Publié par : gperra | 27 décembre 2010

L’automatisme don, au Japon et ailleurs

Devant chaque petit autel japonais, un tronc où jeter quelques pièces avant les rituels, la prière ou la simple visite. Les Japonais le font sans réfléchir, parce que ça se fait, parce que ça fait parti du rite. Ils achètent pour 300 ¥ une petite prière de chance, ou de fertilité, de force. Ils jettent également facilement quelques centaines de yens sur la pierre d’une source, ou à n’importe quel endroit qu’on leur indique comme sacré. Selon moi, c’est un peu la même chose dans le rituel catholique au moment où la corbeille passe pendant la messe : il serait impensable de ne rien donner. La même chose se produit à mon sens à la Communauté des Chrétiens lorsque, à la fin de l’office, quelqu’un se tient à la porte avec la corbeille, à la manière d’un cerbère silencieux invitant à mettre la main à la poche. C’est aussi la même chose, je crois, qui s’est installé dans la Société Anthroposophique pour chaque réunion, chaque entrevue : on nous disait qu’il fallait donner quelque chose « pour le chauffage », même en plein été, ou « pour la location des locaux », même quand ceux-ci étaient achetés de longue date ou que l’on payait déjà une cotisation de membre, laquelle inclut nécessairement la participation financière au locaux. En fait, on nous disait de donner parce qu’il fallait donner, parce qu’on voulait créer un comportement social automatique de don.

Une telle démarche ne se comprend vraiment que lorsqu’on y voie la volonté de créer un automatisme du don face au spirituel. Car le spirituel est une chose dont la plupart des gens ont besoin intérieurement. Pour un tas de raisons attenantes à chacun, ils sont prêt à payer sa simple présence de cinq minutes dans un lieu dit sacré. Mais créer cet automatisme, c’est assujettir les comportements, créer une relation sectaire au spirituel. Combien plus intéressant serait le bon vraiment libre, sereinement réfléchi !

Ce qui est intéressant à remarquer, c’est qu’il existe en Occident comme une réticence à cet automatisme du don. On ne donne pas aussi systématiquement quand cela est proposé. Il faudrait simplement que cette réticence parvienne à découvrir le concept qui la porte, à savoir qu’associer l’automatisme du don au culte fait directement entrer l’argent, son être, son pouvoir et sa logique, dans le spirituel partagé par les hommes.

Découvrir l’Orient permet de découvrir, selon moi, les formes figées qu’on pris les rapports des hommes au spirituel à travers les millénaires. Jusqu’à présent, l’Occident n’a pas pu s’empêcher de les reproduire, mais de manière atténuée ou affaiblie. Si nous voulons découvrir et inventer une vraie spiritualité propre à l’homme libre, il nous faudra nous distancier de ces formes comportementales puissantes et savoir les remettre en question.

Contrat Creative Commons
L’automatisme don, au Japon et ailleurs by Grégoire Perra est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France.

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