Publié par : gperra | 27 décembre 2010

Shakespeare et le mystère de la parole

Le jour bavard et le dragon de la nuit dans la première partie d’Henry VI

« Son glaive haut levé vous aveuglait de ses rayons ;

Ses bras s’ouvraient plus grand que le dragon n’ouvre les ailes ;

Ses yeux étincelants, fulgurant de courroux,

Éblouissaient et repoussaient plus sûrement ses ennemis

Qu’un soleil de midi dévorant leur visage1. »

Dans presque toutes ses pièces, Shakespeare évoque la difficulté des hommes à communiquer entre eux, les déviations et les dangers de la parole. Pensons à Béatrice, dans Beaucoup de bruit pour rien, qui ne sait pas maîtriser sa langue trop agile, ou au contraire à Lavinie dans Titus Andronicus, qui ne peut plus prononcer un mot car on lui a coupé la langue et les mains. Comme si Shakespeare tentait de sonder la nature de la parole juste et opportune, son balancement entre le trop et le trop peu, sa source et sa contrainte. Cette question est peut-être celle qui vit le plus profondément dans son théâtre. Comme si l’auteur savait qu’à travers l’énigme de la parole humaine se jouait quelque chose de la plus haute importance… Par la parole se tisse en effet non seulement le rapport des hommes entre eux, mais également celui des hommes au monde spirituel. La façon dont nous parlons, dont nous sommes conséquents vis-à-vis de notre propre parole, est l’expression de ces deux rapports : donner et tenir sa parole signifie autant une marque de respect vis-à-vis d’autrui qu’un engagement profond par rapport à soi-même. La parole est en quelque sorte au carrefour du monde des dieux et du monde des hommes. Comme le dit Rudolf Steiner :

« Lorsqu’on ressent que le langage porte l’empreinte d’une part de la vie spirituelle de l’individu et d’autre part de celle de la communauté, ce que l’on pourrait appeler le secret du langage nous semble alors représenter quelque chose d’extrêmement important2. »

Mais depuis un temps relativement récent dans l’histoire de l’humanité, la parole humaine s’est appauvrie. Lorsque Victor Hugo écrit dans les Contemplations :

« Car le mot, qu’on le sache, est un être vivant3 »

il ne s’agit pas là de l’emphase d’un poète exalté mais du constat amer de l’initié de la langue qui sait que ses contemporains considèrent désormais les mots comme des choses mortes et voudrait réveiller brutalement leurs consciences à ce qu’ils ont perdu. Aux XVème et XVIème siècles, c’est-à-dire à l’aube de la cinquième époque de civilisation4 ceux qui étaient avertis de l’importance de cette question savaient en effet que la parole était tout simplement menacée de mort spirituelle. Homme de théâtre, Shakespeare est ainsi celui qui a peut-être le plus profondément pressenti le risque de cette évolution négative du langage. Dans la première partie d’Henry VI, nous allons voir qu’il évoque clairement cette menace, mais esquisse aussi les remèdes que l’humanité pourra y apporter, pour autant qu’elle aura su dans l’avenir se tourner consciemment vers le spirituel.

La nuit, la mort et le silence dans Henry VI

La parole se déploie toujours dans un juste milieu entre le silence et le vacarme. La parole est équilibre. Dans cette pièce, c’est par l’image de la nuit que Shakespeare incarne les deux extrêmes où aucune parole n’est possible : la nuit est à la fois puissance de hurlements (loud-howling5). et de bouches muettes (misty jaws6). C’est le règne du « silence de la nuit7», la mort de la parole. Ainsi, tous les êtres qui, dans cette tragédie, ont un rapport quelconque avec la nuit, sont frappés de mutisme, de répulsion vis-à-vis de la parole. Les démons qui soutiennent la sorcière Jeanne d’Arc (pour les anglais) vont et viennent en silence (they walk, and speak not 8), tandis que l’un d’eux exprime sans détour son animosité vis-à-vis de la parole : il faut le forcer à s’exprimer car, pour un démon, parler est une véritable torture9. Ou encore, les êtres pernicieux doivent faire serment de silence, comme Hum le traître disant :

« Mets un sceau sur tes lèvres, et de mots, n’en aie qu’un motus !

L’affaire demande silence et mystère10. »

La caractéristique nocturne est donc la négation de tout langage. La nuit, le silence, le vacarme et le mal se liguent afin d’anéantir le fragile équilibre de la parole. Comment comprendre cette association ? Dans L’individu, la mort, l’amour, le grand spécialiste de la mythologie grecque Jean-Pierre Vernant décrit en ces termes la nuit qui, dans la culture grecque, régnait chez les morts. Chez les Grecs,l’absence de langage était propre à ce royaume des ombres, car une force terrible l’y interdisait : la Gorgone. Vernant montre en effet comment même les héros qui avaient réussi à pénétrer l’Hadès afin de converser avec les morts, c’est-à-dire les initiés, devaient craindre l’effroyable gardienne :

« De la mort en elle-même, des morts chez les morts, il n’y a rien à dire. Ils sont de l’autre côté d’un seuil que personne ne peut franchir sans disparaître, que nul mot ne peut atteindre sans perdre tout sens : monde de la nuit où règne l’inaudible, à la fois silence et vacarme (…) L’épisode de la Nekyia (…) s’achève sur le départ précipité d’Ulysse vers ses vaisseaux. La « crainte verte » s’est tout à coup emparée du héros à l’idée que du fond de l’Hadès Perséphone pourrait lui envoyer « la tête gorgonéenne du monstre terrifiant ». Cette tête dont le regard change en pierre marque la limite entre morts et vivants ; elle interdit de franchir le seuil à ceux qui appartiennent encore à ce monde de la lumière, de la claire parole articulée et de la remembrance, ou chaque être, ayant sa forme propre (son eîdos), demeure lui-même aussi longtemps du moins qu’il n’a pas basculé dans l’autre royaume : lieu de ténèbres, d’oubli, de confusion, que nul mot ne peut dire. (…) Ulysse tremblait d’apercevoir, en quelque sorte de l’autre côté du seuil, la foule grouillante, la masse indistinctes des morts, l’innombrable cohue d’ombres qui ne sont plus personne et dont l’immense clameur, confuse et inaudible, ne comporte plus rien d’humain11. »

La Gorgone était la gardienne qui interdisait au langage des vivants de pénétrer chez les morts. Si bien que le mort perdait jusqu’à ce simple mot qui était son propre nom. S’il valait mieux être mendiant sur la Terre que roi dans le royaume des morts, comme le dit Achille à Ulysse dans l’Odyssée, c’est parce que, chez les morts, on n’était plus personne, n’ayant plus de nom. Au sein de l’Hadès, la foule innombrable des trépassés ne parlait pas, mais laissait entendre le bruit confus d’une masse anonyme.Effectivement, il faut comprendre que pour les Grecs, la personnalité terrestre qu’ils avaient eu l’occasion de développer durant leur vie devait s’effacer et disparaître dès qu’ils expiraient. Car avant l’Incarnation du Christ, l’ego humain n’avait en quelque sorte aucune valeur éternelle, n’ayant pas encore reçu son véritable contenu. En mourrant, il fallait perdre son nom avant d’en recevoir un nouveau dans une prochaine incarnation. Mais cette perte était ressentie comme un drame épouvantable qui faisait des hommes des spectres, des formes creuses, des « têtes sans force12,» comme le dit Homère. Nous voyons donc que Shakespeare fait référence de façon précise, dans cette pièce, à la nuit de l’Hadès telle que se la représentaient les Grecs. Mais que voulait-il exprimer à travers cette image ?

La mort de la parole humaine sur la Terre

Nous pouvons le comprendre lorsque nous remarquons qu’en évoquant les pouvoirs maléfiques de la nuit, Shakespeare ne faisait pas que décrire l’antique séjour des défunts, mais brossait une fresque saisissante et apocalyptique d’un Hadès débordant hors de son royaume pour envahir la Terre entière ! Dans Henry VI, le jour est ainsi acculé jusqu’à disparaître définitivement, comme l’énonce la malédiction prononcée au début de la pièce :

« Que jamais nul soleil radieux ne resplendisse

Sur le pays où vous avez votre demeure !

Mais que vous presse la ténèbre et l’ombre noire de la mort13. »

Cette nuit s’étend même si loin qu’elle ressemble à un deuil couvrant le cosmos :

« Que se tendent les cieux de noir, qu’à la nuit le jour cède14 ! »

La nuit triomphe sur l’univers tout entier : les cieux eux-mêmes se tendent de noir. Le cosmos est en deuil. La mort a envahi l’univers. À quoi cette image si forte fait-elle référence ? Dans une conférence consacrée à la question du rapport de l’humanité au langage à travers l’évolution, Rudolf Steiner s’exprime en des termes qui peuvent nous aider à comprendre ce dont voulait parler ici Shakespeare. En effet, Steiner explique que jusqu’à la naissance de la civilisation romaine et son imprégnation ultérieure des autres cultures, les hommes ressentaient encore à travers le langage un lien au cosmos. Les différentes sonorités de l’alphabet étaient comme autant d’échos sur la Terre du verbe cosmique qui retentit à travers la musique des Sphères :

« À cette époque, où l’on comprenait encore instinctivement ces choses, en cette époque d’ancienne clairvoyance, d’ancienne clairentendance atavique, le langage faisait donc ressentir à l’homme un rapport avec l’univers. Et quand l’enfant apprenait à parler, on sentait se développer dans cette nature enfantine ce que l’être humain avait connu dans le monde spirituel divin avant la naissance, avant la conception. (…) On peut le voir dans l’alphabet, que l’homme disait pour exprimer toute la plénitude du monde divin dans une phrase originelle. (…) Il est (…) important de comprendre que lors du passage de la civilisation grecque à la civilisation latine, l’élément abstrait s’est emparé de la culture européenne, entraînant aussi la perte du verbe. Ce qui restait du logos d’autrefois, c’étaient la pensée abstraite, la logique15. »

Il a donc existé pour l’humanité une sorte de passage tragique au cours duquel le langage, en devenant abstrait sous l’influence de la civilisation romaine, a progressivement perdu son lien au cosmos. L’évolution de la langue a favorisé un mode de réflexion où la vie qui animait nos pensées a été progressivement extirpée pour prendre la forme morte que nous connaissons. Rudolf Steiner précise ainsi dans un autre ouvrage :

« (…) [qu’] en accueillant les perceptions venues du monde environnant, en en faisant des pensées, nous tuons la vie en elles. Parce que nous avons en nous ces cadavres de pensées, nous pensons. C’est pourquoi nos pensées sont abstraites. Elles restent abstraites précisément parce que nous tuons les pensées vivantes16. »

L’abstraction est l’aboutissement d’un processus de mort qui s’est emparé des pensées depuis l’époque romaine. La vie du Verbe cosmique qui résonnait encore dans la parole s’est tarie pour les hommes. Nous pouvons donc dire que l’expérience atroce que les Grecs faisaient autrefois en quittant l’existence est devenu la nôtre lorsque nous ressentons le peu de vie qui anime notre langage. Si nous nous rendions compte à quel point le langage que nous employons est mort, nous serions probablement saisi de la même horreur qu’Ulysse face à la Gorgone. Aujourd’hui, ce processus menace de d’aboutir à un point de non-retour. Force est en effet de reconnaître que la profusion des infrastructures de communication qui se sont développées de façon monumentale au cours du dernier siècle ne nous a pas fait pénétrer dans un monde plus vivant, plus chaleureux et plus humain, mais bien au contraire dans un univers spectral où la multiplicité des rhétoriques (journalistiques, politiques, etc.) fait de nous des êtres non-libres et anonymes semblables aux anciens habitants de l’Hadès. Notre civilisation de la communication est un royaume de « têtes sans force », un monde de spectres, selon l’expression même d’un journaliste contemporain17. C’est pourquoi il s’agit à présent de reconnaître, comme le dit Rudolf Steiner, que :

« Les paroles sont des ombres18. »

La parole humaine coupée de sa source spirituelle n’est pas autre chose qu’une ombre projetée sur le fond d’une caverne où nous serions enfermés, pour reprendre l’image utilisée par Platon au livre VII de la République19. C’est exactement ce qu’exprime la pièce de Shakespeare lorsqu’elle dépeint une nuit de silence et de vacarme qui gagne les cieux tout entiers. C’est l’image prophétique de ce qu’allait devenir la communication entre les hommes. La parole a perdu le pouvoir qui était le sien et pour nous les cieux sont bel et bien tendus de noir. Le ciel des dieux est muet. Notre civilisation a comme jeté un voile de deuil sur le cosmos en perdant le lien entre la parole humaine et la vie des Sphères.

Le combat du Verbe et du Dragon

Dans cette nuit qui s’empare de la parole humaine, Shakespeare discerne la figure du dragon. En effet, une allusion précise, quoique pouvant passer inaperçue, désigne nommément le monstre :

« Ses bras s’ouvraient plus grand que le dragon n’ouvre les ailes20 »

Il faut savoir que chez Shakespeare cette allusion n’est pas fortuite, mais que le dragon est toujours pour lui le messager de la puissance nocturne. Par exemple dans Le Songe d’une Nuit d’Été, où Puck parle des :

« rapides dragons de la nuit21

Ou encore, dans Troïle et Cresside, quand il est dit que :

« La nuit étend sur nous son aile de dragon22. »

Le dragon incarne la nuit de la mort. Il est l’ombre qui hante l’Hadès. Comment expliquer la présence de cette image dans cette pièce de Shakespeare ? Rudolf Steiner nous permet de le comprendre lorsque, dans la Science de l’Occulte, il décrit le royaume des morts des Grecs :

« Plus quelqu’un s’intéressait au monde physique, plus Ahrimane avait la possibilité de s’insinuer dans son âme pendant sa vie terrestre et de conserver son pouvoir sur lui au-delà de la mort. (…) C’est pour cela que le Grec voyait l’au-delà comme peuplé d’ombres23. »

Hadès avait donc un caractère ahrimannien. Le roi des morts était un dragon. Aussi, lorsque Shakespeare nous décrit comment une nuit de silence et de mort s’étend sur le monde, il voulait signifier que la puissance ahrimanienne gagne désormais toute civilisation. Le dragon est la figure que prend Ahrimane lorsqu’il sort de l’Hadès pour s’emparer du monde des hommes. Or c’est exactement ce que décrit Rudolf Steiner lorsqu’il montre que la conscience humaine s’est trouvée, à partir du XVème siècle, dans la situation où Ahrimane était en mesure de s’emparer entièrement de l’intelligence :

« Ainsi l’être humain se trouve à la fin d’un courant d’évolution à l’intérieur duquel son être procède d’une spiritualité divine qui, au stade ultime, vient mourir pour elle-même au sein de l’entité abstraite que forme l’intelligence de l’homme. L’homme n’est pas resté dans les sphères qui constituent la spiritualité divine, en laquelle il a son origine. Ce qui a commencé il y a cinq siècles pour la conscience de l’homme s’était déjà accompli pour une part plus étendue de la totalité de son être à l’époque où le Mystère du Golgotha est entré dans la manifestation terrestre. Ce fut alors que, d’une façon qui n’était pas perceptible à la conscience de la plupart des hommes de cette époque, l’évolution de l’humanité glissa peu à peu d’un monde où Ahrimane avait peu de pouvoir dans un monde où il en avait beaucoup. Ce glissement dans une autre couche de l’univers fut complètement achevé au XVème siècle, précisément24. »

À cette époque, le danger que l’intelligence ne tombe au pouvoir d’Ahrimane se précisait. Shakespeare est peut-être l’une des rares personnes qui en ait eu conscience. Il se savait dans une situation comparable à celle d’une nuit gigantesque assombrissant les consciences pour que le dragon s’en empare. Aujourd’hui, cette nuit a presque tout recouvert. Comment redonner vie à notre parole morte ? Toujours sous le manteau des images, Shakespeare esquisse une solution. Dans une discrète métaphore, le jour est en effet qualifié de bavard (blabbing) :

« Le jour brillant, bavard, et le cœur sur la main25. »

Par cette belle et joyeuse image, Shakespeare décrit ici une alliance entre la lumière et la parole. Face à la nuit de la mort qui envahit le monde, le jour se dresse comme une puissance de parole qui résiste. Effectivement, le cœur sur lequel se pose la main en signe de sincérité peut être source de lumière et de vie pour tout ce que nous avons à dire, nous rendant ainsi bavards au bon sens du terme. Il est alors semblable à un Soleil d’où peuvent s’épancher des flots de paroles éclairantes, pour autant que la volonté de pureté, de véracité et de générosité nous anime. Or cette puissance du jour est personnifiée dans la pièce à travers le personnage d’Henry V. En effet, l’image de la lumière est étroitement associée au roi défunt :

« (…) Son glaive haut levé vous aveuglait de ses rayons ; (…)

Ses yeux étincelants, fulgurant de courroux,

Éblouissaient et repoussaient plus sûrement ses ennemis

Qu’un soleil de midi dévorant leur visage26. »

Regardons de près cette tirade. Est-ce seulement à Henry V qu’elle fait allusion ? Remarquons comment les attributs solaires sont rapportés aux divers membres du roi : ses bras, ses yeux, son glaive, etc. Comme si Henry V était une incarnation humaine du Soleil, un guerrier de la lumière se dressant pour combattre la puissance de la nuit de la mort silencieuse ! Tout porte donc à croire que derrière ce personnage se tient en fait l’image de l’archange solaire. Shakespeare savait que, dans le monde spirituel, l’adversaire du Dragon de la Nuit est Michaël. Entre lui et le dragon se livre un combat dont l’enjeu est la parole humaine. Par l’image d’Henry V ouvrant ses bras plus grands que le dragon n’ouvre ses ailes27, Shakespeare décrit les forces de cœur solaires dont le rayonnement peut être plus large et plus puissant que l’envergure du pouvoir d’Ahrimane. Il évoque ainsi le grand combat de Michaël contre la mort qui s’est introduite dans l’intellect humain et a desséché le langage.

Une parole capable de pénétrer le royaume des morts

Mais que peut faire Michaël contre le fait que notre parole a perdu le pouvoir de nous relier au monde divin ? Il faudrait que la parole soit capable de vaincre la mort qui l’a frappée. Il faudrait à la parole une résurrection. Or c’est précisément cet événement que tente de décrire Shakespeare dans cette pièce. Observons comment, sur le champs de bataille où s’affrontent les armées française et anglaise, on voit Talbot, blessé à mort, tenant dans ses bras son fils mort, et le suppliant de lui parler :

« Parle à ton père avant que tu n’expires.

Brave, en parlant, la mort, qu’elle le veuille ou non28. »

Parler, comme le dit clairement Talbot, c’est braver la mort. À travers ces simples mots d’un père adressé au corps de son fils, c’est l’immense combat dont la pièce a tissé les enjeux qui se cristallise : le combat du jour bavard contre le silence de la nuit des morts. Combat perdu d’avance semble-t-il, puisque le jeune Talbot n’est déjà plus qu’un cadavre dans les bras de son père. Mais ce que montre ensuite cette scène est l’image d’un mort qui parle ou semble parler :

« Pauvre enfant ! Il sourit, me semble-t-il, comme pour dire :

Si la mort eût été française, elle serait aujourd’hui morte29. »

Malgré la mort, il semble à Talbot que son fils lui parle. Un jeune homme mort parle à son père vivant. Il outrepasse ainsi la première des lois de l’Hadès, la négation de toute parole. Autrement dit, sa parole a vaincu la mort de l’intérieur ! De plus, le fils adresse à la mort, dans son propre royaume, un défi : son sourire ! Et ce sourire fait mourir la mort elle-même. Pour comprendre toute la portée de cette scène, il faut s’imaginer ce qu’elle aurait eu d’inconcevable pour les Grecs. En effet, dans la Grèce antique, il n’y avait peut-être pas d’opposition plus radicale, plus absolue, qu’entre la parole et la mort. Aucune parole ne pouvait pénétrer l’Hadès, sauf intrusion momentanée, sauf-conduit temporaire provoqué par un rituel illicite, comme Ulysse offrant du sang aux morts pour qu’ils lui parlent, mais se voyant bientôt submergé par la foule des ombres assoiffées. Dans la nuit des morts, nulle parole ne pouvait se maintenir. Pour les vivants possesseurs du clair langage articulé, l’approche de ces ténèbres était quelque chose d’insupportable : l’inaudible vacarme faisant fuir Ulysse pris de terreur… C’est pourquoi, lorsque Shakespeare évoque l’image d’un fils qui semble parler à son père en défiant la mort d’un sourire, il décrit quelque chose que les Grecs auraient ressenti symboliquement comme l’inconcevable irruption de la lumière du jour au sein même de la nuit des morts. Il existe un passage de l’Odyssée qui évoque cette éventualité. Il s’agit de la terrible menace proférée par Hélios, lorsque celui-ci apprend que les compagnons d’Ulysse ont mangé ses bœufs. Pour obtenir réparation, il menace Zeus de descendre dans l’Hadès et d’y luire pour les morts, ce qui constituerait un bouleversement total de l’ordre du monde :

« (…) Ulysse s’endort profondément au moment où ses compagnons, qui ont épuisé leurs provisions, jettent un regard concupiscent sur les troupeaux d’Hélios. Ils finissent par céder à la tentation et immolent les plus belles vaches, pour s’offrir une plantureuse grillade. C’est à ce moment qu’Ulysse s’éveille, pour constater le désastre. (…) Furieux, Hélios s’adresse à Zeus : « c’était ma joie », lui dit-il, « quand je montais vers les astres du ciel ou quand, mon tour fini, du haut du firmament, je rentrais sur la terre…». En somme, ces troupeaux étaient une image de la perfection du Soleil. En en tuant plusieurs bêtes, les compagnons d’Ulysse ont porté atteinte à cette perfection. Hélios exige une rançon et, dans le cas où il ne l’obtiendrait pas, il menace Zeus « de plonger dans la maison d’Hadès et d’y briller pour les morts ». Si l’on se souvient que « voir la lumière du Soleil » et « vivre » sont quasi synonymes, la menace d’Hélios revient à porter la vie dans le royaume des morts. On ne pourrait imaginer un renversement plus total du monde et de ses valeurs. Zeus n’hésite pas : il promet à Hélios de foudroyer le vaisseau d’Ulysse et de ses compagnons, afin qu’Hélios continue à assurer sa charge30. »

Quand Hélios menace d’aller chez les morts et d’y faire briller la lumière du soleil, il menace tout simplement de détruire l’univers ! Aussi lorsque Shakespeare entrelace l’image de la nuit des morts qui déborde de l’Hadès sous la forme d’un dragon, celle du grand combattant de lumière brandissant son épée aveuglante de rayons, puis enfin celle d’un fils mort parlant à son père, nous comprenons donc qu’il faisait allusion à un profond mystère qui dépasse de loin ce que les Grecs auraient pu concevoir. En effet, il semble que ce à quoi pensait notre auteur lorsqu’il mettait en place ces images n’était autre que la force qui, depuis la Résurrection du Christ, a pénétré le monde. En effet, le Christ est une puissance de lumière qui est allé luire pour les morts. Les évangiles apocryphes racontent comment les morts ont ressenti l’éclat qui a irradié les enfers lorsque le Christ y pénétra :

« Nous y étions [en enfer] avec tous ceux qui se sont endormis depuis l’origine. À minuit, une lumière aussi vive que le soleil perça les ténèbres. Nous fûmes illuminés, et nous pouvions nous voir les uns les autres31. »

Au cours des trois jours qui précédèrent Sa Résurrection, Il pénétra dans le royaume des morts et c’est pour eux, en premier lieu, qu’Il manifesta sa puissance de Ressuscité. Comme l’écrit Rudolf Steiner dans la Science de l’Occulte :

« Après le Mystère du Golgotha, après que le Christ eût souffert la mort sur la Croix, il est apparu dans le monde où les âmes séjournent après leur mort, mettant ainsi des bornes à la puissance d’Ahrimane. À ce moment, un éclair illumina le domaine que les Grecs appelaient le « royaume des ombres », ce qui donna à ceux qui s’y trouvaient la certitude que la lumière allait y revenir32.»

Un éclair illumina le royaume des ombres : Hélios était descendu luire dans l’Hadès ! Le Verbe des vivants pénétrait la Mort elle-même. Il est donc très probable que cette image du jeune Talbot parlant malgré la mort soit une allusion à la Résurrection du Christ. Que voulait exprimer Shakespeare à travers cette image du fils Talbot mort dans les bras de son père et pourtant lui parlant ? Rien de moins que celle du Fils, pénétrant dans le monde des morts après avoir remis son esprit entre les mains du Père, puis y ressuscitant son propre être qui est le Verbe. Au sein même du royaume de la mort, le Christ sourit à son Père : chez cet être, la mort n’est pas parvenu à effacer son origine spirituelle. Au contraire, celle-ci se révèle et resplendit désormais sous la forme d’un sourire, c’est-à-dire d’une reconnaissance, d’une intime et profonde complicité entre le Père et le Fils à laquelle nulle mort ni ombre ne sauraient faire obstacle.

La résurrection de la parole humaine et de la civilisation par Michaël

Nous pouvons donc maintenant relier de manière concluante les images que cette pièce peint par petites touches et allusions discrètes : derrière la figure du roi Henry V se cache le principe du Verbe oeuvrant à travers l’Archange solaire Michaël pour combattre et surmonter le dragon, les forces ahrimaniennes de ténèbres, de silence et de mort qui veulent s’emparer de l’intelligence. Toutes les images d’Henry VI convergent en quelque sorte vers un passage précis de l’Apocalypse de Jean. Car le dragon adversaire d’Henry V est l’image de la Bête s’attaquant à l’enfant solaire :

« Un grand signe apparaît au ciel, une femme enveloppée de soleil. La lune sous ses pieds,et sur sa tête une couronne d’étoiles : douze. Elle l’a dans le ventre, elle crie de douleur en tourment d’enfanter. Apparaît un autre signe au ciel. Et voici, un grand dragon, un rouge. Il a des têtes, sept, et des cornes, dix, et sur ces têtes sept diadèmes. Sa queue traîne le tiers des étoiles du ciel : il les jettes sur la terre. Le dragon se tient en face de la femme, celle qui va enfanter, pour, quand elle aura enfanté, dévorer son enfant33. »

Le jour qui parle, qui a le cœur sur la main, est la lumière de la Vie, le Verbe, ce que l’évangéliste Jean désigne sous le terme de Logos. Le Logos est parole, mais aussi principe de lumière qui peut luire dans les ténèbres et dans la mort. Aujourd’hui, toute notre civilisation européenne est en quelque sorte dans la situation d’Ulysse pris de terreur à l’approche de la Gorgone et l’âme fuit face à la nuit silencieuse de la mort qui a envahi nos intelligences. Mais comme le jeune Talbot souriant à son père malgré la mort qui l’a frappé, quelque chose en nous a le pouvoir de vaincre cette ombre. Un bouleversement comparable à l’entrée d’Hélios dans les Enfers s’est produit qui permet à l’homme de redonner vie à sa parole et à sa civilisation. En se reliant à cette force de Résurrection du Christ, l’homme peut ressusciter le langage frappé de mort.

Une conférence de Rudolf Steiner du 15 octobre 1922 peut nous permettre de mieux comprendre quelle forme et quelle ampleur prend ce combat à l’époque actuelle. Présentant le combat de Michaël contre le dragon, Rudolf Steiner nous rend attentif au fait que la plus grande victoire du dragon est visible à travers nos bibliothèques. En effet, ces lieux – et surtout la relation que nos contemporains entretiennent avec eux – ne sont plus que de la parole entreposée où, comme le dit Steiner, l’Esprit n’est pas vivant. Il s’agit en quelque sorte du dernier stade, commencé avec la romanité, de cette évolution négative du langage humain vers la mort. Dans nos bibliothèques, le langage achève de rendre l’âme et consacre la victoire du dragon :

« Nous devons parvenir à lever les yeux vers Michaël qui, depuis le dernier tiers du XIXème siècle, s’efforce de pénétrer notre vieille culture paralysée par le dragon. (…) Aujourd’hui, la plus grande partie du matériel de bibliothèque est seulement là pour être stockée, pas pour être lue. (…) On a extirpé de l’homme toute participation à ce qui est spirituel. (…) Le stockage du savoir, l’emmagasinement des connaissances, n’ont aucune valeur. Tout cela est bel et bien mort, et c’est seulement le dragon qui lui confère la vie. Si nous voulons vraiment « savoir », nous devons avoir le sentiment que ce savoir n’est pas quelque chose qui peut être stockée ici où là sans s’envoler aussitôt en poussière. Nous devons apprendre que la littérature peut seulement « indiquer » ce qu’est l’Esprit. Où trouvez-vous un livre qui contienne vraiment l’Esprit vivant ? (…) Il faut prendre au sérieux l’arrivée de l’époque michaélique. Il faut parvenir avec les moyens modernes à ce que la lumière éclatante du puissant Michaël éclaire à nouveau les hommes ; Michaël, seul capable de vaincre – grâce à la force des hommes qui développent leur vie intérieure – la bête dévoreuse de l’humanité34. »

Combattre le dragon en se liant à Michaël, c’est donc redonner vie à un langage humain dont les bibliothèques représentent pour l’heure le tombeau. Cela signifie vaincre le pouvoir de l’abstraction qui s’en est emparé et nous fait oublier que dans les cœurs humains seulement les mots sont des êtres vivants. Car la parole cesse d’être morte dès lors qu’on considère qu’elle est la force qui relie les hommes et qu’elle est ainsi le fondement même de toute institution, société, civilisation. Pour approfondir ce point, il peut être utile de faire référence à une oeuvre qui, à première vue, pourrait paraître mineure. Il s’agit d’un roman de science-fiction de David Brin, Le Postier35, ayant fourni la trame du scénario du film Postman 201336 Dans ce roman de David Brin, une civilisation américaine détruite par l’holocauste atomique refait peu à peu surface de la barbarie dans laquelle elle avait sombré après la catastrophe. Sur l’ensemble du continent dévasté, des communautés se constituent, isolées les unes des autres, de nature plus ou moins féodales, mystiques, ou militaires. Entre ces communautés dont les survivants appartenaient une dizaine d’années auparavant à la même nation, pas de communication, si ce n’est par l’entremise des guerres ou des rapines. Survient alors un homme, Gordon Krantz, qui sillonne le pays en échangeant le gîte et le couvert à chacune de ses étapes contre l’interprétation, à lui seul et de manière très artisanale, de quelques pièces de Shakespeare. Cependant, suite à une série de mésaventures au cours desquelles Krantz se voit confisquer son répertoire, le héros est contraint d’endosser l’uniforme réglementaire d’un ancien facteur et d’inventer un mythe, celui d’une renaissance d’un état central, « Les États-Unis Restaurés », dont il se présente comme l’émissaire chargé de rétablir les communications et le service postal. Ce mythe prend et, surmontant les antagonismes et les particularismes, les diverses communautés commencent à échanger du courrier, des membres d’une même famille reprennent contact après des années de silence… Puis, au fur et à mesure que les échanges s’intensifient, celles-ci commencent à établir des règles communes, des lois, etc. La communication rétablit ainsi peu à peu la civilisation, puis sort les survivants de l’apocalypse nucléaire de la barbarie à laquelle ils avaient tous plus ou moins succombé.

Cet ouvrage de David Brin est remarquable en ce qu’il souligne le lien, constitué par la trame de l’histoire, entre le théâtre de Shakespeare et la renaissance d’une civilisation. En effet, au cours de ses pérégrinations d’acteur amateur, Gordon Krantz éprouve et expérimente la nécessité de rétablir la civilisation par un retour de la communication entre les hommes. Au départ, il pense que le théâtre itinérant pourra jouer ce rôle, jusqu’au jour où l’uniforme de facteur et sa supercherie improvisée lui font prendre conscience « qu’il fallait un symbole plus fort ». Symbole que l’uniforme et la fonction de postier vont lui fournir. L’activité de postier ne constitue donc pas une rupture, mais la continuité de ses interprétations itinérantes du théâtre de Shakespeare. Comme s’il existait, pour le dire crûment, un lien entre le théâtre de l’auteur élisabéthain et les fonctions d’une infrastructure étatique telle que la Poste. Ce livre de David Brin veut montrer que, derrière ce que nous nous sommes habitués à considérer comme des abstractions (l’État, la nation ou la civilisation) ou comme des activités purement techniques (la transmission et l’acheminement du courrier), se tient en fait une force, la communication, la parole, qui constitue notre humanité. Ce sont ces forces que Shakespeare met en oeuvre et tente de décrire dans son théâtre. Gordon Krantz va comme intérioriser la force que lui procure le théâtre de Shakespeare et la dissimuler sous son uniforme de postier. Mais c’est elle qui va nourrir son idéal profond de renaissance de la civilisation.

À travers l’histoire qu’il nous conte, David Brin semble avoir ainsi pressenti le lien entre les oeuvres de Shakespeare et ce principe de communication qui fonde toute civilisation. Nous pouvons ressentir à quel point ce que cet auteur a entrevu est juste quand nous remarquons comment Shakespeare établit une identité entre la Parole et la Vie. Shakespeare est politique non pas parce que son oeuvre présenterait des situations historiques contemporaines (ainsi que l’affirme Jan Kott dans son célèbre Shakespeare notre contemporain37), mais parce que son oeuvre touche la racine même de tout acte social, la force de la communication. Le théâtre de Shakespeare irrigue et vivifie sans cesse la communication entre les hommes, source de toute activité sociale ou politique au sens noble du terme. Son œuvre est authentiquement civilisatrice au sens où la civilisation se constitue d’un ensemble de rapports certes, mais surtout du désir du rapport entre les hommes. Que sont les pièces de Shakespeare, sinon des trames dramatiques mettant en scène les forces et les contre-forces de la communication ? Communication humaine dont le modèle cosmique est le Logos, absence de communication dont le symbole est le Silence de la Nuit du Dragon.

* * *

Cette petite oeuvre de David Brin peut être présentée comme une intuition profonde des ce que le théâtre de Shakespeare voulait apporter à notre civilisation. Celle-ci doit pouvoir se relever de la barbarie où l’a fait sombrer insensiblement la parole morte, l’abstraction qui nous fait chaque jour oublier que derrière chaque mot et chaque institution se tient en réalité le fondement de toute humanité : la force de la communication. Michaël est celui qui combat cette nuit de l’abstraction qui s’est répandue sur le monde en semant la mort. En se liant aux forces du Christ se relevant d’entre les morts, l’archange solaire permet de ressusciter la parole humaine. Car le langage peut reprendre vie de l’intérieur lorsque nous saisissons dans les mots non pas l’ombre, le signe, mais la lumière qui est à la source du sens. Telle est selon Rudolf Steiner l’idéal de la recherche spirituelle :

« Nous devons réveiller en nous, dans tous les domaines, l’artiste de la parole. (…) Tant que l’on a pas conscience de cela, on ne détiendra toujours que des abstractions et une restitution sclérosée de ce que l’on sait déjà. Voilà pourquoi toute évolution en science spirituelle sera toujours liée à ce que nous appelons le développement de la sensibilité intérieure et de la force créatrice intime de notre langage38. »

Faire surgir à travers chaque mot que nous prononçons la vie créatrice du langage, c’est devenir artiste de la lumière du Logos chassant la nuit du dragon de tout ce que nous disons. Redonner vie aux mots de l’intérieur, c’est d’une part retrouver le chemin du monde spirituel et de l’autre reconstituer les liens concrets des hommes entre eux.

1) Shakespeare, Henry VI, première partie, acte I scène 1, traduction de Georges Garampon, Le Club Français du Livre, Paris, 1967, pages 44 et 45

2) Rudolf Steiner, Expériences de la vie de l’âme, traduction de Georges Ducommun, Éditions Anthroposophiques Romandes, Genève, 1987, page 153

3) Victor Hugo, Les Contemplations, Suite, Le livre de Poche, ISBN : 2-253-01499-0, Paris, 1991, pages 39 à 42

4) La cinquième époque post-atlantéenne est la cinquième époque de civilisation après l’effondrement du continent atlantéen. Sa durée est estimée à 2160 années. Elle commence en 1413 près J-C et s’achèvera en 3573 après J-C. Pour la datation précise, voir Christian Lazaridès, Vivons-nous les commencements de l’ère des Poissons, Éditions Anthroposophiques Romandes, Genève, ISBN : 2-88189-038-5, 1989, page 47. Pour la mission de la cinquième époque de civilisation, voir notamment Rudolf Steiner, Les arrières-plans spirituels de l’histoire contemporaine, traduction de Christine Sutter et Georges Ducommun, Éditions Anthroposophiques Romandes, Genève, ISBN : 2-881198-109-8, 1994, pages 125 et 126.

5) Shakespeare, Henry VI, deuxième partie, acte I scène 4, traduction de Henri Thomas, Le Club Français du Livre, Paris, 1967, pages 298 et 299

6) Shakespeare, Henry VI, deuxième partie, acte I scène 4, traduction de Henri Thomas, Le Club Français du Livre, Paris, 1967, pages 298 et 299

7)Shakespeare, Henry VI, deuxième partie, acte I scène 4, traduction de Henri Thomas, Le Club Français du Livre, Paris, 1967, pages 298 et 299

8) Shakespeare, Henry VI, première partie, acte V scène 2, traduction de Georges Garampon, Le Club Français du Livre, Paris, 1967, pages 208 et 2097

9) Shakespeare, Henry VI, deuxième partie, acte I scène 4 , traduction de Henri Thomas, Le Club Français du Livre, Paris, 1967, pages 298 et 299

10) Shakespeare, Henry VI, deuxième partie, acte I scène 2, traduction de Henri Thomas, Le Club Français du Livre, Paris, 1967, pages 278 et 279

11) Jean-Pierre Vernant, L’individu, la mort, l’amour, Éditions Gallimard, collection Folio Histoire, imprimé à Saint-Amand (Cher), 1996, pages 86 et 88

12) « (…) moi, j’interdis à tous les morts, têtes sans force, les approches du sang (…). » Homère, Odyssée, chant XI, traduction de Victor Bérard, Édition Le Livre de Poche, Paris, imprimé à Montrouge, ISBN : 2-253-00564-9, 1983, page 198

13) Shakespeare, Henry VI, première partie, acte V scène 4, traduction de Georges Garampon, Le Club Français du Livre, Paris, 1967, pages 230 et 231

14) Shakespeare, Henry VI, première partie, acte I scène 1, traduction de Georges Garampon, Le Club Français du Livre, Paris, 1967, pages 44 et 45

15) Rudolf Steiner, Les forces cosmiques et la constitution de l’homme, Le mystère de Noël, traduction de Béatrice et Anselm Steiner, Éditions Anthroposophiques Romandes, Suisse, 1985, pages 133, 135 et 141

16) Rudolf Steiner, La chute des esprits de ténèbres, traduction de Henriette Bideau, Éditions Triades, Paris, 1978, ISBN : 2-852-48-012-3, page 82

17) Dans le journal Libération du 28 mars 1985, Marc Guillaume écrit ainsi dans un article intitulé La mondialisation des échanges : « L’homme du XXIème siècle n’habitera plus une communauté, tout au plus il cohabitera, anonyme et anomique, dans ce labyrinthe de réseaux, contraint d’être à la fois marginal et banal. (…) Et enfin l’homme du XXIème siècle devra être spectral pour cohabiter avec ses semblables. Spectral dans les deux sens du terme : il devra être présent, plus ou moins virtuellement, dans les réseaux professionnels ou autres qui seront vitaux pour lui. Il devra aussi se décomposer, comme le spectre d’une lumière blanche, pour s’adapter sans cesse aux contextes diversifiés de systèmes complexes. »

18) Rudolf Steiner, Les lignes directrices de l’anthroposophie, Le Mystère de Michaël, Éditions Novalis, imprimé à Joué-lès-Tours, 1998, ISBN : 2-910112-21-7, page 61

19) Platon, La République, livre VII, traduction de Robert Baccou, Éditions G-F Flammarion, imprimé à Tours, n° d’édition : 11420, 1966, page 273 et suivantes.

20) Shakespeare, Henry VI, première partie, acte I scène 1, traduction de Georges Garampon, Le Club Français du Livre, Paris, 1967, pages 44 et 45

21) Shakespeare, Le songe d’une nuit d’une nuit d’été, traduction de Jules Supervielle et de Jean-Louis Supervielle, Le Club Français du Livre, Paris, 1967, pages 320 et 321

22) Shakespeare, Troïle et Cresside, acte V scène 8, traduction de Pierre Leyris, Le Club Français du Livre, Paris, 1967, pages 280 et 281

23) Rudolf Steiner, La science de l’occulte, traduction de H. et R. Waddington, Éditions Triades, Paris, ISBN : 2-85248-083-2, imprimé à Condé-sur-Noireau, 1976, pages 301 et 303

24) Rudolf Steiner, Les lignes directrices de l’anthroposophie, Le Mystère de Michaël, Éditions Novalis, imprimé à Joué-lès-Tours, 1998, ISBN : 2-910112-21-7, page 97

25) Shakespeare, Henry VI, deuxième partie, scène 3 acte III, traduction de Henri Thomas, Le Club Français du Livre, Paris, 1967, pages 402 et 403

26) Shakespeare, Henry VI, première partie, acte I scène 1, traduction de Georges Garampon, Le Club Français du Livre, Paris, 1967, pages 44 et 45

27) Shakespeare, Henry VI, première partie, acte I scène 1, traduction de Georges Garampon, Le Club Français du Livre, Paris, 1967, pages 44 et 45

28) Shakespeare, Henry VI, première partie, acte IV scène 7, traduction de Georges Garampon, Le Club Français du Livre, Paris, 1967, pages 196 et 197

29) Shakespeare, Henry VI, première partie, acte IV scène 7, traduction de Georges Garampon, Le Club Français du Livre, Paris, 1967, pages 196 et 197

30) Paul Wathelet, Le soleil et les héros solaires dans l’épopée homérique, in Les Astres, Actes du colloque international de Montpellier du 23 au 25 mars 1995, Études rassemblées par Béatrice Bakkhouche, Alain Moreau et Jean-Claude Turpin, Publications de la recherche, Université Paul Valéry, Montpellier III, 1996, tome I, pages 43 et 44

31) Actes de Pilate, Évangiles apocryphes, textes réunis et présentés par Quéré, Collection Points Sagesses, numéro 34, Éditions du Seuil, imprimé en France, ISBN : 202006622X, 1983, page 153.

32) Rudolf Steiner, La science de l’occulte, traduction de H. et R. Waddington, Éditions Triades, Paris, ISBN : 2-85248-083-2, imprimé à Condé-sur-Noireau, 1976, pages 307 et 308

33) Jean, Apocalypse, (12/1, 2, 3 et 4), traduction de André Chouraqui, Éd. Desclée de Brouwer, Brodard et Taupin, mai 1990, page 2397

34) Rudolf Steiner, Rapports entre générations et les forces spirituelles qui les régissent, traduction de Raymond Burlotte, Éditions Anthroposophiques Romandes, Suisse, 1975, pages 227 à 230

35) David Brin, Le Postier, traduction de Gérard Lebec, Éditions J’ai lu, Brodard et Taupin (Sarthe), 1987

36) The Postman, un film de Kevin Costner, production Tig Kevin Costner « Postman », avec Will Patton, Larenz Tate, Olivia Williams, James Russo, Tom Petty, sortie 1997.

37) Jan Kott, Shakespeare notre contemporain, collection Essais, Éditions Payot, ISBN : 222888622X, 1993

38) Rudolf Steiner, Expériences de la vie de l’âme, traduction de Georges Ducommun, Éditions Anthroposophiques Romandes, Genève, 1987, pages 179 et 181

Contrat Creative Commons
Shakespeare et le mystère de la parole by Grégoire Perra est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France.

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