Publié par : gperra | 27 décembre 2010

Le Bouddha de pierre du Temple du dragon céleste

Le temple du Dragon céleste, dans la banlieue d’Arashiyama, est l’un des endroits de Kyoto où, lors de mon séjour au Japon en 2010, j’ai vécu un des moments les plus fort de mon voyage. Pendant plusieurs heures, j’y contemplais les jeux de lumières de l’après-midi et du soir, tombant sur la surface du lac entouré d’un magnifique jardin zen. Un sentiment plus profond que l’effet sur mes sens d’un simple agencement esthétique me retenait, renouvelait mon émerveillement, me donnait l’envie sereine de demeurer, de m’imprégner de chaque instant passé en ce lieu. Car dans cette quiétude, le va-et-vient de mes pensées n’était pas à proprement parler interrompu, mais semblait désormais suivre une apaisante régularité.

En effet, la pensée n’est pas seulement une activité de l’esprit consistant à produire des idées. Elle est aussi une rythmique. Peut-être avons nous encore le souvenir de ces vieilles horloges à balancier qui emplissaient de leurs bruits réguliers les anciennes demeures, répercutant leurs vibrations par-delà leurs coffrages de bois jusque dans les poutres, le parquet et les pierres de la bâtisse ? Dans ce jardin zen de la banlieue d’Arashiyama, ma pensée se mettait d’elle-même au diapason d’un rythme imperceptible qui emplissait les alentours. Parfois, dans notre esprit, quand nous nous formulons une idée, n’avons-nous pas cette fugace impression qu’une aiguille s’est déplacée d’un cran avec un bruit sourd et bref, comme si un jugement venait d’être prononcé ? Mais il est rare que nous trouvions le rythme juste et que nos jugements se fassent sans précipitation, ni retard. Plus rare encore sont ces moments où il nous semble que nos pensées sont au diapason de ce qui nous entoure.

Où était donc cette horloge qui emplissait de son invisible vibration le jardin d’Arashiyama et ma pensée ? Sur la petit butte surplombant le lac, au pied d’un arbre, se tenait une statue de Bouddha, dont la pierre était délavée et usée par le ruissellement de la pluie. Bien qu’elle fut lointaine et discrète dans le paysage, elle semblait pourtant plus qu’une simple représentation. Elle procurait une forte impression de présence, comme si, de l’autre côté du lac, au sommet de cette verte colline, avait lieu une sorte de conversation silencieuse entre Bouddha, les arbres et les pierres toute proches. J’assistais là à un conseil réunissant l’homme, les éléments et le divin. Dans ce petit cercle intime, la nature devenue plus paisible, comme à l’écoute, paraissait se hisser jusqu’à la dimension d’une existence imprégnée d’éternité. Cet espace restreint devenait le spectacle d’une étonnante transfiguration, d’un arrachement du cours éphémère des événements. Là était la source de cette profonde sérénité qui m’imprégnait à mesure que je laissais agir sur moi ce lieu magique.

Pouvoir extraire quelques fragments du monde au règne précipité et inadéquate de l’existence pour les faire entrer dans une intime conversation où chaque élément se remémore son origine véritable au contact du Bouddha, est-ce là le surprenant secret de l’Asie ?

Contrat Creative Commons
Le Bouddha de pierre du Temple du dragon céleste by Grégoire Perra est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France.

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