Publié par : gperra | 28 décembre 2010

Alien, sexualité et impulsion anti-christique

La réédition sur les écrans cinématographiques, près de 24 ans après sa première sortie en salle, du fameux film de Ridley Scott, Alien, le Huitième Passager1, peut être l’occasion de nous pencher sur cette œuvre qui a marqué les esprits d’une manière particulière. C’est avec une grande vigilance que Philippe Aubertin, dans un article paru à l’occasion de la sortie du quatrième épisode de cette série, avait fait remarqué le contenu profondément anti-christique des symboles que cette œuvre véhiculait subrepticement : le Sang semblable à de l’acide, le Père assimilé à un ordinateur central froid et impersonnel, la Bête s’approchant de la Terre à travers les nuées, etc. Notre propos, à travers l’étude de ce premier film, est de tenter de comprendre comment un certain processus y a été initié, lequel a conduit ultérieurement à ces images symboliques des plus malsaines. Il est en effet important de remarquer qu’au départ, Alien est un film dont le contenu n’est pas encore ouvertement ésotérique, mais dont le message presque subluminal traite de la sexualité féminine, ou plus exactement, pour le dire crûment, des fantasmes de terreur qui peuvent être éprouvés par la femme dans son appréhension des rapports avec l’autre sexe et de la découverte des désirs de son propre corps… Mais quel est le lien entre ce contenu à caractère psychanalytique et ces symboles ésotériques présents dans le quatrième film ? S’agit-il d’un hiatus ou bien au contraire d’une évolution qui suit des lignes directrices prédéterminées ? C’est ce que nous allons tenter de déterminer.

Remarquons comment toutes les images de ce premier film renvoient à cette thématique de l’éveil de la sexualité féminine, pour peu qu’on y prête une certaine attention. Observons tout d’abord la forme du vaisseau extraterrestre rencontré par l’équipage du Nostromo : une sorte de « lyre » dont il faut bien reconnaître que les deux prolongements ombilicals recourbés évoquent une partie de l’anatomie féminine interne, à savoir les trompes de falloppe. Cette évocation se trouve confirmée lorsque les astronautes pénètrent à l’intérieur du vaisseau dont les parois des corridors suintants semblent mi-organiques mi-métalliques : nous sommes entrés dans un gigantesque organe génital. Lorsque l’homme d’équipage — qui sera capturé par un « alien » venant pondre dans sa gorge — rencontre des œufs qui contiennent les effroyables bestioles, nous pouvons ainsi comprendre pourquoi ceux-ci ressemblent à s’y méprendre à des ovaires.

Il faut d’ailleurs remarquer que la métaphore se prolonge tout au long du film : la tête de l’alien adulte ressemble à une extrémité de phallus géant, sa double bouche rétractible évoque une érection, etc. À la fin du film, nous voyons Ripley, vétue de dessous féminins très légers de jeune fille à peine pubère, se protéger du « monstre » en se glissant dans une combinaison d’un blanc immaculé, image d’une virginité qu’elle voudrait préserver de l’atteinte du mâle, tandis que sa respiration haletante suggestive — lorsqu’elle expulse l’alien dans l’espace — fait penser à celle de l’orgasme. Et pour finir, l’héroïne débarrassée de la menace s’endort dans son caisson d’hibernation, une main sur le sein et une autre proche de l’entrejambe, comme si le metteur en scène avait voulu signifier : par peur de la rencontre sexuelle réelle, Ripley, image de la jeune fille toujours vierge, s’est réfugié dans la masturbation… Quelle est donc le scénario implicite de ce Huitième passager ? On pourrait le résumer ainsi : à l’âge de sa puberté, une jeune fille s’éveille à la perception interne de certains de ses organes de reproduction ; mais ce désir s’accompagne du sentiment de peur, légitimé par la morale de la société, à l’égard du sexe masculin qu’elle va fuir en se procurant elle-même son propre plaisir pour satisfaire ses pulsions internes.

Qu’on ne s’y trompe pas, une analyse exhaustive des images montrerait que cette évocation de la sexualité féminine confrontée à la peur de ses propres désirs, de l’acte sexuel et de ses conséquences est le leitmotiv des trois autres films de cette série : peur de la pénétration dans le numéro 22, peur de la fécondation dans le numéro 33 et peur de l’accouchement dans le numéro 44 où, dans la scène finale, Ripley se débarrasse de l’immense alien mi-homme mi-monstre de chair rosâtre en perçant un trou dans le hubleau du vaisseau pour que soit emportée par succion sa substance dans le vide intersidéral, comme s’il s’agissait d’un avortement par aspiration du fœtus… C’est ainsi que s’éclairent d’ailleurs centaines scènes, sinon incompréhensibles, de ce film, comme lorsque nous voyons Ripley s’abandonner en transe sur le corps de la gigantesque alien femelle, symbole du fait qu’elle communie avec ce monstre qui représente ses propres pulsions maternelles.

On me pardonnera sans doute ces évocations largement impudiques et choquantes, mais il me semble important de porter la lumière de la conscience sur un contenu qui, s’il reste dans l’ombre, agit fortement sur le psychisme humain. Malheureusement, malgré leur caractère fortement évocateur, le contenu réel de ces images est rarement démasqué par nos contemporains. Demandons-nous qu’elle est la raison d’être de tels symboles dont la signification veut demeurer cachée. Il ne faudrait pas croire que seuls sont familiers de ces réalités organiques internes les clairvoyants, les médecins ou ceux qui auraient accès à des imageries médicales : lorsque chaque matin nous réintégrons notre corps, nous avons une perception nette jusque dans les détails du moindre de nos organes (et pour certains des désirs dont ils sont porteurs). Mais celle-ci disparaît lorsque nous sommes assaillis par le flot de perceptions sensorielles qui nous provient du monde extérieur. Aussi, lorsqu’une âme réintègre un corps féminin, celle-ci perçoit avec une certaine précision ces parties de son anatomie que présente le film de façon détournée. Cependant, il arrive fréquemment, lors de transformations importantes de l’organisme, que cette perception du corps normalement étouffée par la conscience de veille frappe avec plus d’insistance à la porte de notre psychisme. Or il est exact que l’être féminin est naturellement plus réceptif à ce processus, plus à l’écoute. La vie est là pour apprendre à intégrer et accepter avec sagesse ces perceptions.

Or que fait un film comme Alien ? Il présente à la conscience de manière indirecte et sans préparation aucune ces processus organiques, sous formes d’Imaginations occultes prenant l’aspect de visions d’horreur. Que fait-il ainsi ? Il suscite un sentiment qui a pour effet de rendre notre propre corps étranger à nous-mêmes, objet d’un dégoût croissant. Sans que nous nous en rendions compte, puisque tout à l’apparence de n’être qu’un simple film de science-fiction, nous est montrée sous un jour monstrueux notre vie organique interne, accentuant ce sentiment d’étrangeté que nous pouvons éprouver à l’égard d’un corps que nous mettons toute notre vie à apprendre à respecter, à aimer et à en comprendre la sagesse. Or cet acte est l’un des plus pernicieux qui soient, car il est tres important de voir qu’il est l’œuvre de puissances qui voudraient effectivement que la vie du corps soit arrachée à la vie des dieux afin qu’elle devienne leur proie. Steiner évoque ainsi cette épine que percevait Saint Paul dans sa chair, laquelle voudrait rendre étrangère au Christ et à son impulsion de résurrection la vie corporelle humaine remontant à l’Ancien Saturne. Certes, le corps est une énigme et constitue une zone d’ombre pour nous. Mais au fur et à mesure que la science de l’esprit pénètre notre compréhension du monde, celle-ci éclaire notre corps jusque dans son fonctionnement interne, nous apprenant ainsi à l’aimer non pas égoïstement ou narcissiquement, mais en tant que champs d’action prodigieux de sublimes entités des Hiérarchies supérieures. Dans le cycle L’Homme dans ses rapports avec les animaux et les Esprits des Éléments, Rudolf Steiner s’attache ainsi à décrire des phénomènes organiques internes du point de vue de la science spirituelle, comme la formation de la substance neuronale du cerveau. Il précise même que ce genre de descriptions pourrait également être entreprit avec des phénomènes comme la production de l’urine dans notre vessie. En d’autres termes, l’une des grandes missions de l’anthroposophie est de nous apprendre à comprendre et à aimer le corps humain à l’aide d’un regard fécondé par l’Esprit.

Or c’est exactement le contraire que tente de faire des films comme Alien, puisqu’ils font en sorte qu’un sentiment d’horreur pénètre nos âmes à la vue du corps sous forme détournée d’Imaginations malsaines. Dès lors nous pouvons comprendre la profusion de ces images antichristiques remarqués avec justesse par Philippe Aubertin dans Alien 4 : celles-ci ne sont pas des éléments fortuits, mais l’aboutissement logique et méthodique d’un processus sciemment commencé avec le premier film de cette série. En rendant étranger notre propre corps à notre entité animique et spirituelle, les scénaristes qui sont à l’œuvre derrière une œuvre comme la série des quatre Aliens ne faisaient pas autre chose que de se mettre au service d’entités poursuivant des buts les plus néfastes dans l’évolution. Il s’agit d’une démarche que l’on devrait qualifier de volontairement anti-anthroposophique et anti-christique, puisque cette frayeur face au corps annihile, dans les couches inconscientes de l’âme, tout désir d’une compréhension spirituelle de notre organisme et, de ce fait, nous interdit de percevoir le pouvoir de résurrection que le Christ tente d’y faire éclore lorsque nous l’accueillons en nous.

1 Alien, le huitième passager. Sortie(s): 12 septembre 1979 (France)31 octobre 2003 (USA) ; Genre: Science fiction,Thriller,Durée: 1h56 ; Réalisé par : Ridley Scott ; Avec: Sigourney Weaver,  Tom Skerritt,  Veronica Cartwright,  Harry Dean Stanton,  John Hurt,  Ian Holm,  Yaphet Kotto,  Bolaji Badejo,  Helen Horton ; Pays : USA, AngleterreScénario : Dan O’BannonStudio/Distributeur : UFD

Titre original : Alien

2 Aliens le retour. Sortie(s): 08 octobre 1986 (France)18 juillet 1986 (USA) ; Genre: Fantastique,Thriller, Durée : 2h17 ; Réalisé par: James Cameron ; Avec: Sigourney Weaver,  Michael Biehn,  Paul Reiser,  Lance Henriksen,  Carrie Henn,  Bill Paxton,  William Hope,  Jenette Goldstein,  Al Matthews,  Mark Rolston,  Ricco Ross,  Colette Hiller,  Daniel Kash,  Cynthia Dale Scott,  Tip Tipping. ; Pays USA ; Scénario : James Cameron, David Giler, Walter Hill ; Studio/Distributeur : 20th Century Fox ; Titre original : Aliens.

3 Alien 3. Sortie(s): 26 août 1992 (France)22 mai 1992 (USA). Genre: Fantastique, Thriller, Durée : 1h55 ; Réalisé par: David Fincher ; Avec: Sigourney Weaver,  Charles Dutton,  Charles Dance,  Paul McGann,  Brian Glover,  Ralph Brown,  Daniel Webb,  Christopher John Fields,  Holt McCallany,  Lance Henriksen,  Christopher Fairbank,  Carl Chase,  Leon Herbert,  Vincenzo Nicoli,  Pete Postlethwaite ; Pays : USA ; Scénario : David Giler, Walter Hill, Larry Ferguson, Vincent Ward ; Studio/Distributeur : 20th Century Fox.

4 Alien, la resurrection. Sortie(s): 12 novembre 1997 (France)26 novembre 1997 (USA) ; Genre : Fantastique, Thriller, Durée : 1h44 ; Réalisé par : Jean-Pierre Jeunet ; Avec : Sigourney Weaver,  Winona Ryder,  Dominique Pinon,  Ron Perlman,  Gary Dourdan,  Michael Wincott,  Kim Flowers,  Dan Hedaya,  J.E. Freeman,  Brad Dourif,  Raymond Cruz,  Leland Orser,  Carolyn Campbell,  Marlene Bush,  David St. James ; Pays : USA ; Scénario : Joss Whedon ; Studio/Distributeur : 20th Century Fox ; Titre original : Alien: Resurrection.

Contrat Creative Commons
Alien, sexualité et impulsion anti-christique by Grégoire Perra est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France.

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