Publié par : gperra | 26 décembre 2010

Rahoûl, fils des âges farouches et des marchés obligataires

Rahoûl, qui ne voulait pas mourir cadre, avait retroussé les manches de son gilet en fibres écossaises, une cravate lance-pierres à la ceinture. Il fuyait à perdre haleine hors de son bureau obscur où des tâches journalières l’attendaient, les babines retroussées et les pupilles injectées de taux fixes à long terme.

À présent Rahoûl affûtait son bi-bop, terreur des bêtes sauvages mutantes rôdant aux alentours des centrales nucléaires et des entreprises de conseils en communication. La nuit avait été bonne : quelques petits rongeurs sans domiciles fixes qui lui servaient à présent de repas s’étaient laissé prendre au piège de son attaché-case automatique.

Pour l’heure, aucun danger n’était en vu. Aussi, Rahoûl s’accordait-il une courte rêverie dans l’herbe, surveillant les insectes trop lourds qui ployaient les tiges des fleurs en y faisant atterrir leurs corps velus. Certes, songeait-il, cette activité pourrait être économiquement viable dans le cadre de voyages organisés ou des plans de vol plus clairs auraient été nettement définis, mais confinée dans une structure aléatoire ou seul le vent et le pollen font office de tour de contrôle, elle ne peut guère espérer être un jour cotée à la bourse des hannetons.

Tout près dans la steppe semi-urbaine, à quelques pas de lui, le soleil ricochait sur l’acier synthétique d’une voie ferrée de banlieue éloignée, blessant par à-coups alternatifs la rétine du voyageur démissionnaire et intrépide.

Rahoûl ramassa son imperméable en gortex et serra entre ses poings la lanière de son sac de provisions et d’après-rasage, quelque chose de déterminé dans le regard et les lentilles de contact, se leva et traversa la voie ferrée, fit un petit pas de côté juste pour rire et oublier sa secrétaire, puis donna un coup de pied dans un tube de raviolis qui alla butter contre le métal rouillé avec un bruit de minitel déconnecté.

Contrat Creative Commons
Rahoûl, fils des âges farouches et des marchés obligataires by Grégoire Perra est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France.

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