Publié par : gperra | 26 décembre 2010

Du plaisir d’être nommé Ministre en général et de servir l’État en particulier

Quel plaisir éprouve-t-on à servir l’État ? S’agit-il de la jouissance si sensuelle de pénétrer dans le corps pulpeux de l’État ?

Ah non ! L’État n’est pas un quelconque objet de plaisir ! L’État est immatériel ! L’État n’est pas de ce monde ! On n’effleure l’Être de l’État que par une intuition pure :

L’État, c’est le bruit subtil du fauteuil Louis XV qui grince légèrement quand le ministre s’y adosse pour réfléchir. L’État, c’est le tic-tac serein de la pendule du Cabinet qui rythme la signature des décrets. L’État, c’est une pure sensation de bien-être. C’est cette béatitude intérieure qui permet au ministre de sourire de toute son âme aux pires crapules qui soient. L’État, c’est le généreux marchand à qui tu as pu revendre ta vieille colonne vertébrale tout usée, et qui en prime t’a fait cadeau d’une neuve – luisante, raide, comme une lance de la grille du Jardin du Luxembourg.

Certes, mais quel est ce plaisir visiblement si aigu que procure la sensation d’être nommé ministre ? Serait-ce seulement le pouvoir quasi-magique de faire descendre de gros réveils invisibles dans les cages thoraciques de tes administrés pour les faire sonner quand bon te semble ? Serait-ce la jouissance tout intellectuelle de savoir que chaque parole que tu prononces sera l’objet de spéculations métaphysiques pour plus de cinq mille journalistes non-pensants ? Serait-ce la certitude inébranlable de savoir que tu as choisi la bonne couleur de chaussettes pour venir à une inauguration ? Serait-ce ce délicieux divorce entre le coeur et la raison qui fissure peu à peu les chairs de l’esprit et finit par te métamorphoser en un animal résigné et sans remords ?

Non ! Ce ne sont là que des broutilles. Le plaisir d’être nommé ministre tient en une seule certitude, en un unique secret :

Avoir capturé un nuage bleu gigantesque qui passait librement dans le ciel, l’avoir enfermé dans une petite boîte, avoir rangé la petite boîte dans le dernier tiroir de son bureau, avoir fermé à clef le tiroir, avoir verrouillé la pièce dans laquelle se trouve le bureau et fait garder nuit et jour le bâtiment où se trouve la pièce par un régiment de C.R.S. Puis être le seul à savoir ce qu’il y a dans la petite boîte que l’on ouvre une fois par jour quand on est tout seul…

Contrat Creative Commons
Du plaisir d’être nommé minitre en général et de servir l’État en particulier by Grégoire Perra est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 France.

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