Publié par : gperra | 29 décembre 2010

Les cinq exercices de renforcement du corps éthérique/1

En entendant des termes comme ceux d’ « exercices de renforcement du corps éthérique », il est à craindre que l’on s’imagine aussitôt un travail profondément ésotérique consistant à agir de manière quasi-magique sur les composants subtiles de notre nature suprasensible en vue de la métamorphoser. Mais on se ferra une idée plus juste de ce que nous voulons évoquer si nous commençons par constater que, la plupart du temps, nous ne sommes pas à ce que nous faisons. Nous ne sommes pas vraiment solidaires de nos faits et gestes, dans lesquels se glisse une part d’automatisme, d’habitude et de laisser-aller. Sur un plan très concret, cela peut se traduire par une certaine propension à laisser régner autour de nous un désordre conséquent, de ne plus nous souvenir de ce que nous avons fait ou d’être incapable de remettre la main sur tel ou tel objet. D’une manière générale, nous pouvons dire qu’il s’agit-là des nombreux signes de ce que nous négligeons notre enveloppe terrestre, comme si nous voulions quitter le plan de l’existence.

Or il est important de ne pas tomber dans une erreur à laquelle semblent portés ceux qui cultivent une vie spirituelle : si la voie que doit suivre dorénavant l’humanité est certes une ascension vers le monde spirituel et non une descente plus profonde dans la matière, cette remontée ne doit aucunement consister à se détacher du corps physique pour l’abandonner à son sort. Au contraire, nous devons « transformer » cet héritage de l’évolution cosmique pour l’emporter avec nous vers les dieux.

En ce sens, les exercices proposés par Steiner pour renforcer le corps éthérique prennent une importance qui n’a pas été, semble-t-il, suffisamment comprise. Ayant été présentés comme destinés à ceux qui souffraient de problèmes particuliers, ils ont été considérés comme annexes et spécifiques. Mais en fait, à y regarder de près, ils s’avèrent êtres de véritables armes dans le combat que notre civilisation doit livrer contre la puissance ahrimanienne qui menace de l’assujettir. En effet, comme l’a précisé Rudolf Steiner, ces forces néfastes ont pour caractéristique de pénétrer tout ce que nous n’habitons qu’à moitié, comme nos habitudes et façons de parler :

« Ce sont précisément [de tels moments] qu’Ahrimane utilise pour agir : il attend que l’homme, en pleine conscience de veille, soit pris d’une sorte de vertige, de rêverie éveillée, qui fait qu’il ne se sent plus tout à fait dans le monde physique, commence à s’abandonner à la ronde de l’univers et ne veut plus se tenir sur ses propres pieds, en tant qu’individualité. (…) Chaque fois que l’on utilise une expression toute faite, qui ne vient pas de la pensée, mais de l’habitude de parler, cela crée un vide dans la pensée, ne serait-ce qu’un court instant. Ces moments sont particulièrement dangereux, parce qu’on n’y fait pas attention1. »

Au-delà du langage proprement dit, nous pouvons dire qu’Ahrimane construit son royaume dans chacun des gestes que nous abandonnons à l’inconscience et aux automatismes, tandis que la vie exigerait au contraire que nous nous éveillons davantage à ce que nous faisons et à notre corps.

La pratique méditative

C’est pourquoi il nous a semblé important de présenter et d’essayer de faire partager, tout au long de cette année, ces exercices donnés par Rudolf Steiner pour renforcer la présence du corps éthérique dans notre vie sensible. Car de leur pratique régulière peut dépendre plus qu’il n’y paraît au premier abord.

Mais tout d’abord, nous voudrions évoquer la manière dont il semble souhaitable de s’y livrer. En effet, lorsqu’il est question de méditation, une sorte de mystique ascétique semble s’emparer aussitôt des mots-mêmes que nous employons et orienter ainsi d’une manière erronée le déroulement ultérieur de cette activité. On s’attend à ce que celle-ci nous arrache un moment à la vie de tous les jours, nous transportant dans le monde spirituel et nous faisant vivre, selon les efforts fournis, des expériences d’une portée peu ordinaire. Cette image de la méditation et de ses effets semble s’être répandue de façon importante jusque dans les cercles anthroposophiques les plus autorisés, comme en témoigne notamment les écrits d’un auteur comme Serge Prokofieff évoquant, dans La Divine Sophia et l’Être de l’Anthroposophie, les effets que peuvent produire ce qu’il appelle une « intense méditation » :

« Supposons que quelqu’un, avant de s’endormir le soir, se soit employé intensément à étudier la cience de l’esprit (…). Il peut arriver que par la suite, à condition, bien sûr, de poursuivre intensément la progression sur le chemin de l’étude (…)2. »

À cette image problématique de l’ « intense médiation », il semble que nous devions opposer la maxime de Rudolf Steiner selon laquelle « le rythme remplace la force3 ». Ce qui revient tout simplement à dire qu’il vaut mieux, pour développer une pratique spirituelle saine, éviter les « intenses méditations », mais opter pour une façon de faire intégrant avec modération des exercices dont le contenu se déverse progressivement dans notre nature, la modifiant sans qu’il soit nullement besoin de se faire pour cela violence à soi-même.

Dans cette optique, il nous semble donc judicieux de reprendre la méthode proposée par Rudolf Steiner dans un autre contexte3, à savoir que les exercices « s’empilent ». Plus précisément, l’on pratiquera le premier exercice chaque jour pendant un mois, pendant un temps maximum de 10 minutes environ, puis au deuxième mois on fera de même avec le second exercice tout en continuant la pratique du premier4. Et ainsi de suite jusqu’au cinquième, si bien que viendra un mois où l’on pratiquera, en même temps, dans une journée, les 5 exercices, y consacrant dans l’ensemble une bonne heure, ce qui sera amplement suffisant. Il se peut qu’à se moment-là les effets conjugués des exercices ne sembleront plus s’additionner mais se démultiplier. Il sera alors temps de faire une pause, de cesser durant un mois ses pratiques méditatives afin de laisser reposer notre « pâte humaine ». Si, dans un premier temps, les fruits de ce travail sembleront se dissoudre, qu’on ne s’y trompe pourtant pas : nous avons agrégés à notre nature la disposition à accomplir un certain type d’actes qui peut être considéré comme un germe destiné à refaire surface un jour ou l’autre, dans cette vie ou la suivante, afin d’être cultivés de nouveau, comme une pousse refleurissant plus grande et plus vigoureuse encore.

Le premier exercice : la visualisation des objets

Ces considérations faites, nous pouvons maintenant présenter le premier des exercices proposés par Rudolf Steiner pour renforcer le corps éthérique. Il consiste tout simplement à nous représenter mentalement un objet au moment où nous allons le ranger quelque part, à marquer un temps d’arrêt au cours duquel nous visualisons intérieurement ses différents aspects, sa structure, sa forme ainsi que l’endroit dans lequel il va résider. Puis, ayant accompli cet effort de représentation, de nous murmurer mentalement — ou à voix basse — ce que nous venons d’accomplir :

« On tente d’imprimer un peu en soi l’image de ce qui entoure l’objet. Par exemple, nous déposons une épingle de sûreté sur le coin d’une table ; nous la déposons en pensant : « Je mets cette épingle sur ce bord, et je m’imprègne de l’image de l’angle droit qui l’avoisine (…) ; puis je m’en vais tranquillement sans plus y penser. (…) J’ai mis mon moi en rapport avec l’acte que j’ai exécuté, j’ai ajouté une image, une représentation imagée à la pensée de mon acte ; de plus, j’ai mis cet acte en relation avec mon être intime, indiqué par le petit mot « je ». (…) Le corps éthérique en est réellement fortifié, il devient sans cesse de plus en plus robuste4. »

Par cet effort de représentation auquel s’adjoint la pensée du Moi, notre être intime prend possession de notre geste. On pourrait aussi dire : par la porte du penser, notre entité spirituelle la plus profonde pénètre jusque dans notre organisation physique et y déverse ses inépuisables forces spirituelles, régénérant notre corps éthérique rongé de toutes parts par les démons ahrimaniens. On pourra ainsi bientôt observer qu’une certaine sensation de force sereine se construit autour de ces moments privilégiés où nous accomplissons cet exercice, traversant le corps de haut en bas. Le souvenir de cet instant est parfois accompagné d’un sentiment de fierté et d’assurance qui nous permet de nous dire qu’au moins une fois dans la journée, nous avons été réellement présent sur la Terre. Peu à peu, nous remarquerons peut-être aussi que de nouvelles forces se déversent en nous, nous permettant de supporter plus longtemps la fatigue tandis qu’accessoirement, notre chambre est un peu mieux rangée et nos clefs moins souvent égarées.

Ce premier exercice porte sur un domaine de nous-mêmes où les corps physique et éthérique sont étroitement imbriqués l’un dans l’autre. Nous verrons, dans les exercices ultérieurs, qu’il est également possible de stimuler l’activité du corps éthérique dans ses parties plus indépendantes, faisant ainsi provenir des forces salutaires de régions plus pures et plus profondes encore. (À suivre)

NOTES :

  1. Rudolf Steiner, Les dangers d’un occultisme matérialiste, Triades, Paris, 2002, pp. 193-194.
  2. Serge O. Prokofieff, La Sophia Celeste et l’Etre de l’Anthroposophie, Éditions Branche Paul de Tarse, Illfurth, 2001, pages 32 et 33.
  3. Rudolf Steiner, Les six exercices, Éditions Les Trois Arches, Chatou, 1996, pages 11 à 24.
  4. Opus cité note 3.
  5. Rudolf Steiner, Études psychologiques, Culture Pratique de la pensée, La Nervosité et le Moi, Les Tempéraments, E.A.R., Genève, 1994, pages 45 à 48.

Contrat Creative Commons
Les cinq exercices de renforcement du corps éthérique/1 by Grégoire Perra est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France.

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