Publié par : gperra | 26 décembre 2010

La magie du bain japonais

Le On-Sen, ou bain public japonais, est sans doute l’expérience qui m’a le plus marqué au cours de mon séjour à Kyoto. Dans cet établissement, on peut passer par plusieurs types de bains de températures différentes, 20° à 40°, aux eaux variées, tantôt salées, souffrées, bouillonnantes ou tranquilles, sans oublier le sauna. Une partie était située à l’intérieur du bâtiment, l’autre en plein air sur une terrasse, et l’on pouvait aller de l’une à l’autre. Tantôt l’on peut s’immerger dans des structures ergonomiques modernes soigneusement élaborées, tantôt c’est à même la pierre, près d’une source chaude, qu’on s’accroupit dans les remous. Dans ces bains publics, la nudité totale est de rigueur. Autrefois conçus comme un espace mixte où l’on venait en famille, une séparation entre hommes et femmes a dû néanmoins être instaurée après la Guerre et l’arrivée des Américains, ne pouvant vivre de la même façon la proximité des corps féminins dénudés. Mais il n’est pas rare de constater la présence d’enfants des deux sexes accompagnant leur père dans la partie réservée aux hommes, signe que leur manière de vivre la nudité est bien différente de l’approche occidentale.

C’est sur la terrasse que l’on trouve un dispositif particulier qui, personnellement, m’a le plus touché. En effet, non loin des grandes baignoires de cuivre, a été placée une large dalle de pierre très légèrement inclinée où l’on peut s’allonger, laissant reposer sa tête sur un appui-tête de pierre, tandis qu’un mince filet d’eau chaude ruisselle tranquillement le long de notre corps nu. Au-dessus de soi, le ciel avec ses volutes de brume qui descendent des montagnes tandis que le soir tombe. Le corps dénudé semble fragile et exposé, puis comme arraché à lui-même pour se répandre dans cette nature environnante chargée de force et de mystère. Mais pendant ce temps, l’eau chaude coule le long des épaules, des bras et du reste du corps, réchauffant le sang et permettant cette exposition prolongée à l’air frais du crépuscule qui pénètre à la fois l’âme et les poumons. C’est beaucoup plus qu’une sensation de bien-être, mais une ouverture de soi ! Peut-être la nudité, qui est bien plus que l’exposition des parties intimes du corps d’ordinaire cachées, joue-t-elle un rôle primordial dans ce processus ? Toujours est-il que j’ai eu la sensation très nette que l’eau ne faisait pas que ruisseler sur mon corps, mais drainait avec elle mon histoire, mes souffrance, une partie de ma vie… Comme si un échange subtil s’était opéré entre mon sang, porteur de mon destin et de mes blessures, et l’eau.

Qu’ils sont rares et étonnants ces moments de la vie où l’âme s’expose elle-même à ses propres blessures cachées ! Et combien sont-ils nécessaires, pour faire le point, lâcher et aller de l’avant ! En ce qui me concerne, je ne sais pour quelles raisons j’avais dû aller aussi loin au bout du monde pour réussir ce retour sur moi-même. Peut-être parce que la culture japonaise possède une telle sagesse du bien-être du corps qu’elle peut aussi dénouer ce qui de l’âme s’y est embourbé ? Est-ce la magie de l’eau que de savoir nous ramener un court moment à notre origine où nous étions encore sans blessures, et sans taches ?

Contrat Creative Commons
La magie du bain japonais by Grégoire Perra est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France.

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