Publié par : gperra | 27 décembre 2010

La fureur élémentaire. Visite des statues du temple Sanjusangendo, à Kyoto

Ce vaste temple contient un ensemble de statues de bouddhas, recouvertes d’or, en position de méditation. À première vue, les cents statues sont toutes identiques. Elles sont d’ailleurs alignées les unes derrière les autres, si bien que seules les deux premiers rangs sont véritablement observables. Cependant, chacune d’elle comporte des nuances qui signifient les diverses subtilités de l’état méditatif : plus ou moins centré, pensif, joyeux, ailleurs, serein, etc. Le fait que les Bouddhas soient ainsi alignés les uns derrière les autres montre que, pour les Japonais, la présence des statues prime sur leurs significations. Ainsi rassemblés, alignés, ils font nombre ! Ils imposent leurs forces spirituelles rassemblées.

Devant ces statues au plus pure style bouddhiste se trouvent des statues de bronze de différentes divinités dont on nous explique qu’elles sont empruntés à l’hindouisme et ont été intégrés au bouddhisme. Ce qui frappant, c’est l’impression de force élémentaire qui se dégage de ces corps musculeux, déhanchées, de ces bras levés adoptant des pauses complexes, de ces veines saillantes, de ces visages qui semblent gonflés d’énergie et d’émotion. Autour de leurs têtes est souvent figurée une petite aura sertie de flammes. Une autre est présente au niveau de leurs poitrines et de leurs ventres. Comme pour signifier les trois centres d’énergie spirituelle du corps humain. On a ainsi une impression de fureur élémentaire, aérienne et ignée, comme s’il s’agissait de créatures mystiques des espaces surnaturels. Leur caractère effrayant, l’éclat vif de leurs regards créés par l’insertion de cristals, donne l’impression d’apparitions astrales surgissant dans les états de transe et pétrifiant le simple mortel qui les contemple. Ces divinités semblent vouloir s’imposer, bluffer, foudroyer de leurs imposantes présences, de cette force surhumaine qui les habitent et les enivre.

Quel contraste avec l’impressionnante maîtrise de soi, sereine et pacifique, qui émane des bouddhas ! Leur imposante présence dégage une tout autre énergie : celle du rayonnement de l’âme centrée sur elle-même, s’ouvrant ainsi aux dimensions supérieures de son être et de l’univers. Si mon hypothèse est juste et que les premières divinités représentent les forces élémentaires émotionnelles qui vivent dans le caractère psychique japonais, lui faisant aimer approcher ces états de fureur transpersonnelle où l’on se met à incarner les puissances naturelles et surnaturelles, alors on peut supposer que le bouddhisme pacifie ces puissances primaires de l’âme, le dépasse pour les maîtriser.

Contrat Creative Commons
La fureur élémentaire. Visite des statues du temple Sanjusangendo, à Kyoto by Grégoire Perra est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :