Publié par : gperra | 27 décembre 2010

La « Mémoire de l’Etre » dans la Philosophie et le Théâtre de Vaclav Havel

La « Mémoire de l’Etre »
dans la Philosophie et le Théâtre de Vaclav Havel

a) La Culture et la « Mémoire de l’Etre »
On peut parfois être étonné de l’importance qu’avait, pour l’ensemble de la Dissidence tchécoslovaque, la création artistique. Mais ce qui est bien plus étonnant encore, c’est la confiance de ces dissidents en l’efficacité de celle-ci dans la lutte contre le Totalitarisme. On pourrait, en effet, aisément comprendre que laCulture ait un effet déstabilisateur sur le pouvoir en place dans la mesure où son contenu subversif pourrait être apprécié par l’ensemble de la population. Mais, dans le cas qui nous intéresse, rien de semblable puisque, en dehors d’un cercle très étroit de dissidents, personne ne lisait les samizdats ni n’avait
l’occasion d’assister à la représentation d’une pièce de Havel. Or, Havel attachait énormément d’importance à la représentation de ses pièces à l’étranger. Eda Kriseova affirme même que c’est leurs petites représentations privées qui donnaient la force aux dissidents de continuer leur lutte. Pourtant, l’impact objectif de ces représentations était quasiment nul. Si l’on refuse de voir dans cette attitude une foi irraisonnée dans l’art, force est de conclure que, si l’art a bien un impact malgré son inefficacité apparente,
son champ d’action est ailleurs que dans les faits tangibles. Havel est, à ma connaissance, le seul penseur qui ait théorisé ce problème :
« Il y a un certain temps que j’ai l’impression indéracinable que l’ordre de l’esprit – comme l’ordre de l’Etre – possède une mémoire spécifique. Chaque acte intellectuel, dès qu’il a eu lieu, est d’abord « enregistré » dans la mémoire de l’Etre, comme tout ce qui a eu lieu, et dans un second temps, dans la mémoire de l’esprit (ce qui fait bien sûr partie aussi de l’histoire de l’Etre, nous pouvons donc dire que l’acte intellectuel est enregistré deux fois dans la mémoire de l’Etre également : une fois « directement » et une fois en tant que partie de l’histoire de l’esprit. (…) Je crois fermement que ce que j’appelle l’ordre de l’esprit possède un « esprit » en propre (ou un « méta-esprit » ?), une « suridentité », un horizon – bref, quelque chose qui maintient la continuité à travers les époques, les cultures, les civilisations et toute l’histoire de l’humanité (ou des humanités ?), quelque chose de solide, ayant un axe, un
centre de gravité, une direction, une mystérieuse « mission » au sein de l’ordre de l’Etre. (…) comme je suis convaincu que tout est secrètement noté, engrangé et évalué (…) » Lettres à Olga p. 306.
Pour Havel, un acte artistique ou culturel a donc en premier lieu une importance par rapport à l’Etre. Il commence par entrer dans sa Mémoire. Une oeuvre intellectuelle a donc une valeur existentielle en-soi. Ensuite, et cela est presque secondaire, l’oeuvre s’inscrit dans la Mémoire de l’Esprit, c’est-à-dire dans le patrimoine commun de la Culture, dans un musée ou ailleurs. On peut donc, en suivant la logique de cette pensée, dire qu’une oeuvre dont on aurait perdu toute trace est néanmoins encore agissante dans la civilisation parce qu’elle a été « enregistrée » dans la Mémoire de l’Etre et que, de fait, son action au sein de l’Etre est, quant à elle, ineffaçable. Cette réflexion de Havel, d’une interrogation sur le théâtre (dont les représentations sont par excellence du domaine de l’éphémère) explique (et justifie ?) la confiance des dissidents dans leur mission culturelle.
b) L’Individu et la « Mémoire de l’Etre »
Comme Havel l’indique brièvement dans sa toute dernière lettre, lorsque l’individu s’édifie et parvient à renouer un contact avec l’Etre, il « referme sa silhouette dans la Mémoire de l’Etre ». C’est donc dans la « Mémoire de l’Etre » que réside l’individualité humaine dans son intégrité. Chaque acte qu’un homme accomplit, selon Havel, s’inscrit en effet dans une sorte de mémoire de l’Univers. Même si l’acte semble oublié de tous, son
écho se prolonge jusque dans les événements présents et il est faux de croire que
le passé a cessé d’être. La conscience de sa responsabilité (politique) s’en trouve
élargie et aussi accentuée puisqu’il n’est plus possible de faire appel à l’oubli pour
« éponger » ses fautes passées.
Milan Kundera caractérisait ainsi le régime communiste comme le
« Gouvernement de l’Oubli » (Le livre du rire et de l’oubli). De même il serait
possible de caractériser le gouvernement Havel comme celui de la conscience de
sa responsabilité vis-à-vis de la « Mémoire de l’Etre ».
« Les questions d’Ivan, si j’ai bien compris, concernent le mode de notre »
immortalité » dans la « mémoire de l’Etre », autrement dit, quelle « version » de
l’homme s’y trouve. Je crois que (cela fait partie de l’absolu de l’existence) nous
y sommes présents totalement et complètement en tant que nous sommes et
avons été pour nous-mêmes et les autres (y compris les plus éloignés, ceux qui
ont entendu parler de nous et l’ont aussitôt oublié). Nous nous y trouvons enfin
comme tout ce que nous sommes et avons « vraiment » été. (Mais qu’est-ce que
ce « vraiment » ? Probablement tout ce que je viens d’énumérer et en plus : le
sens de tout cela, c’est-à-dire notre silhouette sur le fond de l’ « horizon
absolu ».) Dans la « mémoire de l’Etre », tout se trouve dans sa forme réelle,
dans sa vraie signification, ce qui fait que l’homme y est en tant qu’homme et le
protagoniste romanesque en tant que protagoniste romanesque (avec tout ce
que cela comporte, c’est-à-dire tout ce que les autres ressentent à son sujet).
Pour généraliser, je dirais que je suis dans la « Mémoire de l’Etre », tel
que je suis aujourd’hui pour moi et pour les autres. Aussi bien pour ceux avec
lesquels je me trouve ici que pour ceux dont je suis coupé (il est difficile de dire
lesquels me connaissent le mieux). Mais de plus, j’éprouve la tension entre
toutes ces « versions », car cette tension (notamment), c’est moi. Mais même
ainsi ce n’est pas tout : dans la « Mémoire de l’Etre » je suis la synthèse de ces
versions et quelque chose qui les dépasse infiniment, à savoir ce que je suis
« vraiment » (mais cela, je ne peux pas le connaître car je ne suis pas Dieu).
Évidemment tout cela ne se trouve que « là-bas » ! » Lettres à Olga p. 180.
La Mémoire de l’Etre contient donc l’individu et chacun de ses actes. Mais
cette Mémoire n’assume pas seulement les actes du point de vue de l’intériorité
de celui qui les commet, elle est aussi la mémoire de l’objectivité des actes, c’est-
à-dire de la façon dont ils ont été perçus par les autres. Or, en tant que ce sont
ces actes qui constituent l’individu dans la Mémoire de l’Etre, ont peut dire que
la Mémoire de l’Etre contient une forme « élargie » de notre individualité.
Dans la « Mémoire de l’Etre », l’individu se compose à la fois de sa
psychologie subjective et des répercussions extérieures de ses actes.
Le Moi est responsable de ses actes parce qu’il est le moindre des actes
qu’il a commis et il est aussi la moindre des répercussions qui découlent de ses
actes.
c) L’action du Théâtre dans la Mémoire de l’Etre
Le Théâtre est, pour Havel, un phénomène social existentiel. C’est
pourquoi, lorsqu’il disparaît de la société et de la mémoire des hommes, une
représentation théâtrale vit encore dans l’Etre et influence l’Esprit collectif.
Tôt ou tard, la marque laissée par un théâtre sur l’ « esprit collectif »
disparaît : ceux qui s’en souviennent meurent, leurs souvenirs s’estompent, tous
les documents (y compris les pièces) s’évanouissent, et dans l’ « esprit collectif »
d’autres temps et d’autres cultures rien ne subsiste, si ce n’est, peut-être, un
« reflet » presque théorique, enfoncé dans des couches inconscientes. Et c’est là,
clairement, que le théâtre quitte l’ « esprit collectif » pour pénétrer dans les
chambres mystérieuses de la « simple » mémoire de l’esprit. » Lettres à Olga p.
309.
En tant que phénomène existentiel proprement dit, le Théâtre fait entrer
ses manifestations éphémères dans la « Mémoire de l’Etre » et, de là, elles
continuent à influencer la société par l’entremise de son Esprit collectif. Le plus
éphémère des arts devient ainsi le plus éternel.
d) L’impact d’une pièce de Théâtre sur les événements
Un autre élément important de l’analyse du phénomène théâtral que l’on
trouve dans les Lettres à Olga consiste en la réflexion de Havel tournant autour
de la question de l’impact social d’une représentation théâtrale. Cette question
vise à déterminer la force de la Dissidence culturelle et son efficacité.
Bien qu’apparemment insignifiante, Havel cherche à démontrer que
l’influence qu’elles ont, quoique se déployant dans la structure invisible de l’Etre,
n’en est pas moins réelle et beaucoup plus opérante sur les événements que si elle
agissait directement dans l’ « Ordre des choses » (le domaine de la vie de tous les
jours) de manière superficielle.
(…)Le théâtre est un remous sur le fleuve ; bien sûr, c’est nous qui le
provoquons mais, à travers lui, nous testons la nature du fleuve ; nous le créons
et observons ensuite l’eau tourbillonnante qui est évidemment irrévocablement
différente de ce qu’elle était avant notre intervention. Après Samuel Beckett, le
monde dans lequel nous vivons est différent de ce qu’il était avant lui. Le
remous qu’il a mis en mouvement va finir par retomber pour ensuite disparaître
à jamais, ou bien des remous entièrement différents vont bouleverser les eaux.
Mais, même si tout semble exactement pareil à ce qui a précédé et si rien ne
semble s’être produit, ce n’est pas le cas : le remous va continuer à
tourbillonner à l’infini dans la mémoire de l’esprit et prendre sa place
minuscule dans l’extraordinaire activité de l’ordre de l’esprit au coeur de l’ordre
de l’Etre. Et, tout comme le fleuve n’est ce qu’il est que parce que le remous y
est apparu, l’ordre de l’esprit lutte pour arriver à sa propre suridentité secrète
dans ce travail également. » Lettres à Olga p. 310.
La Dissidence doit donc apprendre à avoir confiance dans la portée
existentiel d’un acte.
Le Théâtre lui apprend que la chose est possible parce qu’il ne fonctionne
que sur ce principe et, au fond, n’a pour unique ambition que de s’inscrire dans la
Mémoire de l’Etre en devenir, c’est à dire dans le fleuve du Temps.
« En résumé : je suis convaincu que tout acte spirituel fait partie
intégrante de l’ordre de l’esprit, que l’ordre de l’esprit est présent dans chaque
acte comme un fleuve est tout entier présent dans chaque remous, et que les
actes modifient irrévocablement l’ordre de l’esprit, tout comme les remous, ne
durant parfois pas plus d’une minute, ont irrévocablement modifié le fleuve. Et
rien de tout cela n’est modifié par le fait que nous ne saurons jamais quel effet
ils ont réellement eu sur le fleuve. Nous savons seulement que cela a eu lieu, et
qu’il fallait donc que cela ait lieu pour une raison ou une autre, et que le fleuve
ne serait pas le même si cela n’avait pas eu lieu. » Lettres à Olga p. 307.
e) La politique et le Temps : la responsabilité devant le « flux » du Temps
Pour Havel, la Politique doit aussi inaugurer un rapport particulier au
cours du temps, le temps étant compris comme des flux parallèles de succession
d’événements ayants leur logique temporelle propre.
Cette « logique » découle de la position existentielle de l’homme par rapport
au temps : si le temps culturel est toujours « en avance », le temps de la politique
court toujours après les événements.
Là encore, cette attitude politique préconisée par Havel est une invitation à
tenir compte de l’élément du moi au sein du temps, sachant que, comme nous
l’avons vu dans la partie précédente, l’intégrité du moi ne se préserve dans le
temps que par la responsabilité vis à vis de tout ce qu’on a été.
Avant d’envisager les conséquences concrètes de cette attitude politique,
nous pouvons donc brièvement rappeler ce point de la pensée théorique de
Havel :
« Ce n’est qu’en étant garant de soi-même ici pour ce qu’on est ailleurs,
en étant aujourd’hui garant sans réserve de son propre hier, ce n’est qu’en
garantissant inconditionnellement par son « moi » tout ce qu’on a fait, partout
où on l’a fait et tout ce qu’on a été, que le « moi » acquiert sa continuité et donc
son intégrité, ce n’est qu’ainsi qu’il devient concret, délimité et définissable par
rapport à son environnement, solide et résistant aux coups du sort. Renoncer à
cette responsabilité pour soi-même, céder quelque chose de son intégrité et de
sa souveraineté, ne pas affermir, renforcer mais au contraire réduire et affaiblir
la domination de son « moi » sur l’ensemble de ses actes (y compris ceux qui
relèvent des instincts – une autre localisation du « moi » dans le « non-moi ») ne
signifie qu’une chose : on se détourne de l’Etre, on renonce aux mystérieux
liens avec sa plénitude et son intégrité, on annule son attachement complexe à
l’Etre pour se décomposer en une multitude d’événements, d’intérêts et
d’objectifs « existentiels » isolés, refermés et incapables de transcendance, pour
se diluer dans son existence et ainsi dans son « non-moi » et se défaire de la
vraie vie humaine, de la vie ancrée dans la plénitude de l’Etre avec son
contexte inhérent, son orientation, sa transcendance, son sens et sa mission. »
Lettres à Olga p. 386.
Le reniement de sa responsabilité politique passée est une perte du moi.
Etre conscient de la position du moi dans cette logique temporelle
particulière est donc un concept dont la politique doit se munir.
f) L’oubli du passé
L’exemple le plus marquant des conséquences de cette prise de position
philosophique en politique est celui de la visite que Havel fit en Autriche peu de
temps après la Révolution de Velours.
Lors de sa visite au Président autrichien Kurt Waldheim, Havel eut
l’occasion d’affirmer, face à son homologue au passé trouble, une des règles de
conduite de sa politique : respecter la « Mémoire de l’Etre » où tout acte moral est
inscrit pour l’éternité. Dénonçant cette erreur particulièrement répandue en
Occident selon laquelle le passé peut être modifié à souhait, Havel invitait
l’ensemble des représentants de la politique occidentale à un nouveau
comportement politique conscient de ses responsabilités face au passé :
« L’illusion de pouvoir manoeuvrer à travers l’histoire sans devoir rendre
compte un jour de ses actes, de pouvoir modifier sa propre biographie, est une
de ces idées folles mais traditionnellement bien enracinées en Europe centrale. »
Discours d’allocution de Vaclav Havel à l’occasion de sa visite en Autriche Le
Monde du 8 Juillet 1990.
Le passé vit encore, caché quelque part, sous l’océan du néant. C’est
seulement en ayant en arrière fond une telle conception que la politique
occidentale se libérera des tentations révisionnistes de tout genre et accédera, par
la conscience de sa responsabilité face à l’Histoire, à sa dimension la plus
profonde.
La politique de Havel, comme nous pouvons le constater, est donc
intimement liée à sa vision philosophique du monde.
g) La Patience : Godot ne viendra pas
Dans notre problématique du rapport au temps, il est un concept
fondamental que la culture théâtrale enseigne à la politique : celui de la patience.
Cet enseignement fut donné par Samuel Beckett dont la pièce En attendant
Godot incarne le concept. Havel déclare ainsi, dans son discours de réception à
l’Académie des sciences morales et politiques :
« L’homme politique post-moderne doit apprendre à attendre, dans le
meilleur et le plus profond sens du mot. Il ne s’agit plus d’attendre Godot. Cette
attente doit traduire un certain respect pour le mouvement intrinsèque et le
déroulement de l’Etre, pour la nature des choses, leur existence et leur
dynamique autonome qui résiste à toute manipulation violente. (…) Godot ne
viendra pas car il n’existe pas. (…) Nous n’avons qu’une tâche : transformer les
fruits de cette récolte en de nouvelles graines et les arroser patiemment. Il n’y a
aucune raison d’être impatient si le semis et l’arrosage sont bien faits. Il suffit
de comprendre que notre attente n’est pas dénuée de sens. (…) Une telle attente
est plus qu’une simple attente. C’est la vie, la vie en tant que participation
joyeuse au miracle de l’Etre. » Discours de réception de Vaclav Havel à
l’Académie des Sciences morales et politiques, le 27 octobre 1992, Le Monde.
C’est bien la Culture, et ici plus particulièrement le Théâtre, qui enseigne à
la politique quelle doit être son attitude juste.
Cette attitude politique se caractérise donc par une confiance dans le
pouvoir des actes justes que l’on a fait.
En effet, la tentation est toujours grande, en politique, lorsque l’on veut
obtenir des résultats, de forcer le cours des événements pour redresser une
situation. Cette vision à court terme incite par exemple à employer divers
mensonges en vue de manipuler les consciences pour les faire aller plus ou moins
malgré eux dans la direction voulue.
Par contre, un politique qui a confiance en l’effet que tôt ou tard finit par
produire une action juste, et qui sait que tout mensonge, même s’il paraît d’abord
porter ses fruits, engendre des situations catastrophiques, aura le courage
d’accomplir son acte et d’attendre sans brusquer le cours des choses.
Tout ce passe comme si, avec le Temps, l’Etre avait un effet
dévoilant sur les actions humaines. Un acte entre dans l’Etre, tombe dans
l’oubli, et finit par ressortir au sein de la Société dans sa vraie nature sous
la forme des conséquences de cet acte.
Havel cherche donc à ce que la Politique, tout comme la Culture et le
Théâtre, fonde son action en fonction de l’Etre et de sa Mémoire. Cela seul la
libérera de la tentation du mensonge, de la manipulation des hommes et de la falsification de l’Histoire.

Contrat Creative Commons
La « Mémoire de l’Etre » dans la Philosophie et le Théâtre de Vaclav Havel by Grégoire Perra est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :