Publié par : gperra | 26 décembre 2010

Les futurs lauréats de Science-Pisse

Dans la fraîcheur printanière des avenues de la Capitale, les jeunes deuxième-année de science-po flânent en gazouillant macro-économie. Ils se susurrent tendrement à l’oreille la courbe réactionnelle du peuple qu’ils auront la tâche de gouverner un jour et se déclarent ardemment ce qu’il faut édicter pour le conduire sagement vers ce qui est statistiquement son bien. Un passant pourrait toutefois sentir en les croisant, remontant subrepticement de leurs gorges, l’odeur discrète du yaourt sucré à la vanille de la cantine de midi et du cours de leur maître de conf’ de onze heures. Ils s’en vont paisiblement conquérir la vaste France et préparer leur soirée branchée tisane-haschich.

Les lèvres suavement entrouvertes, candides et attentives, les jolies filles qui n’ont jamais eu de mauvaises notes ni de rapports sexuels écoutent avec révérence les propos pertinents de leur camarade qui s’enroule élégamment sa belle écharpe blanche autour de son cou raffiné. Leurs bas de soie noirs remontent érotiquement jusqu’à leurs jupes moulantes de laine rouge. Et si leurs jambes graciles sentent parfois un peu l’urine, celle-ci a le mérite d’être aromatisée à la bergamote ! La plus grande difficulté restant pourtant de rendre compatible la féminité avec le droit international, 7 sur 7 et les idées de papa qui est ingénieur.

Les beaux garçons, qui forcent l’allure pour ne pas rater Alain Minc à la télé, ont dans leur expression quelque chose de tendu et d’infiniment sérieux, comme si leurs regards plongeaient dans les arcannes mystérieuses de la macro-économie pour y déchiffrer la destinée du monde. Si cette vigilance morale de chaque instant donne parfois à leurs gestes quelque chose de rigide et de maladroit quand ils s’en vont cueillir un bouquet de crocus à l’occasion de la fête des mères, en revanche, quelle spontanéité dans l’ajustement d’un noeud de cravate noire à pois mauves, quelle assurance dans le geste solitaire et quotidien consistant à se passer du gel fixant dans leurs cheveux ras, quelle hardiesse dans leur façon de sortir un mouchoir de la poche avant de leurs vestons, quel raffinement pour boutonner correctement leurs belles chemises rayées de rose et de gris, pour lacer leurs ceintures dans les passants de leurs pantalons verts bouffants et surtout prendre garde à bien remonter leurs superbes braguettes jusqu’en haut !

Et tandis que des mains s’effleurent et des rendez-vous sont fixés sur les parvis des musées, la brise se lève sur ces couples qui ignorent encore qu’ils partageront bientôt le même codevi, balayant les feuilles mortes comme l’oubli balaye de la mémoire les discours électoraux. Le temps passera et, bien plus tard, nous les retrouverons. Où que nous soyons, les diplômés de science-po seront là, dans le bureau de notre chef, dans notre potage aux poireaux, dans notre estime.

Contrat Creative Commons
Les futurs lauréats de Science-Pisse by Grégoire Perra est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France.

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