Publié par : gperra | 20 février 2012

Fiche de lecture du Contrat Social de Rousseau


Du contrat social

ou

principes du droit politique

Rousseau

Livre I

Chercher dans l’ordre civil une règle d’administration légitime et sûre, en prenant les hommes tels qu’ils sont et les lois telles qu’elles peuvent être.

Allier ce que le droit permet et ce que l’intérêt prescrit

Chap. 1 – Sujet de ce premier livre

L’homme est né libre, et partout il est dans les fers. Comment se changement s’est-il fait et le qui le rend légitime ?

On est fondé à reprendre sa liberté, on ne l’était pas de la ôter.

L’ordre social n’est pas un droit venant de la nature, il est fondé sur des conventions

Chap. II – Des premières sociétés

La plus anciennes de toutes les sociétés et la seule naturelle est celle de la famille. Mais les enfants adultes, celle-ci se dissous et on reste unis non naturellement mais volontairement. La famille elle-même ne se maintient que par convention.

La première loi de la nature de l’homme est de veiller à sa propre conservation.

Dans la famille, chacun n’aliène leur liberté que pour leur utilité. Mais dans l’État, le plaisir de commander supplée à l’amour du père.

Grotius établit le droit par le fait. Comme Hobbes, il divise l’espèce humaine en troupeaux de bétail, dont chacun a un chef, qui le garde pour le dévorer.

Les pasteurs d’hommes seraient d’une nature supérieure à celles de leurs peuples.

Aristote avait ainsi dit que les hommes ne naissent pas naturellement égaux et que les uns naissent pour l’esclavage et les autres pour la domination. Il prenait l’effet pour la cause. Si il y a donc des esclaves par nature, c’est qu’il y a eu des esclaves contre nature. La force a fait les premiers esclaves, leur lâcheté les a perpétués.

Chap. III – Du droit du plus fort.

Le plus fort doit transformer sa force en droit pour perdurer, et l’obéissance en devoir. La force est une puissance physique et je ne vois point quelle moralité peut résulter de ses effets. Céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté.

Qu’est-ce qu’un droit qui périt quand la force cesse ?S’il faut obéir par force, on a pas besoin d’obéir par devoir ; et si l’on est plus forcé d’obéir, on n’y est plus obligé. Le mot droit n’ajoute rien à la force.

Toute puissance vient de Dieu ; mais toutes maladie en vient aussi : est-ce à dire qu’il soit défendu d’appeler le médecin ?

Chap. IV – De l’esclavage

Aucun homme n’a une autorité naturelle sur son semblable. Donc les conventions sont la base de toute autorité légitime parmi les hommes.

Aliéner, c’est donner ou vendre. Or un homme qui se fait esclave d’un autre ne se donne pas ; il se vend tout au moins pour sa subsistance.

On dit que le despote assure à ses sujets la tranquillité civile. Mais il provoque aussi des guerres.

Un homme ne peut se donner gratuitement, un tel acte est illégitime et nul. La folie ne fait pas droit.

La liberté des enfants leur appartient, nul n’a le droit d’en disposer pour eux. On ne peut donner leur liberté, car un tel don est contraire aux fins de la nature, et passe les droits de la paternité.

Renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs. Une telle renonciation est incompatible avec la nature de l’homme, et c’est ôter toute moralité à ses actions que d’ôter toute liberté à sa volonté.

Les hommes vivant dans leur primitive indépendance ne sont point naturellement ennemis. L’état de guerre ne peut exister dans l’état de nature, où il n’y a point de propriété constante, ni dans l’état social, ou tout est sous l’autorité des lois.

La guerre n’est point une relation d’homme à homme, mais une relation d’État à État. Chaque État ne peut avoir ennemis que d’autres États, et non pas des hommes.

L’étranger qui vole n’est pas un ennemi mais un brigand.

Il faut distinguer le soldat, instrument de l’État ennemis, et les personnes privés qui lorsqu’ils se rendent doivent être épargnés. Ces principes dérivent de la nature des choses et sont fondés sur la raison.

On n’a le droit de tuer l’ennemi que quand on ne peut le faire esclave, le droit de le faire esclave ne vient dons pas du droit de tuer :; c’est un mélange inique de lui faire acheter au prix de sa liberté sa vie, sur laquelle on a aucun droit.

Ces mots, esclave et droit, sont contradictoires,ils s’excluent mutuellement.

Chap. V. – Qu’il faut toujours remonter à une première convention.

Il y aura toujours une grande différence entre soumettre une multitude et régir une société.

Un maître et des esclaves est différent d’un peuple et son chef. C’est une agrégation mais non une association. Un homme eut il asservi le monde reste un particulier, son intérêt, séparé de celui des autres, n’est toujours qu’un intérêt privé.

Contre l’idée de Grotius selon lequel un peuple peut se donner à un roi. Car le don même est un acte civil, il suppose une délibération publique.

La loi de la pluralité des suffrages est elle-même un établissement de convention et suppose, au moins une fois, l’unanimité.

Chap. VI – Du pacte social.

Supposons un point où les obstacles qui nuisent leur conservation dans l’état de nature l’emportent. Les hommes doivent s’unir pour ne pas périr. Faire par agrégation une somme de forces.

Mais la force et la liberté de chaque homme étant les premiers instrument de sa conservation, , comment les engagera t il sans se nuire et sans négliger les soins qu’il se doit ?

Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun, s’unissant à tous, n’obéisse pourtant qu’à lui-même, et reste aussi libre qu’auparavant. C’est le problème fondamental du Contrat social.

Bien qu’elles n’aient peut être jamais été formellement énoncées, les clauses de contrat sont partout les mêmes, partout tacitement admises et reconnues. Elles se réduisent à une seule : l’aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté. La condition étant égale pour tous, nul n’a intérêt de la rendre onéreuse aux autres.

Chacun se donnant à tous ne se donne à personne.

On gagne l’équivalent de tout ce qu’on perd et plus de force pour conserver ce qu’on a.

mettre toute sa puissance sous la direction de la volonté générale et recevoir chaque membre comme partie indivisible du tout.

Cet acte d’association produit un corps moral et collectif, composé d’autant de membres que l’assemblée a de voix, lequel reçoit de ce même acte son unité, son moi commun, sa vie et sa volonté.

Autrefois cité, maintenant république ou corps politique, État lorsqu’il est passif, souverain lorsqu’il est actif. Les associés prennent collectivement le nom de peuple et s’appellent en particulier citoyen comme participant à l’autorité souveraine et sujets comme soumis aux lois de l’État.

Chap. VII – Du souverain

IL est contre la nature du corps politique que le souverain s’impose une loi qu’il ne puise enfreindre. Il ne peut y avoir nulle espèce de loi fondamentale obligatoire pour le corps du peuple, pas même le contrat social. La corps politique ou le souverain, ne tirant son être que de a sainteté du contrat, ne peut jamais s’obliger, même envers autrui, à rien qui déroge cet acte primitif, comme d’aliéner quelque portion de lui même, ou se soumettre à un autre souverain. Violer l’acte par lequel il existe serait s’anéantir ; et ce qui n’est rien ne produit rien.

Il est impossible que le corps veuille nuire à tous ses membres ni à aucun en particulier. Il n’a donc nul besoin e garant envers ses sujets.

Mais il n’en est pas ainsi des sujets envers le souverain. Chaque individu particulier peut avoir une volonté particulière contraire ou dissemblable à la volonté générale qu’il a comme citoyen. Il jouirais des droits du citoyens sans vouloir remplir les devoirs du sujet ; injustice dont le progrès causerait la ruine du corps politique.

Quiconque refusera d’obéir à la volonté générale y sera contraint par tout le corps. On le forcera à être libre.

Chap. VIII – De l’état civil.

Ce passage de l’état de nature à l’état civil produit dans l’homme un changement très remarquable, en substituant dans sa conduite la justice à l’instinct, en donnant à ses actions la moralité qui leur manquait auparavant. La voix du devoir succédant à l’impulsion physique et le droit à l’appétit, l’homme se voit forcé de consulter sa raison avant d’écouter ses penchants. Ses facultés s’exercent et se développe, ses idées s’étendent, ses sentiments s’ennoblissent, son âme toute entière s’élève. L’instant heureux qui d’un animal stupide et borné fit un être intelligent et un homme.

Il perd sa liberté naturelle et un droit illimité à tout ce qui le tente et ce qu’il peut atteindre ; il gagne la liberté civile et la propriété de tout ce qu’il possède. La première n’a pour bornes que les forces de l’individu ; la seconde est limitée par la volonté générale.

Il acquiert aussi la liberté morale, qui seule rend l’homme vraiment maître de lui. L’impulsion du seul appétit est esclavage, l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté.

Chap. IX – Du domaine réel

L’État, à l’égard de ses membres, est maîtres de tous leurs biens par le contrat social.

Le droit du premier occupant, quoique plus réel que celui du plus fort ne devient un véritable droit qu’après l’établissement de celui de la propriété. Tout homme a naturellement droit à tout ce qui lui est nécessaire. Mais sa part étant faite, il doit s’y tenir et n’a plus aucun droit à la communauté.

Il faut que le terrain ne soit occupé par personne, qu’on en occupe que la quantité dont on a besoin pour subsister et qu’on en prenne possession par le travail et la culture.

Les terres des particuliers réunies et contiguës deviennent le territoire public. le droit de souveraineté, s’étendant des sujets au terrain qu’ils occupent, devient à la fois réel et personnel. Les anciens rois semblaient se regarder comme les chefs des hommes plutôt que comme les

maîtres du pays.

En acceptant les biens des particuliers, la communauté leur en assure la légitime possession. Ils ont acquit tout ce qu’ils ont donné.

Le droit que chaque particulier a sur son fond est toujours subordonné au droit que la communauté a sur tous.

Au lieu de détruire l’égalité naturelle, le pacte fondamental substitue, au contraire, une égalité morale et légitime à ce que la nature avait pu mettre d’inégalité physique entre les hommes. Pouvant être inégaux en force et en génie, ils deviennent tous égaux par convention et de droit.

Livre II

Chap. I – Que la souveraineté est inaliénable

La volonté générale peut seule diriger les forces de l’État selon la fin du bien commun.

C’est ce qu’il y a de commun dans les différents intérêts qui forme le lien social ; et s’il n’y avait pas quelque point dans lequel tous les intérêts s’accordent, nulle société ne saurait exister.

Le souverain, qui n’est qu’un être collectif, ne peut être représenté que par lui-même. Le pouvoir peut bien se transmettre, mais non pas la volonté.

Par nature, la volonté particulière tend aux préférences et la volonté générale à l’égalité.

Il est absurde que la volonté se donne des chaînes pour l’avenir. Si donc le peuple promet simplement d’obéir, il se dissout par cet acte, il perd sa qualité de peuple. À l’instant qu’il y a un maître, il n’y a plus de souverain.

Les chefs peuvent passe pour des volontés générales, tant que le souverain, libre de s’y opposer, ne le fait pas. En pareil cas, du silence universel on doit présumer le contentement du peuple.

Chap II. – Que la souveraineté est indivisible.

La souveraineté est inaliénable, donc indivisible. Car la volonté est générale.

Mais on divise la volonté dans son objet : en puissance législative et en puissance exécutive. ou encore en administration intérieure et en pouvoir de traiter avec l’étranger…

Le souverain devient un être fantastique formé de pièces rapportées.

Après avoir démembré le corps social par un prestige digne de foire, nos politiques rassemblent les pièces on ne sait comment.

Il n’y a pas en fait des parties mais des émanations de l’autorité souveraine.

Les droits qu’on prend pour des parties de cette souveraineté lui sont tous subordonnés, et supposent toujours des volontés suprêmes dont ces droits ne donnent que l’exécution.

Chap. III – Si la volonté générale peut errer.

La volonté générale est toujours droite et tend toujours à l’utilité publique. Cependant, si le peuple veut toujours son bien, il ne le voit pas toujours. Jamais on ne corrompt le peuple, mais souvent on le trompe.

Le problème c’est qu’entre l’intérêt particulier et la volonté général se forme des intermédiaires sous forme d’associations partielles aux dépens de la grande. Les différences deviennent moins nombreuses et donnent un résultat moins général

Il ne doit donc pas y avoir de société partielle dans l’État mais que chaque citoyen n’opine que d’après lui.

Chap IV. – Des bornes du pouvoir souverain.

Il faut à la cité une force universelle et compulsive pour mouvoir et disposer chaque partie de la manière la plus convenable au tout.

Le pacte social donne au corps politique un pouvoir absolu sur tous les siens. Ce pouvoir est dirigé par la volonté général.

Tous les services qu’un citoyen peut rendre à l’État, il les lui doit sitôt que le souverain les demande. Mais le souverain ne peut charger les sujets d’aucune chaîne inutile à la communauté.

Les engagements qui nous lient au corps social ne sont obligatoires que parce qu’il s sont mutuels. La volonté générale doit partir de tous pour s’appliquer à tous.

Sitôt qu’il s’agit d’un fait ou d’un droit particulier sur un point qui n’a pas été réglé par une convention générale et antérieure, l’affaire devient contentieuse.

La volonté générale change de nature ayant un objet particulier. Le peuple d’Athènes qui élisait et cassait ses chefs : n’agissait plus comme souverain mais comme magistrat.

Le pacte social établit entre les citoyen une telle égalité qu’ils s’engagent tous sous les mêmes conditions et doivent jouir tous des mêmes droits. Le souverain connaît seulement le corps de la nation et ne distingue aucun de ceux qui la composent.

Un acte de souveraineté n’est pas une convention du supérieur avec l’inférieur, mais une convention du corps avec chacun de ses membres. Demander jusqu’où s’étendent les droits respectifs du souverain et des citoyens, c’est demander jusqu’à quel point ceux-ci peuvent s’engager avec eux-mêmes.

Le pouvoir souverain ne peut donc passer les bornes des conventions générales.

Chap. V – Du droit de vie et de mort.

Qui veut conserver sa vie aux dépens des autres doit la donner aussi pour eux quand il faut. Dans le pacte social, la vie du citoyen n’est plus seulement un bienfait de la nature mais un don conditionnel de l’État.

L’assassin doit donc accepter la peine de mort.

D’ailleurs tout malfaiteur attaquant le droit social cesse d’en être membre en violant les lois. Alors la conservation de l’État est incompatible avec la sienne. Il faut qu’un des deux périsse.

Mais la fréquence des supplices est toujours signe de faiblesse ou de paresse dans le gouvernement. Il n’y a point de méchant qu’on ne pût rendre bon à quelque chose. On n’a le droit de faire mourir que celui qu’on ne peut conserver sans danger.

Le droit de grâce est exercée parcimonieusement par ce qui est au dessus du juge et de la loi;, le pouvoir souverain.

Dans un État bien gouverné, il y a peu de punitions, non parce qu’on fait beaucoup de grâces, mais parce qu’il y a peut de criminels.

Chap. VI. – De la loi.

La législation donne mouvement et volonté au corps politique. Le pacte social lui donne existence et vie.

Sans doute il est une justice universelle émanée de la raison seule ; mais cette justice, pour être admise entre nous, doit être réciproque. Il faut donc des conventions et des lois pour pour unir les droits aux devoirs et ramener la justice à son objet.

Quand on aura dit ce que c’est qu’une loi de la nature, on n’en saura pas mieux ce que c’est qu’une loi de l’État.

La loi est un rapport de l’objet entier sous un point de vue à l’objet entier sous un autre point de vue, sans aucune division du tout. Alors la matière sur laquelle on statue est générale comme la volonté qui statue.

La loi considère les sujets en corps et les actions comme abstraites, jamais un homme comme individu ni une action comme particulière.

La loi peut bien faire des privilèges, mais ne peut nommer ceux qui en bénéficieront.

Il ne faut donc plus demander à qui il appartient de faire des lois puisqu’elles sont les actes de la volonté générale.

La loi réunissant l’universalité de la volonté e celle de l’objet, ce qu’un homme ordonne de son chef n’est point une loi : c’est un décret et non une loi.

Une république est un État régi par des lois. Le peuple, soumis aux lois, doit en être l’auteur car les lois ne sont proprement que les conditions de l’association civile.

Comme la multitude est aveugle, ne sait ce qu’elle veut parce qu’elle sait rarement ce qui lui est bon, il faut lui faire voir les objets tels qu’ils sont, quelquefois tels qu’ils doivent lui paraître.

Les particuliers voient le bien qu’ils rejettent ; le public veut le bien qu’il ne voit pas. Des lumières publiques résulte l’union de l’entendement et de la volonté dans le corps social.

Chap. VII – Du législateur.

Il faudrait des dieux pour donner des lois aux hommes.

S’il est vrai qu’un grand prince est un homme rare, que sera-ce d’un grand législateur ?

Celui-ci est le mécanicien qui invente la machine, celui-là n’est que l’ouvrier qui la fait marcher.

Il faut être capable de changer la nature humaine d’altérer sa constitution pour la renforcer.

Il faut qu’il ôte à l’homme ses forces propres pour lui en donner qui lui soient étrangères et dont il ne puisse faire l’usage sans le secours d’autrui.

L’emploi de législateur, qui constitue la république, n’entre point dans sa constitution. C’est une fonction particulière et supérieure qui n’a rien de commun avec l’empire humain. Celui qui commande aux hommes ne doit pas commander aux lois et celui qui COMMANDE AUX LOIS NE DOIT PAS NON PLUS COMMANDER AUX HOMMES.

Celui qui rédige les lois n’a donc ou ne doit avoir aucun droit législatif.

Deux choses qui semblent donc incompatibles : une entreprise au dessus de la force humaine et, pour l’exécuter, une autorité qui n’est rien.

Autre difficulté : il y a mille sorte d’idées qu’il est impossible de traduire dans la langue du peuple. Les vues trop générales et les objets trop éloignés. Pour cela il faudrait que l’esprit social, qui doit être l’ouvrage de l’institution, présidât à l’institution même ; et que les hommes soient avant les lois ce qu’ils doivent devenir par elles.

Le législateur doit donc entraîner sans violence et persuader sans convaincre. Que l’homme obéisse avec liberté et porte docilement le joug de la félicité publique.

La grand âme du législateur est le vrai miracle qui doit prouver sa mission. De vains prestiges forment un lien passager ; il n’y a que la sagesse qui le rende durable.

Chap. VIII – Du peuple.

Avant de rédiger de bonnes lois, il faut examiné auparavant si le peuple auquel le législateur les destine est propre à les supporter.

La plupart des peuples ne sont dociles que dans leur jeunesse. Quand une fois les coutumes sont établies et les préjugés enracinés, c’est une entreprise dangereuse et vaine de vouloir les réformer.

Il y a bien des moments où l’État, embrasé par les guerres civiles, renaît de ses cendres et reprend la vigueur de sa jeunesse en sortant des bras de la mort. Mais ces événements sont rares.

Peules libres, souvenez vous de cette maxime : On peut acquérir la liberté mais on ne la recouvre jamais.

La jeunesse d’un peuple n’est pas son enfance.

Chap. IX – Suite.

Il y a des bornes naturelles à la constitution d’un état afin qu’il ne soit trop grand pour être bien gouverné, ni trop petit pour pouvoir se maintenir lui-même. Plus le lien social s’étend, plus il se relâche. Un petit état est proportionnellement plus fort qu’un grand.

Car l’administration devient plus lourde et plus onéreuse. Et le peuple a moins d’affection pour ses chefs qu’il ne voit jamais, pour la patrie, qui est à ses yeux comme le monde, et pour ses concitoyens dont la plupart lui sont étrangers.

Un corps trop grand pour sa constitution s’affaisse et périt écrasé sous son propre poids.

De l’autre côté, l’État doit se donner une certaine base pour avoir de la solidité.

On doit plus compter sur la vigueur qui naît d’un bon gouvernement que sur les ressources que fournit un grand territoire.

Certains états devaient s’agrandir sans cesse pour se maintenir : la chute est inévitable.

Chap. X – Suite.

Pour donner à un état sa véritable grandeur, il faut un bon rapport entre l’étendue du territoire et le nombre du peuple.

Qu’il y ait autant d’habitants que la terre en peux nourrir. Tout peuple qui n’a, par sa position, que l’alternative entre le commerce ou la guerre est faible en lui-même.

La diversité des facteurs ne permet cependant pas de donner un rapport fixe.

Le législateur ne doit pas fonder son jugement sur ce qu’il voit mais sur ce qu’il prévoit, ni s’arrêter à l’état actuel de la population qu’à celui où elle doit naturellement parvenir.

Pour instituer un peuple, il faut aussi qu’il jouisse de l’abondance et de la paix. Car lorsqu’un peuple se forme il est fragile.

Le peuple propre à la législation est celui déjà lié par quelque union d’origine, d’intérêt ou de convention

Impossibilité de trouver la simplicité de la nature jointe aux besoins de la société.

Chap. XI – Des divers systèmes de législation.

La fin de tout système de législation est la liberté et l’égalité.

L’égalité ne signifie pas que les degrés de puissance et de richesse soient absolument les mêmes. Mais que la puissance soit au dessus de toute violence et ne s’exerce qu’en vertu du rang et des lois. La richesse : que nul citoyen ne soit assez opulent pour en acheter un autre et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre.

C’est parce que la force des choses tend toujours à détruire l’égalité que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir. Il faut assigner à chaque peuple un système particulier de législation, qui soit le meilleur, non peut être en lui-même, mais pour l’État auquel il est destiné.

Un État durable c’est quand les convenances sont tellement observés que les rapports naturels et les lois tombent toujours de concert sur les mêmes points, et que celles-ci ne font qu’assurer, accompagner, rectifier les autres.

Chap. XII – Division des lois

Les lois qui règlent le rapport du souverain à l’État (du tout au tout) sont les lois politiques ou fondamentales. Un peuple est toujours maître de changer ses lois, même les meilleurs.

Les lois civiles règlent les rapports des membres entre eux, ou avec le corps entier. que chacun des citoyens soit dans une parfaite indépendance de tous les autres et dans une excessive dépendance de la cité. Il n’y a a que la force de l’État qui fasse la liberté de ses membres.

Les lois criminelles règlent les cas de désobéissance à la loi.

Une quatrième sorte de loi qui se grave dans les cœurs des citoyens. Elle substitue insensiblement la force de l’habitude à celle de l’autorité : les mœurs, les coutumes, l’opinion. Partie dont le grand législateur s’occupe en secret tandis qu’il paraît se borner à des règlements particuliers, qui ne sont que le cintre de la voûte dont les mœurs, plus lentes à naître, forment l’inébranlable clef.

Livre III

Chap. I : Du gouvernement en général.

Toutes actions libre a deux causes : l’une morale, l’autre physique. Dans e corps politique, on distingue de même la force (puissance exécutive) et la volonté (puissance législative).

La puissance législative n’appartient qu’au peuple. . En revanche la puissance exécutive ne peut appartenir à la généralité car cette puissance ne consiste qu’en des actes particuliers qui ne sont point du ressort de la loi.

Un agent qui fasse entre l’État et le souverain ce que fait dans l’homme l’union de l’âme et du corps.

Le gouvernement n’est que le ministre du souverain. Un corps intermédiaire entre les sujets et le souverain pour leur mutuelle correspondance, chargé de l’exécution des lois et du maintien de la liberté tant civile que politique.

Les membres de ce corps (le prince) s’appellent magistrats ou rois, c’est-à-dire gouverneurs. Ce n’est qu’une commission dans lequel, simples officiers du souverain, ils exercent en son nom le pouvoir dont il les a fait dépositaires.

Le gouvernement reçoit du souverain les ordres qu’il donne au peuple.

Si le souverain veut gouverner, ou si le magistrat veut donner des lois, ou si les sujets refusent d’obéir, le désordre succède à la règle, la force et la volonté n’agissent plus de concert et l’État dissous tombe dans le despotisme ou dans l’anarchie.

Moins les volontés particulières se rapportent à la volonté générale, c’est à dire les mœurs aux lois, plus la force réprimante doit augmenter. Donc le gouvernement, pour être bon, doit être relativement plus fort à mesure que le peuple est plus nombreux. Mais alors ce dernier a lus de tentation d’abuser du pouvoir, c’est pourquoi le souverain doit aussi avoir plus de force pour contenir le gouvernement.

Attention car malgré les exemples géométriques, la précision géométrique n’a point lieu dans les qualités morales.

Le gouvernement est en petit ce que le corps politique qui le renferme est en plus grand. C’est une personne morale douée de certaines facultés, active comme le souverain, passive comme l’État, e qu’on peut décomposer en d’autres rapports semblables.

Mais l’État existe par lui-même tandis que le gouvernement n’existe que par le souverain. Sa force n’est que la force publique concentrée en lui.

Pour que le corps du gouvernement ait une existence, il lui faut un moi particulier, une sensibilité commune à ses membres, une force, une volonté propre qui tende à sa conservation. Cela suppose des assemblées, des conseils, un pouvoir de délibérer, de résoudre, des droits, des titres, des privilèges qui appartiennent au prince exclusivement.

Mais il faut qu’il soit toujours prêt à sacrifier le gouvernement au peuple et non le peuple au gouvernement.

Chap. II – Du principe qui constitue les diverses formes de gouvernement.

Il faut distinguer le principe et le gouvernement, comme on distingue l’État et le souverain.

Plus les magistrat sont nombreux, plus le gouvernement est faible.

Le magistrat a trois sortes de volontés : individuelle, de corps (commune aux magistrats) et souveraine (du peuple)

Dans une législation parfaite, la volonté particulière doit être nulle ; la volonté de corps très subordonnée et la volonté générale toujours dominante.

Mais l’ordre naturel produit exactement l’inverse : on est d’abord soi-même, puis magistrat, puis citoyen.

Si tout le gouvernement est entre les mains d’un seul homme, voilà la volonté de corps et la volonté particulière parfaitement réunies au plus haut degré d’intensité. Ce qui le rends le plus actif.

Au contraire, unissons le gouvernement à l’autorité législative, de tous les citoyens des magistrats, la volonté de corps, confondue avec la générale, n’aura plus d’activité qu’elle, et laissera la volonté particulière dans toute sa force. Minimum d’activité du gouvernement.

Chaque magistrat est presque toujours chargé de quelque fonction du gouvernement ; au lieu que chaque citoyen pris à part n’a aucune fonction dans la souveraineté.

Plus l’État s’agrandit, plus le gouvernement doit se resserrer ; tellement que le nombre de chefs diminue en raison de l’augmentation du peuple. Mais au contraire, plus le magistrat est nombreux, plus la volonté de corps se rapproche de la volonté générale. L’art du législateur est de savoir fixer le point où la force et la volonté du gouvernement, toujours en proportion réciproque, se combine dans le rapport le plus avantageux à l’État.

Chap. III – Division des gouvernements.

1 – Plus de citoyens magistrats que de simples citoyens : démocratie.

2 – resserrer le gouvernement entre les mains d’un petit nombre aristocratie.

3 – tout le gouvernement entre les mains d’un magistrat unique dont tous les autres tiennent leur pouvoir : monarchie

Les deux premières formes peuvent embrasser chacune jusqu’à la moitié du peuple. La royauté même est susceptible de quelque partage.

Il peut résulter de ces trois formes combinées une multitude de formes mixtes. Chaque forme de gouvernement est la meilleure en certains cas, la pire en d’autres.

Démocratique : petits États ;

Aristocratique : médiocres ;

Monarchiques : grands.

Chap. IV – De la démocratie

On ne saurait avoir une meilleure constitution que celle où le pouvoir exécutif est joint au législatif.

Il n’est pas bon que celui qui fait les lois les exécute.

Un peuple qui gouvernerait toujours bien n’aurait pas besoin d’être gouverné. Il n’a jamais existé de véritable démocratie, et il n’en existera jamais. On ne peut imaginer que le peuple reste incessamment assemblé pour vaquer aux affaires publiques.

Mais il faut un grand nombre de conditions pour un pays démocratique : État petit, grande simplicité des mœurs, égalité des rangs et des fortunes, peu ou point de luxe.

Et c’est un gouvernement sujet aux guerres civiles et aux agitations intestines.

S’il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes.

Chap. V – De l’aristocratie.

Les premières sociétés se gouvernent aristocratiquement. Mais à mesure que l’inégalité d’institution l’emporte sur l’inégalité naturelle, la richesse ou la puissance fut préférée à l’âge, l’aristocratie devint élective. Puis héréditaire.

Trois sortes d’aristocratie : naturelle, élective, héréditaire. La première ne convient qu’à des peuples simples, la troisième est le pire de tous les gouvernements, le deuxième est le meilleur.

Elle a le choix de ses membres. Les magistrats sont sélectionnés parmi les citoyens pour leur probité, les lumières, l’expérience…

C’est l’ordre le meilleur et le plus naturel que les plus sages gouvernent la multitude, quand on est sûr qu’il la gouverneront pour son profit et non pour la leur.

Mais si l’aristocratie exige quelques vertus de moins que le gouvernement populaire, elle en exige aussi d’autres qui lui sont propres : modération des riches et contentement des pauvres. Comprendre qu’il y a, dans le mérite des hommes, des raison de préférence plus importante que la richesse.

Chap. VI – De la monarchie.

Un individu représente un être collectif. Tous les ressorts de la machine sont dans la même main, tout marche au même but.

C’est mieux qu’une démocratie dans le sens où les élections laissent des intervalles dangereux. Un roi mort, il en faut un autre.

Mais il est difficile que celui à qui l’État s’est venu ne le vende pas à son tour. Tôt ou tard, tout devient vénal dans une telle administration, et la paix dont on joui sous les rois est pire que le désordre des interrègnes.

C’est pour cela qu’on a rendu les couronnes héréditaires. On a préféré avoir une apparente tranquillité qu’une administration sage, et risquer d’avoir pour chefs des enfants, des monstres, des imbéciles.

L’art de régner s’apprend mieux en obéissant qu’en commandant.

Inconstance du gouvernement royal. État flottant de maxime en maxime, de projet en projet.

S’il y a plus de ruse dans une cour, il y a plus de sagesse dans un sénat.

Du coup on donne par sophisme au magistrat toutes les vertus dont il aurait besoin, le prince est supposé être ce qu’il devrait être.

Si l’éducation royale corrompt nécessairement ceux qui la reçoive, que doit on espérer suite d’hommes élever pour régner ?

Il faudrait obéir sans murmure aux mauvais rois comme à des châtiments du ciel.

On sait bien qu’il faut souffrir un mauvais gouvernement quand on l’a ; la question serait d’en trouver un bon.

Chap. VII – Des gouvernements mixtes.

A proprement parler, il n’y a pas de gouvernement simple.

Il faut qu’un chef unique ait des magistrats subalternes ; il faut qu’un gouvernement populaire ait un chef.

Le gouvernement simple est le meilleur en soi par cela seul qu’il est simple. Mais quand la puissance exécutive ne dépend pas assez de la législative, il faut remédier à ce défaut de proportion en divisant le gouvernement, car alors toutes ses parties n’ont pas moins d’autorité sur les sujets, et leur division les rend toutes ensembles moins fortes contre le souverain.

Chap. VIII – Que toute forme de gouvernement n’est pas propre à tout pays.

La liberté n’étant pas un fruit de tous les climats, n’est pas à la portée de tous les peuples. (Montesquieu)

C’est le superflu des particuliers qui produit le nécessaire du public. donc l’État civil ne peut subsister qu’autant que le travail des hommes rend au delà de leurs besoin.

Or cet excédent n’est pas le même dans tous les pays du monde.

Et il y a des gouvernements plus ou moins dévorant. Plus les contributions publiques s’éloignent de leurs sources, plus elles sont onéreuses.

En démocratie, le peuple est le moins chargé. dans l’aristocratie, il l’est d’avantage. En monarchie, il porte un grand poids.

Au lieu de gouverner les sujets pour les rendre heureux, le despotisme les rend misérable pour les gouverner.

Les lieux ou l’excès du produit sur le travail est médiocre conviennent aux peuples libres. ceux où le terroir abondant et fertile donnent beaucoup de produit pour peu de travail veulent être gouvernés monarchiquement, pour consumer par le luxe du prince l’excès du superflu des sujets.

le despotisme convient aux pays chauds, la barbarie aux pays froids, et la bonne politique aux régions intermédiaires.

L’avantage d’un gouvernement tyrannique est donc d’agir à grandes instances. A l’aide des points d’appui qu’il se donne, sa force augmente au loin comme celle des leviers. Celle du peuple au contraire n’agit que concentrée : elle s’évapore et se perd en s’étendant, comme l’effet de la poudre éparse à terre, et qui ne prend feu que grain à grain.

Chap. IX – Des signes d’un bon gouvernement.

On ne peut pas savoir dans l’absolu quel est le meilleur gouvernement, mais il y a des signes qui indiquent si un peuple donné est bien ou mal gouverné.

Le problème est que chacun y va de son avis selon ses intérêts particuliers. Les qualités morales manquant de mesure précise, fût-on d’accord sur le signe, comment l’être sur l’estimation ?

La fin de l’association politique est la prospérité de ses membres. D’où le signe du nombre et de la population.

Le gouvernement sous lequel les citoyens peuplent et multiplient davantage est infailliblement le meilleur.

Chap. X – De l’abus du gouvernement et de sa pente à dégénérer.

Comme la volonté particulière agit sans cesse contre la volonté générale, le gouvernement fait un effort continuel contre la souveraineté.

Plus cet effort augmente, plus la constitution s’altère.

Il doit arriver tôt ou tard que le prince opprime enfin le souverain et rompe le traité social. C’est un vice inhérent et inévitable, comme la vieillesse pour un corps.

Deux voies générales par lesquelles un gouvernement dégénère : quand il se resserre ou quand l’État se dissout.

Quand l’État se dissout , l’abus du gouvernement prend le nom d’anarchie. La démocratie dégénère en ochlocratie, l’aristocratie en oligarchie, la royauté en tyrannie.

J’appelle tyran l’usurpateur de l’autorité royale, despote l’usurpateur du pouvoir souverain. Le tyran est celui qui s’ingère contre les lois à gouverner selon les lois ; le despote est celui qui se met au dessus des lois mêmes.

Chap. XI – De la mort du corps politique.

Le corps politique, aussi bien que le corps de l’homme, commence à mourir dès sa naissance et porte en lui-même les germes de sa destruction. Mais on peut avoir une constitution robuste apte à le conserver longtemps.

La constitution de l’État est l’ouvrage de l’art. Le mieux constitué finira.

La puissance législative est le cœur de l’État, la puissance exécutive en est le cerveau, qui donne le mouvement à toutes les parties.

Ce n’est point par les lois que l’État subsiste, c’est par le pouvoir législatif. Tout ce que le souverain a déclaré vouloir une fois, il le veut toujours à moins qu’il ne le révoque : continuité des lois.

Quand les lois s’affaiblissent en vieillissant, cela prouve qu’il n’y a plus de pouvoir législatif et que l’État ne vit plus.

Chap. XII – Comment se maintient l’autorité souveraine

Le souverain ne peut promulguer des ois que quand le peuple est assemblé.

Quel chimère ? C’était possible il y a 2000 ans.

Les bornes du possible dans les choses morales sont moins étroites que nous ne le pensons. Ce sont nos faiblesses, nos vices, nos préjugés qui les rétrécissent.

A Rome, le peuple était sur la place publique aussi souvent citoyen que magistrat. Dans les premiers temps des nations, la plupart des anciens gouvernements avaient de semblables conseils.

Chap. XIII – Suite :

Il faut des assemblées régulières du peuple périodique, sans qu’il y ait besoin pour cela de convocation formelle.

Mais toute assemblée du peuple qui n’aura pas été convoquée par les magistrats préposés à cet effet et selon les normes prescrites doit être tenue pour illégitime et tout ce qui s’y fait pour nul. L’ordre même de s’assembler doit émaner de la loi.

Plus le gouvernement a de force, plus le souverain doit se montrer fréquemment.

L’autorité souveraine étant simple et une, on ne peut la diviser sans la détruire.

Mais puisqu’on ne peut réduire l’État à de justes bornes, on peut au moins ne pas y souffrir de capitale, faire siéger le gouvernement alternativement dans chaque ville.

Les murs des villes ne se forment que du débris des maisons des champs. A chaque palais que je vois élever dans la capitale, je crois voir mettre en masure tout un pays.

Chap. XIV – Suite :

A l’instant que le peuple est légitimement assemblé en corps souverain, toute juridiction du gouvernement cesse, la puissance exécutive est suspendue, parce qu’où se trouve le représenté, il n’y a plus de représentant.

Chap. XV – Des députés ou représentants :

Entre l’autorité souveraine et le gouvernement arbitraire s’introduit quelquefois un pouvoir moyen. Les députés apparaissent quand les citoyens aiment mieux servir leur bourse que de leur personne, envoyer de députés et rester chez eux.

Donnez de l’argent, et bientôt vous aurez des fers. Ce mot finance est un mot d’esclave, il est inconnu dans la cité.

Mieux l’État est constitué, plus les affaires publiques l’emportent sur les privées dans l’esprit des citoyens. Alors on emploie parfois le système des députés ou tiers-état.

Mais la souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu’elle ne peut être aliénée. Elle consiste essentiellement dans la volonté générale, et la volonté ne se représente point : elle est la même, ou elle est autre ; il n’y a point de milieu.

Les députés du peuple ne sont ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires. Toute loi que le peuple en personne n’a pas ratifiée est nulle. Sitôt que les membres du parlement sont élus, le peuple est esclave, il n’est rien.

La loi n’étant que la déclaration de la volonté générale, il est clair que dans la puissance législative le peuple ne peut être représenté ; mais il peut et doit l’être dans la puissance exécutive, qui n’est que la force appliquée à la loi.

Chez les Grecs, il n’y avait pas de représentants, car il y avait un climat favorable et l’esclavage pour que les citoyens puissent s’occuper des affaires publiques.

Car tout ce qui n’est point dans la nature a ses inconvénients, et les sociétés civiles plus que tout le reste. Il y a des positions malheureuses où l’on ne peut conserver sa liberté qu’aux dépens de celle d’autrui, et où le citoyen ne peut être parfaitement libre que l’esclave ne soit extrêmement esclave.

Chap. XVI – Que l’institution du gouvernement n’est point un contrat

Le pouvoir exécutif n’opère que par des actes particuliers, n’est pas de même essence et est naturellement séparé du pouvoir législatif.

Si le souverain avait le pouvoir exécutif, le droit et le fait seraient confondus.

Les citoyens étant tous égaux, nul n’a le droit d’exiger qu’un autre fasse ce qu’il ne fait pas lui-même.

Ce droit est celui que le souverain donne au prince en instituant le gouvernement.

Mais cet acte entre le peuple et es chefs n’est pas un contrat où l’un s’oblige à commander et l’autre à obéir.

Car l’autorité souveraine ne peut pas plus se modifier que s’aliéner, se donner un pouvoir supérieur à elle même.

Et un tel contrat entre le peuple et es chefs serait u acte particulier qui ne serait pas une loi légitime. Les parties contractantes seraient entre elles sous la seule loi de nature et sans aucun garant de leurs engagements réciproques.

Il n’y a qu’un contrat dans l’État, c’est celui de l’association.

Chap. XVIII – L’institution du gouvernement

Le gouvernement se constitue par l’établissement et l’exécution de la loi. Création de la Constitution et nomination des chefs.

Le corps politique opère une conversion subite de la souveraineté en démocratie. Seulement par une nouvelle relation de tous à tous, les citoyens devenus magistrats passent des actes généraux aux actes particuliers, et e la loi à l’exécution;

Chap. XVIII – Moyen de prévenir les usurpations du gouvernement.

L’acte qui institue le gouvernement n’est point un contrat mais une loi, les dépositaires de la puissance exécutive ne sont point les maîtres du peuple mais ses officiers, qui peut établir ou destituer quand il lui plaît.

Les changements sont toujours dangereux et il ne faut jamais toucher au gouvernement établi que lors qu’il devient incompatible avec le bien public.

En paraissant n’user que de ses droits il est fort aisé de les étendre, et d’empêcher sous le prétexte du repos public les assemblées destinées à rétablir le bon ordre.

Le système des assemblées périodiques prévient ce malheur, car le prince ne saurait les empêcher sans se déclarer ouvertement infracteur des lois et ennemi de l’État.

Deux propositions intrinsèque de ces assemblées :

S’il plaît au souverain de conserver la présente forme de gouvernement.

S’il plaît au peuple d’en laisser l’administration à ceux qui en sont actuellement chargés.

Il n’y a dans l’État aucune loi fondamentale qui ne se puisse révoquer, non pas même le pacte social.

Si tous les citoyens s’assemblent pour rompre ce pacte d’un commun accord, chacun peut renoncer à l’État dont il st membre, et reprendre sa liberté naturelle et ses biens en sortant du pays.

Livre IV :

Chap. I – Que la volonté générale est indestructible.

Quand plusieurs hommes ne font qu’un seul corps, tous les ressorts de l’État sont vigoureux et simples. La paix, l’union, l’égalité sont ennemies des subtilités politiques.

Un État ainsi gouverné a besoin de très peu de lois, et à mesure qu’il devient nécessaire d’en promulguer de nouvelles, cette nécessité se voit universellement. Le premier qui les propose ne fait que dire ce que tous ont déjà senti.

Mais quand le nœud social commence à se relâcher et l’État à s’affaiblir, la volonté générale n’est plus la volonté de tous, il s’élève des contradictions, des débats, et le meilleur avis ne passe point sans disputes.

Quand le plus vil intérêt se pare effrontément du nom sacré de bien public, l’on fait passer faussement sous le nom de lois des décrets inique qui n’ont pour but que l'(intérêt particulier.

La volonté générale est alors constante, inaltérable et pure, mais elle est subordonnée à d’autres qui l’emportent sur elle. Même en vendant son suffrage à prix d’argent, il n’éteint pas en lui la volonté générale, il l’élude.

La loi de l’ordre public dans les assemblées n’est pas tant d’y maintenir la volonté générale que de faire qu’elle soit toujours interrogée et qu’elle réponde toujours.

Chap. II – Des suffrages.

Plus le concert règne dans les assemblées, plus la volonté générale est dominante. Les longs débats, les dissensions, le tumulte, annoncent l’ascendant des intérêts particuliers et le déclin de l’État.

A l’autre extrémité du cercle l’unanimité revient. C’est quand les citoyens tombés dans la servitude n’ont plus ni liberté ni volonté. On ne délibère plus, on adore où l’on maudit.

Il n’y a qu’une seule loi qui par sa nature exige un consentement unanime. C’est le pacte social : CAR L’ASSOCIATION EST L’ACTE DU MONDE LE PLUS VOLONTAIRE ; TOUT HOMME ÉTANT NÉ LIBRE ET MAÎTRE DE LUI-MÊME, NUL NE PEUT, SOUS QUELQYUE PRÉTEXTE QUE CE PUISSE ÊTRE, L’ASSUJETTIR SANS SON AVEU.

Quand l’État est institué le consentement est dans la résidence ; habiter le territoire, c’est se soumettre à la souveraineté.

Le citoyen consent à toutes les lois, même à celles qu’on passe malgré lui, et même à celles qui le punissent quand il ose en violer quelqu’une. La volonté constante de tous les membres de l’État est la volonté générale ; c’est par elle qu’ils sont citoyens et libres.

Entre l’unanimité et l’égalité il y a plusieurs partages inégaux, à chacun desquels on peut fixer ce nombre selon l’état et les besoins du corps politique. Unanimité quand la question est grave, majorité quand l’affaire exige de la célérité.

Chap. III – Des élections.

Le tirage au sort est plus dan la nature de la démocratie, où l’administration est d’autant meilleure que les actes en sont moins multipliés. La condition étant égale pour tous et le choix ne dépendant d’aucune volonté humaine, il n’y a point d’application particulière qui altère l’universalité de la loi.

Les élections par sort auraient peu d’inconvénient dans une véritable démocratie, aussi bien par les mœurs et par les talents que par les maximes et par la fortune, le choix deviendrait presque indifférent. Mais j’ai déjà dit qu’il n’y avait point de véritable démocratie.

Chap. IV – Des Comices romains :

Tout ce que Rome avait d’illustre vivant au champs et cultivant les terres, on s’accoutuma à ne chercher que les soutiens de la République.

Les tribus en générale n’eurent plus de lieu ni de territoire, mais toutes se trouvèrent tellement mêlées qu’on ne pouvait plus discerner les membres de chacune que par des registres, en sorte que l’idée du mot tribu passa ainsi du réel au personnel ou, plutôt, devint presque une chimère.

Aucune loi ne recevait la sanction, aucun magistrat n’était élu que dans les comices, et comme il n’y avait aucun citoyen qui ne fut inscrit dans une curie, dans une centurie, ou dans une tribu, il s’ensuit qu’aucun citoyen n’était exclu du droit de suffrage, et que le peuple romain était véritablement le souverain de droit et de fait.

On voit donc qu’outre l’ordre qui résultait de ces diverses distributions pour le recueillement des suffrages d’un si grand peuple, ces distributions ne se réduisaient pas à des formes indifférentes en elles-mêmes, mais que chacune avait des effets relatifs aux vues qui la faisaient préférer.

Quand à la manière de recueillir es suffrages, elle était chez les premiers romains aussi simple que leurs mœurs : chacun donnait son suffrage à haute voix, un greffier les écrivait à mesure. Cet usage était bon tant QUE L’HONNÊTETÉ RÉGNAIT ENTRE LES CITOYENS et que chacun avait honte de donner publiquement son suffrage à un avis injuste ou à un sujet indigne.

Comme le régime des gens sains n’est pas propre aux malades, il ne faut pas vouloir gouverner un peuple corrompu par les mêmes lois qui conviennent à un bon peuple.

Chap. V – Du Tribunat :

Quand on ne peut établir une exact proportion entre les parties constitutives de l’État, ou que des causes indestructibles en altèrent sans cesse les rapports, alors on institue une magistrature particulière qui ne fait point corps avec les autres, qui replace chaque terme dans son vrai rapport, et qui fait une liaison ou un moyen terme soit entre le prince et le peuple, soit entre le prince et le souverain, soit à la fois des deux côtés s’il est nécessaire.

Le tribunat est ainsi le conservateur des lois et du pouvoir législatif. Il n’est pas une partie constitutive de la cité, et ne doit avoir aucune portion de la puissance législative ou exécutive. Ne pouvant rien faire il peut tout empêcher.

Le tribunat sagement tempéré est le plus ferme appui ‘une bonne constitution. Il dégénère en tyrannie quand il usurpe la puissance exécutive dont il n’est que le modérateur;

Le moyen de prévenir les usurpations d’un si redoutable corps serait de ne pas le rendre permanent, mais de régler des intervalles durant lesquels il resterait supprimé.

Chap. VI – De la dictature.

L’inflexibilité des lois, qui les empêche de se plier aux événements, peut en certains cas les rendre pernicieuses, et causer par elles la perte de l’État ans sa crise. Il ne faut donc pas vouloir affermir les institutions politiques jusqu’à s’ôter le pouvoir d’en suspendre l’effet.

Dans un cas de danger de patrie, on peut nommer un chef suprême qui fasse taire toutes les lois et suspende un moment l’autorité souveraine ; en pareil cas la suspension de l’autorité législative ne l’abolit point ; le magistrat qui la fait taire ne peut la faire parler, il la domine sans pouvoir la représenter ; il peut tout faire, excepté des lois.

De quelque manière que cette importante commission soit conférée (nommer un dictateur), il importe d’en fixer la durée à un terme très court qui jamais ne puisse être prolongé. Passé le besoin présent, la dictature devient tyrannie ou vaine.

Chap VII – De la censure.

La déclaration du besoin public se fait par la censure. Le tribunal censorial est le déclarateur de l’opinion du peuple.

Quoique la loi ne règle pas les mœurs, c’est la législation qui les fait naître. Quand la législation s’affaiblit les mœurs dégénèrent.

La censure peut donc être utile pour conserver les mœurs, jamais pour les rétablir. Rien de légitime n’a plus de force lorsque les lois n’en ont plus.

Chap. VIII – De la religion civile.

Les hommes n’eurent point d’abord d’autres rois que les dieux, ni d’autre gouvernement que le théocratique.

Il faut une longue altération de sentiments et d’idées pour qu’on puisse se résoudre à prendre on semblable pour maître.

Mettant Dieu à la tête de chaque société politique, il y eut autant de dieux que de peuples. Des divisions nationales résulta le polythéisme.

Chaque État ayant son culte propre et son gouvernement ne distinguait point ses dieux de ses lois.

L’obligation de changer de culte étant la loi des vaincus, il fallait commencer par vaincre avant que d’en parler.

Jésus vint établir sur terre un royaume spirituel, ce qui, séparant le système théologique du système politique, fit que l’État cessa d’être un, et causa des divisions intestines qui n’ont jamais cessé d’agiter les peuples chrétiens.

Les païens ont vu ce prétendu royaume de l’autre monde devenir sous un chef visible le plus violent despotisme de celui-ci. On n’a jamais pu venir à bout de savoir auquel du maître ou du prêtre on était obligé d’obéir.

Le culte sacré est toujours resté ou redevenu indépendant du souverain, et sans liaison nécessaire avec le corps de l’État.

Les rois d’Angleterre et les Tsars se sont établis chefs de l’Église, mais par ce titre ils s’en sont moins rendus les maîtres que les ministres. Ils y ont acquis moins le droit de la changer que le pouvoir de la maintenir.

Il faut réunir les deux têtes de l’aigle et tout ramener à l’unité politique.

Jamais État ne fut fondé que la religion lui servit de base mais la loi chrétienne est au fond plus nuisible qu’utile à la forte constitution de l’État.

Il y a la religion de l’homme et celle du citoyen. La première, sans temples, sans autels, sans rites, bornée au culte purement intérieur du dieu suprême et aux devoirs éternels de la morale, est la pure et simple religion de l’Évangile, le vrai théisme, et ce qu’on peut appeler le droit divin naturel. L’autre, inscrite dans un seul pays, lui donne ses dieux, ses patrons propres et tutélaires : elle a ses dogmes, ses rites, son culte extérieur prescrit par des lois. Elle n’étend les devoirs et les droits de l’homme qu’aussi loin que ses autels.

Il y a une troisième sorte de religion plus bizarre, qui donnant aux hommes deux législations, deux chefs, deux patries, les soumet à des devoirs contradictoires et les empêche de pouvoir être à la fois dévots et citoyens. (Christianisme romain). La religion du Prêtre d’où résulte un droit mixte et insociable qui n’a point de nom.

Tout ce qui rompt l’unité sociale ne vaut rien. Toutes les institutions qui mettent l’homme en contradiction avec lui même ne valent rien.

La seconde est bonne en ce qu’elle réunit le culte divin et l’amour des lois. Mais elle est mauvaise en ce qu’étant fondée sur l’erreur et le mensonge elle trompe les hommes, les rend crédules, superstitieux, et noie le vrai culte de la divinité dans un vain cérémonial.

Par la religion de l’homme, les enfants du même dieu se reconnaissent tous pour frères et la société qui les unit ne se dissout pas même à la mort.

Mais cette religion n’ayant nulle relation particulière avec

le corps politique laisse aux lois la seule force qu’elles tirent d’elle-mêmes sans leur en ajouter aucune autre… loin d’attacher les cœurs des citoyens à l’État, elle les en détache comme de toutes les choses de la terre, ce qui est contraire à l’esprit social.

Contre la tyrannie le chrétien se dit : qu’importe qu’on soit libre ou serf dans cette vallée de misère ? L’essentiel est d’aller au paradis. Ils font leur devoir, mais sans passion. Ils savent plutôt mourir que vaincre.

Une république chrétienne : chacun de ces mots exclue l’autre; Le christianisme ne prêche que servitude et dépendance. Son esprit est trop favorable à la tyrannie pour qu’elle n’en profite pas toujours; Les vrais chrétiens sont faits pour être esclaves.

Le droit que le pacte social donne au souverain sur les sujets ne passe point les bornes de l’utilité publique. Les sujets ne doivent donc compte au souverain de leurs opinions qu’autant que ces opinions importent à la communauté. Or il importe bien à l’État que chaque citoyen ait une religion qui lui fasse aimer ses devoirs, mais les dogmes de cette religion n’intéressent ni l’État ni ses membres qu’autant que ces dogmes se rapportent à la morale, et aux devoirs que celui qui la professe est tenu de emplir envers autrui.

Comme il n’a point de compétence dans l’autre monde, ce qui lui importent c’est que ses sujets soient bons citoyens sans cette vie-ci.

Il y a donc une profession e foi purement civile dont il appartient au souverain de fixer les articles, non pas comme dogmes de religion mais comme sentiment de sociabilité. Il peut bannir non comme impie mais comme insociable.

Les dogmes de la religion civile doivent être simples, en petit nombre, énoncés avec précision sans explications ni commentaires.

Ceux qui distinguent l’intolérance civile de l’intolérance théologique se trompent. Partout où l’intolérance théologique est admise, il est impossible qu’elle n’ait pas quelque effet civil.

Il ne peut y avoir de religion nationale exclusive, c’est pourquoi on doit tolérer toutes celles qui tolèrent les autres, autant que leurs dogmes n’ont rien de contraire au devoir du citoyen.

Chap. IX – Conclusion.

Il faudrait encore fixer le droit des gens, le commerce, le droit de guerre, le droit public, les ligues, les négociations, les traités, etc.

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