ici attentif, Steiner précise bien qu’il ne s’agit que d’une énumération. On pourrait aussi dire un inventaire inversé. Il n’est ni question de recomposition du mouvement, ni de vision externe de soi-même. Certes, la pratique de cet exercice favorisera ultérieurement la rétrospective du soir, qui n’est pas toujours immédiatement accessible au plus grand nombre, mais mieux vaut commencer par ce qui est le plus abordable.

Actualité du troisième exercice

L’enfant connaît bien cette possibilité de notre esprit : on est parfois stupéfait de la facilité avec laquelle il est capable de décrire les scènes d’un dessin-animé qu’il vient de voir, car pour lui l’attrait de la nouveauté s’accompagne d’un flot de forces éthériques qui permet que tout fasse aisément événement dans sa mémoire.

Mais cette faculté se détériore naturellement avec le temps. De plus, il est important de reconnaître que cette déperdition est accentuée par notre culture ambiante. Lorsque l’on remarque quelle difficulté nous avons à retenir n’importe quelle suite d’événements, on pourra mesurer à quel point nos forces éthériques sont aujourd’hui attaquées. En effet, qu’on nous interpelle après avoir regardé un écran publicitaire entre deux émissions télévisées et qu’on nous demande d’énoncer, de la dernière à la première, les publicités que nous venons de voir : nous en sommes le plus souvent incapables ! En outre, ce phénomène est pervers, car il existe un certain plaisir à contempler béatement quelque chose qui se répète : nous éprouvons une certaine jouissance à suivre le déroulement d’une œuvre que nous connaissons, comme lorsque nous regardons toujours à nouveau un même film au magnétoscope. Or tout se passe dans notre vie actuelle comme si les forces éthériques de la mémoire étaient sans cesse sollicitées de partout, devant ainsi suivre passivement des successions d’événements qu’elles anticipent à peine, qu’elles accompagnent plutôt en se laissant entraîner par eux. À force d’assister à tous ces « rites télévisuels », ou à ces « répétitions de contenus identiques » qui nous environnent sous de multiples formes, le flux éthérique de notre mémoire est comme contraint de faire corps avec la logique machinale de ce qu’on lui présente, perdant progressivement sa vitalité pour faire de nous des « têtes sans forces », socialement et psychiquement plus facilement manipulables.

La force de l’inversion

L’un des moyens pour contrer ce phénomène d’usure délibérée des forces vivantes de notre esprit consiste à inverser mentalement l’ordre mécanique du déroulement des choses. Autrement dit, il faut opposer la puissance éthérique de l’esprit humain à la logique du monde terrestre et non l’y déverser passivement davantage. Concrètement, cela pourra consister, dix minutes par jour, à se réciter à rebours n’importe quelle liste, ou groupes de mots d’un poème que l’on connaît par cœur, ou encore de se remémorer une suite d’événements que nous venons de vivre en partant de la fin (comme la succession des arguments dans une conversation), etc. :

« Nous pouvons aussi fortifier essentiellement notre corps éthérique en faisant autre chose pour améliorer notre mémoire. (…) On peut en effet fortifier considérablement le corps éthérique si l’on ne se contente point de parcourir seulement en pensée ce que l’on sait déjà, comme on a coutume de le faire, mais en le parcourant en sens inverse, à rebours. Par exemple, il faut bien apprendre une fois à l’école les noms d’une série de souverains, de bataille ou d’autres événements. On les apprend en ordre chronologique. Il est extrêmement bon, lorsqu’on les fait apprendre ou qu’on les apprend soi-même dans l’ordre normal, de se les inculquer aussi dans l’ordre inverse, en s’énumérant le tout de la fin au commencement. (…) Examiner à fond, de la fin au commencement, des œuvres dramatiques, ou ce que nous avons lu en fait de narrations ou autres écrits analogues, est d’une importance capitale pour l’affermissement du corps éthérique2. »

Comme il est plutôt rare de nos jours, en raison de l’avènement de l’informatique, que nous ayons pour notre profession à retenir quoique ce soit par cœur, je suggère la rétrospective des dernières scènes d’un film : un film comptant en moyenne 72 « scènes »3, on pourra se contenter d’en énumérer une quinzaine en partant de la fin afin de parvenir aux dix minutes de concentration recommandée.

Très vite, on remarquera que cet exercice a un effet à peu près comparable à celui d’une aspirine lorsque nous avons des maux de tête. Si, au matin, nos pensées nous donnaient une impression de lourdeur et de confusion, la pratique régulière de cet exercice au réveil peut nous procurer la sensation qu’un grand vent a soufflé et emporté au loin les fumées noirâtres qui obscurcissaient l’entendement, si bien que notre vue traverse alors des étendues intérieures pures et claires, comme un ciel limpide et radieux de hautes montagnes. Notre tête éthérique est de nouveau fraîche et dispose comme au premier jour, prête à fournir l’attention que notre vie nécessite quand nous ne voulons pas somnoler notre propre existence, car le soleil spirituel d’une activité intérieure libre la régénère de fond en comble.

NOTES :

  1. Rudolf Steiner, La Méditation, Triades, Paris, 2002.
  2. Rudolf Steiner, Études psychologiques, Culture Pratique de la pensée, La Nervosité et le Moi, Les Tempéraments, E.A.R., Genève, 1994, pages 53 à 54.
  3. Vérification faîte par le biais de cet exercice sur des échantillons plus ou moins représentatifs comme l’Attaque des Clones et Spiderman. Ce que nous appelons ici scène ne correspond ni tout-à-fait au « plan-séquence » ni bien sûr à la scène d’une pièce de théâtre, mais à une suite d’images se cristallisant autour d’une action et pouvant persister dans la mémoire de manière unitaire.

Contrat Creative Commons
Les cinq exercices de renforcement du corps éthérique/3 by Grégoire Perra est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France.

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